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Emirates, Qatar, Etihad : les compagnies du Golfe sont-elles parfaites ? oui, mais...

la chronique de Jean-Louis Baroux, expert aérien


Rédigé par Jean-Louis BAROUX le Mercredi 4 Février 2015

Depuis quelques années, les compagnies du Golfe font l’actualité. Elles ont pour le moment le vent en poupe et elles en profitent pour communiquer abondamment. Néanmoins elles ne sont pas exemptes de défauts et la bagarre qu’elles entretiennent entre elles risque de leur coûter cher en fin de compte. En fait pour le moment, la lutte se circonscrit entre Emirates, Etihad et Qatar Airways. Trois ambitions dominatrices et trois stratégies très différentes.



Emirates

Les compagnies du Golfe ont pour le moment le vent en poupe néanmoins elles ne sont pas exemptes de défauts © harvepino - Fotolia.com
Les compagnies du Golfe ont pour le moment le vent en poupe néanmoins elles ne sont pas exemptes de défauts © harvepino - Fotolia.com
C’est sans conteste le leader dans sa zone, en passe de devenir la première compagnie du monde. Elle l’est déjà quant au nombre de passagers internationaux.

C’est la compagnie de tous les records : plus gros opérateur du plus gros avion : le A 380, plus forte croissance, plus gros hub à Dubaï un profit à faire pâlir les autres transporteurs en croissance en dépit des aléas que doit subir le transporteur dont la base est située à proximité de la région du globe la plus dangereuse.

Le tandem de direction, en place depuis plus de 20 ans : le Cheick Al Maktoub à la Présidence et Tim Clark à la Direction, fait merveille. Dernière annonce en date et non des moindres, l’appel fait par Tim Clark à Airbus lors du Forum de Davos : « construisez l’A 380 NEO en version allongée, et je vous en commande 100, sinon je pourrais aller voir ailleurs ».

Quel transporteur peut se permettre de donner quasiment des instructions à l’un des deux plus gros constructeurs mondiaux ?

Mais tout n’est pas forcément rose pour la compagnie. D’abord son taux de ponctualité est pour tout dire très moyen. Si j’en crois les statistiques publiées par le magazine Flight, Emirates arrive au 36ème rang des grands transporteurs avec 67,44% de vols ponctuels à l’arrivée, largement après Air France : 82%, American Airlines : 83% ou SAS qui pointe en tête avec 91%.

Ceci est d’autant plus fâcheux que l’exploitation de la compagnie repose sur le plus gros « hub » mondial, en passe d’ailleurs de tripler de volume d’ici à 15 ans. Sauf que si les passagers manquent leur correspondance cela peut devenir très embêtant.

Et puis, pour assurer son plan d’expansion, Emirates devra obtenir plus de droits qu’elle ne dispose actuellement.

Elle devra bien évidemment obtenir les droits de 6ème liberté entre les pays d’Europe et les Etats Unis. Et ce n’est pas gagné. J’ajouterai que la compagnie a tendance à ne pas toujours respecter ses accords ce qui n’est pas à son honneur.

Etihad Airways

Le transporteur d’Abu Dhabi joue le rôle du Petit Poucet avec seulement si l’on peut dire 7 millions de passagers contre 45 à Emirates.

Mais elle a des ambitions et des moyens financiers pour les réaliser. C’est ainsi qu’elle s’est lancée dans une politique d’entrée au capital de compagnies fragiles.

On a l’impression qu’elle saute sur tout ce qui bouge, sans que l’on puisse bien déterminer la ligne directrice. A ce jour, elle détient des parts significatives dans Alitalia et Air Serbia : 49%, Air Seychelles : 40%, Darwin Airlines rebaptisée Etihad Régional : 33,3%, Air Berlin : 29%, Jet Airways : 24% et Virgin Australia : 19,9%.

Je mets de côte les 3% détenus chez Aer Lingus.

C’est bien évidemment une manière rapide d’augmenter le bilan de la compagnie mère, mais cette croissance externe comporte deux écueils majeurs.

D’abord comment faire vivre ensemble des transporteurs aussi disparates et comment les amener à suivre une politique commune alors qu’en théorie il n’est pas possible à Etihad de dicter la stratégie de compagnies dans lesquelles elle reste minoritaire ?

La Suisse a récemment rappelé tout le monde à l’ordre en coupant l’Interline de l’ex Darwin Airways. Il faudrait pouvoir rebaptiser toutes les compagnies avec la marque Etihad : Etihad Germany, Etihad Italy, Etihad Serbia , Etihad India etc… Mais cela heurte l’amour propre des Etats.

Il y a peu de chances que cela puisse se produire. Et puis il faudra bien assurer les fins de mois de tous ces transporteurs déficitaires au moment du rachat.

Lourde tâche pour Bruno Matheu récemment nommé au poste délicat de gestionnaire des participations.

Qatar Airways

Elle pointe son nez depuis quelques années et elle tient à faire reconnaître sa présence.

Le transporteur Qatari est plus gros qu’Etihad : plus du double en nombre de passagers, mais encore loin d’Emirates.

Mais son patron, Akbar Al Baker est un homme ambitieux pour lui et sa compagnie. Il a choisi le seul créneau disponible : la qualité de service.

Assis sur une confortable flotte d’appareils modernes, c’est la compagnie de lancement du A 350, il veut faire de Qatar Airways la référence de la qualité du transport aérien.

Ce n’est pas gagné là non plus car ses concurrents du Golfe ou d’ailleurs lui laisseront peu de répit dans cette stratégie.

Les compagnies européennes sont très loin de ces préoccupations, hélas !

Emirates, Qatar, Etihad : les compagnies du Golfe sont-elles parfaites ? oui, mais...
Jean-Louis Baroux, est l'ancien président d'APG (Air Promotion Group) et le créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) devenu le World Air Forum.

Grand spécialiste de l'aérien, il a signé aux éditions L'Archipel ''Compagnies Aériennes : la faillite du modèle'', un ouvrage que tous les professionnels du tourisme devraient avoir lu.

Les droits d'auteur de l'ouvrage seront reversés à une association caritative. On peut l'acquérir à cette adresse : www.editionsarchipel.com

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1.Posté par Urs Stohler le 04/02/2015 09:07 | Alerter
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Une remarque: j'ai fait une expérience très mauvaise de vols EK Dubai - Shanghai - Dubai en Novembre 2014, sur A380 en classe économique.
Pour les deux vols, un équipage totalement dépassé (on aurait dit des poules sans têtes courir à travers l'avion), une nourriture immangeable et les toilettes non-nettoyés pendant tout le vol. A chaque utilisation ça devenait plus immonde. Bien qu'étant basés à Dubai, mon associée et moi-même avions alors décidé de ne plus utiliser cette compagnie, car du choix il y en a......
Emirates a grandi trop vite, les conditions pour les équipages sont difficiles (selon un commandant de bord), et certainement ne les paient pas bien non-plus (sauf les pilotes). Ceci occasionne un énorme changement (turnover) de personnel de cabine et donc le service n'est définitivement plus ce qu'il était "dans le temps".
Je me permets de juger ceci, car avec 51 années d'expérience dans le tourisme et étant toujours actif, j'ai fait des voyages en avion avec toutes les compagnies, dans toutes les classes, dans (presque) tous les types d'avion.
En tous les cas, leurs slogans tels que "award-winning cuisine" n'est pas applicable pour la classe économique où tout de même, ne l'oublions pas, la grande majorité des passagers voyage.

2.Posté par Redbar le 04/02/2015 10:15 | Alerter
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Comme à son habitude JLB nous donne des éléments factuels et intéressants. Il ne faut pas oublier que la croissance phénoménale des compagnies du golfe repose essentiellement sur leurs situations géographique au carrefour de l'Europe et l'Asie/Pacifique Sud, dont elles ont bénéficié de la forte croissance de plusieurs de ces pays. Ensuite elles ont bénéficié de moyens financiers considérables qui leur ont permis de s'approcher les talents de cadres Européens confirmés arrivés sur place en connaissance des faiblesses de leurs employeurs précédents dont ils ont exploité tous les aspects. Il est en effet inconcevable que l'Union Européenne n'ait pas donné les moyens aux investisseurs Européens de sauver Alitalia, pour l'offrir à Ethiad. De façon similaire Air Berlin.

Si la stratégie de ces compagnies de s'implanter dans des villes de province pour ses dessertes vers l'Asie est astucieuse, il appartient aussi aux compagnies Européennes de se mobiliser afin de s'assurer que les droits de 6eme libertés ne soient pas octroyés notamment vers l'Amérique du Nord. Même si les Européens font preuve de faiblesses inadmissibles en la matière, notamment lorsqu'il s'agit de vendre des avions sous le dictat de M Tim CLARK, on peut faire confiance aux Américains pour défendre vigoureusement leur marché naturel.

3.Posté par Pascal le 04/02/2015 13:35 | Alerter
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Tiens, JLB va taper sur les compagnies du golfe!
Cela nous titille, on lit avec avidité... et puis rien... des banalités qui ne font qu'effleurer les problèmes.
Et surtout cette dernière phrase sur les compagnies européennes, qui ne sert à rien, étayer sur rien, bêtement méchante ou méchament bête, c'est selon.
Chassez le naturel........

4.Posté par daniel le 04/02/2015 15:57 | Alerter
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Bonjour à toutes et tous

Simple petite remarque concernant Etihad....prendre des participations minoritaires dans trop de petites compagnies déficitaires, on se souvient ....où.....ça a conduit la défunte Swissair ....
A espérer que les finances et les possibilités financières de Etihad soit meilleures que celles de Swissair à cette époque, afin de relever tous ces défis ...

Bonne journée à toutes et tous

5.Posté par Jean-Louis Baroux le 17/02/2015 10:58 | Alerter
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RECTIFICATIF - J’ai porté un avis sur la probité d’Emirates en écrivant, je cite : « … la compagnie a tendance à ne pas toujours respecter ses accords ce qui n’est pas à son honneur ».
Bien entendu cette remarque a fait réagir la direction d’Emirates ce qui m’a amené à approfondir le litige auquel je faisais référence. Après échanges et enquête, il s’avère que c’est à tort que j’ai porté cette critique.
C’est donc avec plaisir et satisfaction que je présente des excuses à une compagnie dont je suis, par ailleurs, un fidèle client.Jean-Louis BAROUX

6.Posté par Pascal le 17/02/2015 12:17 | Alerter
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Ouf, Monsieur Baroux s'est excusé.
On a failli avoir un "esprit Charlie", mais tout rentre dans l'ordre...

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