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Air France : rocher de Sisyphe ou... tonneau des Danaïdes ? Les deux mon général !

la Direction doit trouver un terrain d'entente avec les syndicats


Rédigé par Laury-Anne CHOLEZ le Jeudi 15 Octobre 2015

Ce n'est pas la première fois qu'Air France traverse une mauvaise passe. En 1993, elle avait déjà été sauvée de la faillite par une recapitalisation du gouvernement. Mais cette fois, l'Etat ne pourra pas intervenir et la direction devra trouver un terrain d'entente avec les syndicats.



Photo : Air France - Michael Lindner
Photo : Air France - Michael Lindner
Après une semaine socialement agitée, le syndicat SNPL et la direction d'Air France sont de retour à la table des négociations.

Selon les informations du Parisien, la compagnie pourrait échafauder un troisième scénario, dit plan C, s'inspirant des réformes faites chez KLM.

En échange de quoi, elle renoncerait aux fermetures de lignes, prévues en 2017.

Ce n'est pas la première fois dans son histoire qu'Air France traverse une telle crise.

En 1993, elle avait déjà été sauvée de la faillite grâce à une recapitalisation de l'état.

Sur l'insistance de Christian Blanc, le PDG de l'époque, Edouard Balladur, alors premier ministre, avait accepté d'injecter 20 milliards de francs pour éviter un dépôt de bilan qui aurait mis 40 000 personnes sur le carreau.

De quoi renflouer largement les caisses et laisser une situation financière saine à Jean-Cyril Spinetta, qui en prend les commandes en 1997.

Un premier plan de redressement baptisé Challenge en 2012

L'homme mène son introduction en bourse en février 1999, permettant à l'état de récupérer 4,3 milliards de francs.

Une maigre compensation face aux 20 milliards dépensés six ans plus tôt.

Sous la houlette de Spinetta, Air France développe son hub parisien, noue une alliance avec Delta, prélude à la fondation de Skyteam, et fusionne avec KLM.

Une belle croissance qui s'est accompagnée d'une hausse des coûts unitaires d'environ 4% par an, selon une estimation de Fabrice Amedeo dans son livre La face cachée d'Air France.

Lorsque Pierre-Henri Gourgeon est propulsé à la tête de la compagnie à l'automne 2008, la situation se détériore.

La crise économique et l'exposition des low-cost fragilisent ses comptes.

En 2009, Air France affiche une perte de 814 millions d’euros, puis de 1.559 millions en 2010, de 809 millions en 2011 et enfin de 1.192 millions en 2012.

Pour redresser la barre, Pierre-Henri Gourgeon lance un plan baptisé Challenge 2012, prévoyant 800 millions d’euros de réduction de coûts et 3 600 suppressions d’emplois sur deux ans - sans licenciements. Des mesures insuffisantes pour renflouer les caisses.

Transform et Perform succèdent à Challenge 2012.

C'est alors qu'Alexandre de Juniac prend ses fonctions en novembre 2011. Il propose quelques mois plus tard un nouveau plan : Transform 2015, visant à économiser 2 milliards d’euros, notamment en faisant travailler davantage ses salariés.

Ce plan s'accompagne d'importantes réductions d’effectifs, planifiées sur cinq ans : 5 122 postes, dont 450 pilotes, 904 hôtesses et stewards et 2 056 personnels au sol. Il prévoyait également un gain de productivité de 20% qui n'a pas été atteint par toutes catégories de personnel, notamment les pilotes.

Transform est à nouveau insuffisant pour redresser la situation. En 2014, le résultat d'exploitation replonge dans le rouge (-129 millions d'euros). En cause, la grève des pilotes, mais aussi une recette unitaire en baisse en raison d'un environnement concurrentiel agressif.

Au premier semestre 2015, le groupe a vu sa perte d'exploitation se creuser à 232 millions d'euros, contre 207 millions d'euros au premier semestre 2014.

La direction est alors contrainte de mettre en place une nouvelle stratégie, baptisée Perform 2020. Dévoilée en septembre 2014, elle ambitionne d'économiser plus de 1 milliard d'euros à l'échelle du groupe (650 millions chez Air France, 390 chez KLM).

Soit une réduction des coûts unitaires de 1,5% par an.

Des objectifs de productivité par catégorie de personnel ont déclenché la colère du syndicat de pilotes SNPL. Faute d'accord, la Direction a donc mis en œuvre un plan B beaucoup plus sévère.

Un revirement stratégique à l'origine de la grande manifestation du lundi 5 octobre.

Lors de ce mouvement social, les certains syndicats ont fustigé ce qu'ils considèrent comme des "erreurs de management de la compagnie" et s'en sont pris aux salaires et indemnités des différents PDG.

(*) Le rocher de Sisyphe dans la mythologie grecque est un énorme rocher que l'on remonte à grand peine jusqu'à un sommet et qui dégringole dans arrêt. Quant au tonneau des Danaïdes, il n'a pas de fond et oblige à le remplir sans arrêt. Pour les littéraires, cliquez sur les liens O))

Amendes et autres

Karim Taibi, le secrétaire Adjoint FO Air France, a listé de nombreuses amendes payées par son entreprise ces dernières années pour ententes sur les tarifs du fret.

Une branche qui représente 10% du chiffre d'affaires du groupe et qui est largement déficitaire, avec une perte 110 millions d’euros en 2013 et de 95 millions d’euros en 2014 (hors grève des pilotes).

En 2010, la commission européenne a infligé une amende de 310 millions d'euros pour entente entre 1999 et 2006.

Toujours en 2010, mais cette fois sur le marché américain : la compagnie a été condamnée à verser 87 millions de dollars (69 millions d'euros) toujours pour les mêmes motifs.

En 2009, elle avait déjà été condamnée pour des faits similaires au Canada (10 millions de dollars soit 6,79 M€) ainsi qu'en Australie pour 6 millions de dollars (3,8 M€). Plus récemment, elle a du payer 3,9 millions de Francs suisses (3,2 M€) en janvier 2014.

Mais ce n'est pas tout. En 2015, la compagnie a été condamnée par l'autorité des marchés financiers à une amende de 1 million d'euros pour manquement dans sa communication financière. Son ancien PDG Pierre-Henri Gourgeon, a, pour sa part, été condamné à verser 40.000 euros d'amende.

Aux Etats-Unis en novembre 2012, elle a du verser 85 000 dollars (environ 66 460 euros) pour pratiques commerciales trompeuses et déloyales.

En octobre 2013, ce sont 100 000 euros qui sont partis pour "complicité de travail dissimulé" au sein de sa filiale CityJet, qui avait déclaré ses salariés sous contrat irlandais entre 2006 et 2008.

En septembre dernier, elle est condamnée à 156.000 euros pour discrimination envers un salarié.. Elle a fait appel de cette décision.

Enfin, selon une information du Canard Enchaîné, la compagnie a détruit en juin 2013 près de 400 000 exemplaires de sa luxueuse revue "Air France Magazine" car l'un des clichés illustrant l'article sur Libreville déplaisait à Ali Bongo, le président du Gabon. Un caprice à 400 000 euros.

Les salaires et primes des différents PDG

Karim Taibi s'est également intéressé aux primes de départ des PDG, notamment celle de Pierre-Henri Gourgeon qui a reçu 400 000 euros lors de son éviction en 2011, en échange d'une clause de non-concurrence pendant trois ans.

Les actionnaires d'Air France-KLM ont refusé en 2012 d'avaliser cette prime. Mais l'intéressé s'est bien gardé de la rendre.

En revanche, Jean-Cyril Spinetta se serait engagé à ne pas recevoir de prime pour son départ. Une concession largement compensée par des avantages en nature. Car l'homme est toujours président d'honneur du groupe, avec une secrétaire, une voiture de fonction et un vaste bureau dans l'immeuble des Invalides, en bord de Seine.

Quant à Alexandre de Juniac, il n'a pas doublé son salaire comme l'ont laissé entendre certains sites d'informations.

Sa rémunération fixe pour l'année 2014 s'est établie à 600 000 euros, en plus d'une part variable de à 90 000 euros. Un chiffre en hausse de 15% au titre de la "performance qualitative" pour récompenser la progression d’Air France dans l’indice Skytrax.

Mais le PDG a renoncé à la moitié de cette part variable, afin de s’associer (modestement) aux efforts des salariés.

Il aura finalement perçu une rémunération totale de 645 000 euros au titre de l’exercice 2014. Soit un salaire inférieur à son prédécesseur Pierre-Henri Gourgeon.

Lors de son départ en 2011, ce dernier a perçu la coquette somme de 2,190 millions d'euros, soit dans le détail 410  416  euros de part fixe, 263 000 euros de part variable, 1 125 000 euros de complément de rémunération et 400 000 euros d’indemnité de non-concurrence.

Alexandre de Juniac est donc un peu moins gourmand que son prédécesseur. Pas sûr que cela ne console vraiment ses salariés.

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1.Posté par Bilou le 15/10/2015 08:56 | Alerter
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puisqu il faut parler d'argent on se rend compte que tout est pourri dans notre joli pays
J ai repris des chiffres qui datent de 2011 et ça n'a paschange .l'incroyable richesse des syndicats français, pour commencer. Alors qu'ils ne comptent que 8 % d'adhérents chez les salariés (la France est l'un des pays européens où le pourcentage de syndiqués est le plus faible), ils reçoivent près de 4 milliards de la collectivité. Les cotisations des adhérents représentent une part ridicule de l'argent des syndicats : 3 à 4 % de leur budget. Plus de 90 % de leurs fonds proviennent des employeurs (État, entreprises), et des "fromages" qui leur ont été offerts.

C'est le prix de la paix sociale. En clair, on arrose les syndicats en espérant en contrepartie leur reconnaissance. lors des conflits sociaux. Car si les syndicats ont le pouvoir de déclencher les grèves, ce sont également eux qui savent mettre fin aux mouvements sociaux.
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