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Hôtellerie Guadeloupe-Martinique : des sujets d'avenir effleurés, mais insuffisamment développés

Carte Blanche à... Yves BROSSARD, DG de Primea Hotels


Rédigé par Yves BROSSARD le Mercredi 14 Décembre 2011

Yves Brossard, DG de Primea Hotels et fin connaisseur des problèmes d'hébergement aux Antilles, revient sur le Rapport d'Alain Bodon, inspecteur des finances. Il regrette que "la part belle ait été faîte au traitement des urgences privées particulières, c'est à dire au sauvetage de certains établissements, au détriment du traitement pratique des mesures concrètes à prendre pour engager l'avenir du tourisme dans les Caraïbes françaises."



Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l’Outre-mer a reçu mardi 29 novembre, Alain Bodon, inspecteur général des finances, auteur d’un rapport sur la situation financière de l’hôtellerie aux Antilles. /photo dr
Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l’Outre-mer a reçu mardi 29 novembre, Alain Bodon, inspecteur général des finances, auteur d’un rapport sur la situation financière de l’hôtellerie aux Antilles. /photo dr
Il y a quelque ironie à présenter ainsi, en introduction, cette conclusion, mais - somme toute - en disant cela, il y a un véritable aveu : cette mission est un grand succès ! Un succès de prise de conscience !

L'initiative gouvernementale visait probablement, entre autres, à faire en sorte que l'administration nationale tente d'y voir plus clair dans la situation réelle de l'hôtellerie des Caraïbes françaises.

Et le Médiateur est édifié, et peut-être même effaré ; ce qui le conduit à conclure, très logiquement, qu'il y a un très gros travail à fournir si l'on veut parvenir à un résultat concret. Nul ne le contredira.

On peut regretter que, dans cette mission, la part belle ait été faîte au traitement des urgences privées particulières, c'est à dire au sauvetage de certains établissements, au détriment du traitement pratique des mesures concrètes à prendre pour engager l'avenir du tourisme dans les Caraïbes françaises.

Les sujets d'avenir sont effleurés, parfois compris partiellement ou totalement, mais pas suffisamment développés dans ce rapport pour que les acteurs politiques prennent suffisamment conscience des questions de fond à traiter.

On devine une prise de conscience réelle de la médiation, et une vision plus précise de la situation.

Mais si la tradition diplomatique a du bon, elle limite néanmoins l'impact du message au cercle restreint de ceux qui détiennent les codes pour faire les traductions ad hoc.

L'autre ironie dans ce rapport tient au fait que le Médiateur, lui-même, alors qu'il est partie au système, a pris la mesure de la trop grande multiplicité des intervenants administratifs et politiques : ce qui a rendu d'ailleurs - très justement - nécessaire l'intervention d'un Médiateur.

Le Médiateur pourrait en fait devenir un coordinateur qui tenterait de donner une direction cohérente à un puzzle administratif et politique mal conçu ! Ou encore tenterait de mettre en place la nécessaire et - fameuse - simplification administrative.

A cet égard, on notera tout de même que la pieuvre des textes législatifs ou réglementaires, parvient parfois à être domptée.

Par exemple, à l'issue de la crise du Chikungunya à la Réunion, la Région avait su mettre en oeuvre une politique d'indemnisation rapide des professionnels du tourisme, ce qui est attendu depuis plus de deux ans à la Guadeloupe et à la Martinique, à la suite de la crise politique qui a affecté très gravement l'industrie touristique de ces îles en 2009.

Grand silence sur le sujet. Etourdissant silence. L'Etat est-il irresponsable ? Les Pouvoirs publics sont-ils irresponsables ? Et alors, à qui faut-il confier le pouvoir ?

De sorte, qu'il faut bien admettre que certains acteurs - de caractère - parviennent apparemment à transcender les pesanteurs, au détriment très probablement du strict respect des textes, mais, en revanche, au service direct de l'esprit et de la volonté du législateur.

Il convient en effet de rappeler avec insistance que si le législateur a mis en place dans le temps des mécanismes d'aide à l'investissement dans le secteur du tourisme à l'outre-mer, c'est à tout le moins parce qu'il avait une conscience aiguë des handicaps des destinations outre-mer.

Faut-il alors s'étonner de ces difficultés de l'industrie touristique de l'outre-mer, alors que c'est la conscience même desdites difficultés qui a conduit le législateur à aider ce secteur ?

Mieux vaudrait parler de l'inefficacité partielle de la politique mise en place par le législateur, ou par l'administration, dont il convient de rappeler qu'elle disposait le plus souvent d'un pouvoir de contrôle extrêmement important à travers les dispositifs de délivrance des agréments qui étaient accordés principalement par le ministère du budget et des finances.

Il existe bel et bien deux hôtelleries bien distinctes aux Antilles

On regrettera également que soit masquée - au nom de quelle logique ? - une situation particulièrement évidente de l'hôtellerie des îles concernées.

Le rapport parle en effet de "l'hôtellerie des Antilles", comme si elle était unique, omettant de mettre en évidence qu'il y existe bel et bien deux hôtelleries bien distinctes aux Antilles : une hôtellerie mixte, d'affaires et de tourisme, prospère, en général localisée au centre des îles ; et une hôtellerie exclusivement touristique, fragile, généralement localisée dans des zones excentrées des îles.

Or, il n'échappe à personne que l'hôtellerie d'affaires ne subissant que faiblement les problèmes liées à la saisonnalité, et bénéficiant d'un plus grand nombre de ventes directes non commissionnées, n'est pas du tout confrontée aux mêmes difficultés que l'hôtellerie exclusivement touristique.

A situation différenciée devraient correspondre des solutions différenciées.

On s'étonnera également de la contradiction évidente au sein de ce rapport qui évoque - avec justesse - la nécessité de créer "un nouveau produit … qui ne doit bien sûr pas s'appuyer uniquement sur les hôtels mais aussi sur le réseau des résidences de tourisme, des gites et des chambres d'hôtes qui connaissent un fort développement …".

Un rapport qui n'aborde quasiment que le sujet hôtelier, et ignore superbement les distorsions de concurrence existantes entre les hôtels et résidence de tourisme, ou entre les hôtels et les gites ou chambres d'hôte.

Et qui n'évoque pas les moyens politiques à mettre en oeuvre pour développer de manière ambitieuse ce "nouveau produit", qui comme le souligne très justement le Médiateur, serait adapté à des "…clientèles en fort développement quantitatif comme les familles et les seniors".

Dans son infinie sagesse, ou prudence, le Médiateur évoque avec parcimonie le sujet très délicat de la taxe de séjour, soulignant néanmoins qu'elle constitue une part importante des dettes de certains hôtels.

Non seulement le poids de cette dette est loin d'être négligeable, mais il convient de signaler que cette taxe a généré, et générera encore à l'avenir, de nombreux contentieux judiciaires.

Ce qui signifie, entre autres, que cette taxe est largement contestée, et pas uniquement parce qu'elle contribue à des distorsions de concurrence flagrantes, dans une opacité complète.

A cet égard, il y a lieu de noter que les Communes qui prélèvent les taxes de séjour ne sont quasiment jamais parties prenantes aux véritables opérations de promotion touristique internationale, contrairement aux Comités du Tourisme régionaux qui sont très actifs en la matière, et notamment participent activement au club Outre-Mers d'ATOUT FRANCE.

Une piste de réflexion, qu'aurait pu aborder le Médiateur, serait de modifier le processus de prélèvement la taxe de séjour dans les territoires auxquels on accède obligatoirement par avion ou par bateau (sauf exception), donc les DOM et les TOM.

Dans les DOM-TOM, au lieu que la taxe de séjour soit prélevée par les établissements d'hébergement, elle pourrait être prélevée aux aéroports ou aux ports.

Pour ce qui concerne les aéroports, les mécanismes de prélèvement de taxes pré-existent, de sorte qu'il n'y aurait aucune structure à créer.

Les "taxes d'aéroport" sont déjà prélevées systématiquement en amont lors de l'émission des billets d'avion ; il suffirait d'y associer une taxe de séjour pour les non-résidents.

Vrai problème au niveau de la qualité du "management" des hôtels

La taxe de séjour serait ensuite reversée aux Comités régionaux de tourisme.

Les avantages de cette formule seraient nombreux :

- forte augmentation des ressources liées à la taxe de séjour grâce à un prélèvement systématique et en amont ;
- forte diminution des contentieux de recouvrement ;
- égalité de traitement entre tous les acteurs du tourisme ;
- parfaite connaissance par les régions des ressources prélevées en faveur de la promotion touristique ;
- création d'un outil statistique parfait et en temps réel de l'évolution des flux touristiques.


Rappelons qu'en son temps, dans le dispositif d'aide fiscale au développement des résidences de tourisme en métropole, dont a largement bénéficié la montagne française, le législateur avait prévu un mécanisme favorisant les entreprises qui avaient "souscrit un engagement de promotion touristique à l'étranger dans les conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat".

Le Médiateur souligne dans son rapport qu'il existe très souvent un vrai problème au niveau de la qualité du "management" des hôtels.

La forme a le mérite d'être très directe, et c'est tant mieux ; nul n'est irréprochable. Et, quelles qu'en soient les raisons, il faut reconnaître ses torts quand ils sont évidents.

Pour autant, dans ce rapport, on notera deux grands absents dans le traitement du sujet de l'hôtellerie : le groupe ACCOR, ou encore le groupe TUI-NOUVELLES FRONTIERES, qui ont tous deux vendu récemment les actifs hôteliers qu'ils détenaient dans les Caraïbes françaises, comme d'ailleurs MERIDIEN en son temps.

Faut-il en conclure que le "management" des hôtels du groupe ACCOR ou du groupe TUI-NOUVELLES FRONTIERES était encore plus mauvais que celui des hôtels qui ont poursuivi leur activité ?

Ou au contraire que les groupe en question ont simplement conclu à l'impossibilité pratique de conduire un "management" efficace parce que :

- l'environnement technique sous l'angle des pratiques des législations sociales et fiscales ne permettait de parvenir à une saine gestion ?
- que l'environnement équivalent des îles voisines ne permettait pas de résister à cette pression concurrentielle ?

Et on notera tout autant que les bons "managers hôteliers" doivent être très rares, car il ne semble pas que quiconque soit parvenu à en trouver un seul de par le monde, pour prendre la succession des précédents dirigeants de l'hôtel KALENDA-MERIDIEN.

Il faut mettre en place des mécanismes ultra-simplifiés

Quand le Médiateur parle de méconnaissance des textes législatifs par les professionnels, il feint d'ignorer que le métier des professionnels du tourisme n'est pas de naviguer dans les arcanes administratives.

Il convient donc de mettre en place des mécanismes ultra-simplifiés, à l'image de ce qui a pu être fait par l'Etat en matière de création du statut d'auto-entrepreneur, afin que les soutiens à la rénovation soient accordés selon des mécanismes allégés et rapides.

Un processus standardisé via internet répondrait aisément à cette préoccupation.

C'est avec raison, et avec un très juste sens de l'économie des finances nationales, que le Médiateur souligne la nécessité de "mieux utiliser les dispositifs d'aides mis en place par l'Europe".

On ne pourrait que se féliciter que "la médiation soit mise au service de la mise en place de nouveaux dispositifs plus efficaces en termes d'attribution et de délivrance des aides à la rénovation", alors qu'il est constaté "une situation d'hôtels souvent enlisés et dépassés par des procédures jusqu'alors à bien des égards, longues, imprécises et incomplètes".

Plus généralement, il serait effectivement parfaitement souhaitable, et nécessaire, que la médiation se voit confier un travail "entrepris au niveau local puis relayé au niveau national afin de définir si des évolutions de caractère législatif ou réglementaire en matière de taxe de séjour seraient adaptées aux situations locales".

La médiation pourrait également contribuer à la création de nouvelles zones de développements touristiques adaptées à des "…clientèles en fort développement quantitatif comme les familles et les seniors".

Le Médiateur a parfaitement mis en évidence les difficultés de mise en place des financements des travaux de rénovation des établissements hôteliers, de sorte que lorsqu'il envisage "que soient recherchées entre les régions et l'État les solutions techniques de nature à résoudre ce problème", on ne peut que s'en féliciter.

Même si l'on peut s'étonner de la légèreté coupable des auteurs des mécanismes actuels, qui apparaissent si peu efficaces, et à tout au mois très lents.

Moins convaincante est l'explication sur les performances de commercialisation ; lorsque la médiation indique que "le résultat en est des hôtels … qui s'en remettent pour leur commercialisation à des tours-opérateurs …,

Ce qui explique un taux de remplissage sur l'année pouvant être de seulement 30 ou 40 %."


Ou encore lorsqu'il est affirmé qu' "une utilisation d'internet plus importante par les hôtels pourrait par ailleurs permettre une progression rapide de quelques points du taux d'occupation des chambres, qui serait de nature à modifier parfois de façon importante leur résultat d'exploitation".

Peut-être vaudrait-il mieux mettre en évidence une réalité saisonnière quasiment aussi marquée aux Antilles qu'à la montagne (à l'exception des hôtels d'affaires naturellement dé-saisonnalisés) ?

Or ce qui distingue les hôtels saisonniers des Antilles de ceux de la montagne métropolitaine, c'est que les premiers, aux Antilles, sont ouverts 12 mois sur 12 contre 6 mois sur 12 en montagne.

D'où la faiblesse des remplissages annuels, qui n'a rien à voir avec les faiblesses présumées des tour opérateurs ou une prétendue faible utilisation d'internet (canal sur lequel les TO progressent d'ailleurs très fortement).

La médiation effleure ce sujet, évoquant "les autres problèmes liés notamment aux périodes de fermeture temporaire et aux possibilités d'annualisation".

Solutions de protection des revenus des salariés

S'il est un point prioritaire - et majeur - auquel la médiation devrait s'attacher à trouver des solutions concrètes, c'est bien celui de la recherche de solutions opérationnelles visant à la protection des revenus des salariés qui seraient mis en chômage technique pendant les inter-saisons.

Car on touche là un problème essentiel, structurel, affectant gravement les résultats des exploitations touristiques des Caraïbes françaises.

Cette mission de médiation pourra donc être considérée comme un très grand succès si elle aboutit à la recommandation du Médiateur lui-même, lorsqu'il précise que "l'avis de la mission est qu'il convient d'étudier les demandes exprimées dans le cadre de la recherche d'un nouveau modèle économique de l'hôtellerie en Guadeloupe et Martinique…",

Et à la condition que l'on sorte du champs exclusif "du modèle économique de l'hôtellerie en Guadeloupe et Martinique" et que l'on s'applique à mettre en oeuvre une politique nouvelle - et ambitieuse - en faveur de toutes les formes d'hébergement touristique et notamment celles qui sont adaptées aux "…clientèles en fort développement quantitatif comme les familles et les seniors".

A défaut, ceux parmi les hôteliers qui auront bénéficié du soutien actif de l'Etat en vue de les aider à sauver leurs établissements seront les seuls à pouvoir considérer que cette mission de médiation est un grand succès.

Et ils auront raison de s'en satisfaire, car, à bien des égards, on peut dire que la cause de leurs soucis est grandement liée à un environnement sur lequel ils n'ont, malheureusement, que peu de prise.

François BAROIN, Ministre du Budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la reforme de l’ Etat, porte-parole du gouvernement, Marie-Luce PENCHARD, Ministre chargée de l’Outre-Mer et Frédéric LEFEBVRE, Secrétaire d’Etat au tourisme ont confié en début d'année 2011 à Alain BODON, inspecteur général des finances, une mission de médiation sur la situation financière des structures hôtelières en Guadeloupe et Martinique.

Le rapport peut-être lu ici intégralement

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