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Béarn : Pau, une ville longtemps sous influence anglo-saxonne

British style !


Rédigé par Jean-François RUST le Vendredi 30 Décembre 2016

Longtemps, la ville a vécu sous influence anglo-saxonne. Attirés par des pairs ayant découvert les vertus du climat béarnais hivernal, de riches Britanniques puis des Américains on séjourné dans la cité d’Henri IV. De villas victoriennes en divertissements made in England et en jardins anglais, Pau s’affiche au 19e s. comme une lointaine banlieue de Londres. Partout, les signes de cette histoire sont présents, une manière de découvrir cette ville sous un angle original.



En 1856, sous l'influence anglaise, naît le Pau Golf Club. Ici, son Club House - DR : J.-F.R.
En 1856, sous l'influence anglaise, naît le Pau Golf Club. Ici, son Club House - DR : J.-F.R.
C’est un traité qui a mis le feu aux poudres.

En 1842, le livre « On the curative influence of the climate of Pau » du docteur écossais Alexander Taylor vante les bienfaits d’une cure hivernale en Béarn et décide de nombreux Britanniques à mettre le cap sur Pau.

La région n’est pas une inconnue Outre-Manche. Après la bataille d’Orthez, en 1814, alors que les soldats du duc de Wellington pourchassaient ceux de Napoléon, la légende raconte que deux officiers écossais ont tapé des balles de golf devant des Palois médusés.

Dès 1830, la ville a pris l’habitude de recevoir Espagnols, Prussiens, Russes… séduits par la douceur hivernale.

Le traité appelle à soigner les affections pulmonaires au pied des Pyrénées et va accélérer le flux de touristes anglais. Il ne se tarira qu’après la première guerre mondiale.

Dans l’intervalle, la ville se sera anglicisée, au point que son patrimoine en porte encore les traces.

Aristocratie londonienne

Curieusement, c’est au cimetière que la touche anglo-saxonne se révèle.

En 1804, Pau réserve déjà un carré aux personnes de confession protestante. Ils ne sont pas tous citoyens de sa Majesté - on trouve aussi des Américains - mais les croix celtes d’Ecossais, Irlandais et Anglais rappellent qu’entre morts naturelles et conséquences de la tuberculose, Pau devient le dernier refuge de nombreux Britanniques.

Alexander Taylor lui-même y repose.

Avant d’arriver au repos éternel, la petite communauté, instinct grégaire oblige, se réunit et se divertit. D’autant mieux que quelques-uns s’installent en ville et font construire de somptueuses maisons.

Les codes de l’aristocratie londonienne sont rapidement reproduits. En 1826, cette élite fonde le Cercle Anglais, association de notables bienséants qui s’échangent les derniers potins de la ville et devisent golf et équitation en buvant du whisky.

Fait unique, ce Cercle existe toujours !

Chevaux et chasse à courre

Quand on est riche, puisqu’on n’a pas besoin de travailler, alors il faut bien s’amuser.

Les Anglais s’y emploient et créent en 1840 le Pau Hunt Drag. Dans le sillage de Lord Oxenden, ces cavaliers pratiquent la chasse à courre au renard dans la campagne béarnaise, cavalant à travers les champs de maïs accompagnés de chiens.

175 ans après, l’équipage conduit par un Master et un Huntsman, le meneur qui dirige les chiens de race Fox Hounds, existe encore !

Et puisque les courses de chevaux font partie de l’ADN anglais, pourquoi ne pas construire un hippodrome ? C’est chose faite en 1839, avec la création de la Société d’Encouragement pour l’Elevage du Cheval.

La ville de Pau concède des terrains situés à Pont-Long, au nord de la ville, et les premières courses se disputent en 1842.

L’hippodrome, partenaire aujourd’hui de celui de Cheltenham (Angleterre), est le second en France pour les courses d’obstacles.

Le Meeting de Pau, organisé chaque hiver de décembre à février, draine des écuries et des parieurs d’Outre-Manche.

Les Pyrénées depuis la Promenade des Anglais

La palette des loisirs anglais serait incomplète sans le golf. Les Britanniques ont inventé ce sport qui se joue sur du gazon tondu.

Par chance, il pleut souvent à Pau, temps propice pour entretenir un parcours.

En 1856 naît ainsi le Pau Golf Club. Le colonel Hutchinson, le major Pontifex et l’archidiacre Sapte s’inspirent pour le créer du Royal and Ancient Golf Club of Saint-Andrews, en Ecosse, excusez du peu.

Le parcours est dessiné par l’architecte écossais Willie Dunn et devient un 18 trous en 1860.

Des compétitions sont créées, comme la Hamilton Gold Medal ou la Kilmaine Cup.

La salle du patrimoine et ses tableaux de la Belle Epoque ont conservé leur patine british - comme le golf, d’ailleurs - et rappellent cette aventure.

Funiculaire et chemin de fer

La sociabilité anglaise se déploie aussi en ville. Pour voir et être vu, il faut des lieux à la hauteur.

Ce sera d’abord la Promenade des Anglais (aujourd’hui boulevard des Pyrénées), vaste déambulatoire en balcon tracé entre 1883 et 1899, plein sud face aux montagnes.

Depuis la balustrade de 850 mètres de long, les regards courent alors sur les pics pyrénéens autant que sur les toilettes de chics ladies pomponnées.

Quand les flâneurs en ont assez, ils s’installent à la terrasse du Café Champagne (aujourd’hui la Brasserie Royale) ou s’invitent au Palais Gassion (1872), noble bâtisse de l’homme d’affaires Lafourcade-Caramau, que fréquentait le général anglais Cunningham.

En 1908, alors que le chemin de fer est arrivé à Pau depuis presque un demi-siècle, un funiculaire (toujours en service) permet à ces dandys de gravir sans peine le talus séparant la gare de la Promenade.

Villas « anglaises » du quartier Trespoey

L’autre lieu phare est évidemment le Palais Beaumont. Le parc… à l’anglaise, existe depuis un an déjà lorsqu’est inauguré en 1899 ce vaste bâtiment nommé alors Palais d’Hiver, pour accueillir la riche clientèle « désœuvrée ».

L’ensemble comportait un promenoir couvert, des cafés-restaurants, un théâtre, un casino et des salons. Il abrite maintenant le Palais des Congrès et toujours le casino.

Près de ce palais va pousser le quartier Trespoey. Les plus belles villas d’inspiration anglaise y sont rassemblées, chacun ayant fait œuvre à l’époque de sa petite Folie.

On en dénombre une centaine, les plus célèbres émanant de riches Américains, contemporains des Anglais dans leur attirance pour Pau.

La Villa Ridgway d’un banquier de Philadelphie, la villa Sainte-Hélène de la famille Prince, le Palais Sorrento du banquier Mérillon et son épouse new-yorkaise, les villas Nitot, Beit Rahat, Saint Basil’s, Navarre (devenue hôtel de luxe)… rappellent le faste de la période.

Ecole de pilotage des frères Wright

Ce cycle culmine en 1908, quand les frères Wright lancent à Pau la première école de pilotage, imité quelques mois plus tard par Louis Blériot, tous séduits par les conditions météo hivernales.

En mars 1909, le roi Edouard VII d’Angleterre viendra même depuis Biarritz assister au vol d’un des frères Wright.

Par-delà les empreintes profondes de cette épopée, que reste-t-il d’anglais à Pau ?

Il y avait un magasin de vêtements made in England, il a fermé. Un salon de thé so british, il en reste seulement ses rayonnages de décoration.

Mais une International School of Béarn a été créée en 2002 à Morlaàs et dispense un enseignement en anglais aux élèves de maternelle et de primaire.

Et l’église anglicane Saint-Andrews, de 1887, est toujours là. Passerelle entre les siècles, une scène y représente un panorama de Pau avec le château d’Henri IV.

Présage ou non, le souverain ne s’était-il pas marié avec Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX, pour favoriser la réconciliation entre catholiques et protestants ?

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Tags : Béarn, Pau, rust
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