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Franck Voragen : « Se focaliser sur la seule licence est très réducteur ! »

l'interview de l'administrateur du SNAV et président du CDI


Rédigé par Propos recueillis par Michèle SANI le Mardi 30 Septembre 2008

"Se focaliser sur la seule licence c'est partir vers un débat très réducteur, note Franck Voraguen. Depuis 25 ans que je fais ce métier, dites-moi en quoi la licence m'a protégé du para-commercialisme ? Elle nous apporte des contraintes et nous met de manière perpétuelle en distorsion de concurrence !"



Franck Voragen : « Se focaliser sur la seule licence est très réducteur ! »
TourMaG.com - Le retrait probable de la licence inquiète de nombreux agents de voyages. Quel est le point de vue de l'administrateur du SNAV que vous êtes ?

Franck Voraguen :
"Sur ce sujet relativement complexe je parle en mon nom et non en celui du SNAV qui suit avec beaucoup d'assiduité et de vigilance ces débats. Je pense néanmoins que nos avis sont assez proches.

La suppression de la licence se fera dans le cadre de la réforme du régime de la vente des voyages qui elle-même s'inscrit dans le contexte communautaire. Au sein de l'Europe nous ne pouvons plus avoir de réflexion hexagonale.

Il faut voir comment s'exerce notre profession ailleurs. Douze pays dont la France ont aujourd'hui une obligation formelle de licence, deux, Malte et la Pologne, ont un régime déclaratif et les dix autres sont dans un libéralisme total sans aucune obligation déclarative ou formelle.

Se focaliser sur la seule licence c'est partir vers un débat très réducteur. Depuis 25 ans que je fais ce métier, dites-moi en quoi la licence m'a protégé du para-commercialisme ?

Elle nous apporte des contraintes et nous met de manière perpétuelle en distorsion de concurrence !
Nous devons aujourd'hui être attentifs sur le cadre qui va remplacer cette licence."


T.M.com - A partir de quel cadre le groupe de travail mis en place par le ministère du tourisme travaille-t-il ?

F.V. :
"Le droit français doit se mettre en concordance avec le droit européen. Cela se traduit par une directive sur les services applicable le 31 décembre 2009, un droit de la consommation à travers les acquis communautaires et une révision de la directive des voyages à forfait.

Demain nous allons exercer une activité réglementée dans un cadre nouveau que l'on nous propose de définir. Le Ministère invite les différentes organisations du secteur dont le SNAV à participer à cette réflexion.

Toutes les thématiques sont abordées et rien n'est occulté. Nous devons être une force de propositions et avoir un rôle moteur. Le ministère et ses interlocuteurs dont le SNAV et l'APS sont sur un même axe, celui de la protection du consommateur.

Ce qui m'inquiète c'est l'urgence pour un tel projet de loi sur le tourisme qui doit transposer la directive Services puisqu'il doit être déposé avant la fin de l'année 2008 !"


T.M.com - Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

F.V.
: "Pas tout à fait... J'émets quelque doute. Ainsi je ne comprends pas pourquoi le ministère accorde aux producteurs représentés par le CETO ce qu'il n'accorde pas aux distributeurs représentés par le CERED ou aux représentants du tourisme réceptif.

Il me semble que le ministère n'a pas pris en considération que le SNAV, au travers de sa réforme représente l'union des trois métiers. La réforme des statuts a été faite dans cet esprit.

Je voudrais également croire que le cadre que nous mettons en place n'est pas destiné à favoriser uniquement l'exercice de France Congrès présidé par Philippe Augier. La profession a plus que jamais besoin d'être unie.

Le SNAV est dans l'état actuel le seul organisme habilité à faire valoir auprès des pouvoirs publics la problématique de nos trois métiers. Il est le seul assis légitimement à la table des négociations.

Nous devons nous mobiliser maintenant, faire corps et être vigilants. Dans un bateau, quand on prend un coup de vent, c'est pas le moment de calculer l'âge du capitaine !"

T.M.com - Qu'apporte le SNAV dans ce débat ?

F.V. :
" Il apporte son expertise juridique et sa compétence. Il connaît toutes les facettes des métiers. Il en a vu toutes les évolutions.

Le SNAV est un organisme stable qui connaît les dossiers alors que nos ministres, secrétaires d'État et directeurs tourisme se sont succédés à un rythme assez rapide, redécouvrant à chaque fois notre problématique.

Le service juridique du SNAV, en contact permanent avec les consommateurs, peut faire valoir l'évolution du marché et les nouveaux besoins des consommateurs. Internet joue aujourd'hui un rôle important.

C'est un nouveau support qui dépasse le cadre européen et doit donc mobiliser toute notre vigilance. Le SNAV peut évoquer des scénario « catastrophe ». Je pense par exemple aux coffrets cadeaux achetés sans date de réservation, valables un temps donné puis non remboursables.

Ils n'offrent aucune garantie de disponibilité en matière d'hébergement et de transport. L'absence de règle dans leur distribution aurait des répercussions terriblement pénalisantes pour le consommateur."


T.M.com - Y-a-t-il d'ores et déjà des acquis et des premières certitudes ?

F.V. :
"La suppression du principe d'exclusivité en est un puisqu'il n'est pas applicable dans le droit le communautaire.
La composition et l'existence même des Commissions Départementales d'Action Touristique (CDAT) qui délivrent, notamment, les licences d'agents de voyages seront reconsidérées.

Dans la mesure où l'on abandonne la réglementation d'une profession pour passer sur la réglementation d'une activité, seuls les critères de défense du consommateur rentreront en ligne de compte.

De plus, dans le cadre de l'ouverture et du droit européen on ne peut plus être juge et partie et le SNAV dont les représentants siègent aux CDAT est, de ce fait, juge et partie.
C'est pourquoi je m'interroge sur un organisme régulateur qui, demain, devra intervenir soit sur un régime déclaratif soit sur un régime d'autorisation permettant d'exercer une profession touristique."


T.M.com - Qu'entendez-vous par « notion de label » ?

F.V.:
"Comment peut-on se reconnaître entre nous ? Le label est la forme ultime d'une charte... Demain nous devrons nous reconnaître sur l'adhésion à une charte.
Affirmer « ici, je suis responsable de ce que je vends » sera vu par le public comme une garantie et une protection.

Cette responsabilité est pour moi, ainsi que la garantie financière, une valeur non négociable. Elle doit être fondamentalement constitutive d'un label.
La profession aura toutefois à plaider pour que sa responsabilité ne soit pas supérieure, comme elle l'est aujourd'hui, à celle de ses confrères de l'UE. Ceci justifie pleinement la nécessité d'un organisme régulateur. Je veux croire que le ministre en est conscient..."


T.M.com - Qui, selon vous , doit endosser cette responsabilité ? Le producteur ou le distributeur ?

F.V. :
"Nos métiers se croisent en effet mais il faut revenir sur un principe clair. Le responsable est celui qui encaisse sinon ce serait ouvrir la porte à toutes les dérives. Si demain nous devons partager notre responsabilité alors nous partagerons nos rémunérations."

T.M.com -. Est-il raisonnable de penser qu'on peut avoir une formation au métier d'agent de voyages en 50 heures ?

F.V.:
"Cette idée est derrière nous. On n'en parle même plus ! En revanche prendre la thématique de la compétence professionnelle donne l'occasion de la redéfinir.

Sous prétexte qu'ils n'avaient pas le statut de cadre la licence a coupé l'accès à la profession de toute une catégorie de professionnels expérimentés et responsables qui souhaitaient créer leur propre entreprise ou reprendre l'agence de voyages où ils travaillaient !

Il y a, sur la compétence et l'accès à la profession bien des choses à revoir à commencer par cet article 212-24 du Code du Tourisme qui définit les règles de la compétence professionnelle."


T.M.com. Votre réflexion sur la garantie financière ?

F.V.
: "Elle est, avec la RCP, une obligation non négociable. Mais là encore la réforme donne l'opportunité d'en revoir sa définition. Qui et comment protège-t-elle ?

Aujourd'hui le système des garanties qui s'applique aux agences de voyages est très contraignant. Elle l'est beaucoup moins pour tous les « autorisés » et les « habilités » que sont les associations de tourisme, offices et palais des congrès.

Demain dans un régime unique que j'appelle de mes vœux tous ces acteurs devront être unis par les mêmes droits et les mêmes devoirs dans un même cadre de compétence."


T.M.com - Il y aura toujours des entreprises privées et des des organismes qui bénéficieront de fonds publics...

F.V
. : "Il reste cette différence en effet l'obligation de résultat financier. C'est une problématique qui concerne surtout les professionnels du réceptif face aux offices de tourisme ou aux palais des congrès.

Les premiers travaillent avec des fonds privés les seconds avec des fonds publics. C'est une vraie distorsion de concurrence orchestrée, je le crains, avec la complicité de Maison de la France et de France Guide ! C'est la raison pour laquelle nous devons rester attentifs..


T.M.com - Ne craignez-vous pas que les pouvoirs publics aient déjà une feuille de route et que tout est déjà noir sur blanc, le groupe de travail étant là pour... la forme ?

F.V.
: "Toutes les hypothèses sont possibles mais ne noircissons pas le tableau. Le ministère nous associe à un groupe de travail et nous participons de façon constructive aux travaux engagés. Dans cette affaire le SNAV a un rôle d'expert reconnu.

A partir du moment où nous avons des propositions issues d'une concertation sur lesquelles nous sommes unis je crois que nous pourrons aboutir à un régime satisfaisant pour tous. Nous ne pouvons accuser nos interlocuteurs de noirs desseins sans preuve.

Il reste beaucoup de questions en suspens mais ce qui m'inquiète sur un sujet aussi sérieux, c'est ce délai qui me paraît très court. Entre aujourd'hui et décembre 2008, nous devrons faire valoir nos propositions qui alimenteront le rapport d'Aline Peyronnet, chargée par le ministre de piloter les travaux et de présider l'ensemble des réunions du groupe de travail.

Il est vrai que, hélas, nous restons une profession peu reconnue et méconnue. Si notre pouvoir de lobbying est faible notre capacité à nous mobiliser pour notre survie reste intact."

Franck Voragen, président des Indépendants

Il est l'un des 3 administrateurs élus au titre du comité des distributeurs qui siègent au conseil d'administration du SNAV. Il fait partie à ce titre du groupe de réflexion qui alimente les travaux engagés par le Secrétariat d'État au Tourisme sur la réforme du régime de vente des voyages.

Il est aussi en charge de la présidence de la commission « Chiffres et statistiques » du SNAV.
Cet homme orchestre sait être pédagogue quand le besoin se fait sentir. Nous avions pu le tester lors de la dernière convention du SNAV à Biarritz.
Sous la question « En avoir ou pas », il y avait animé, à propos de la licence, un atelier prémonitoire.

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1.Posté par Gaudin le 01/10/2008 09:43 | Alerter
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Franck, je ne suis pas tout à fait d'accord sur cette notion de responsabilité de l'agv ; en quoi devrait-il être plus responsable qu'un vendeur de grande surface tout aussi aveugle d'un défaut de fabrication dans le tertiaire, dans la finance...? Pourquoi s'acharner, oublions un peu les "chair à canon" ?

Garantie financière à présent : Quid d'une famille qui achète 4 vols secs Paris / Tokyo dans une agence qui dépose son bilan (frauduleusement ou pas) ? Remboursée ? je ne crois pas...qui est responsable ?

D'accord sur la Licence...exit ! vite !

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