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Rédigé par Jean-Louis BAROUX le Lundi 2 Janvier 2012
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Jean-Louis Baroux : "Fini le temps où Air France pouvait dicter ses conditions tarifaires aux clients"Lettre ouverte à M. Yves Deshayes, président du SNPLPour Jean-Louis Baroux, ancien président d'APG, la menace de grève des pilotes en février pour protester contre l'instauration d'un service minimum dans le transport aérien, n'aurait pas d'effet dissuasif en période pré-électorale. Pour les clients pourraient même prévoir de voyager par d'autres moyens de transports afin de pas être impactés par un éventuel arrêt de travail.
Jean-Louis Baroux : "Pour tout dire, je serais surpris que cette menace ait un quelconque effet dissuasif, surtout dans le contexte politique et pré-électoral actuel. Il vous sera sans doute difficile d’expliquer aux clients concernés l’intérêt de votre oppositioné - Photo DR Air France
Monsieur le Président,
Si j’ai bien lu les journaux qui se sont fait écho de votre communiqué de presse, vous avez déposé un préavis de grève pour les vacances de février pour « Défendre de droit de grève » face à une tentative menée par le député UMP Mr Eric Diard visant à instaurer un service minimum dans le transport aérien, comme cela se pratique d’ailleurs dans d’autres secteurs d’activité. Votre réaction à cette initiative est particulière forte, je dirais agressive. Elle nécessite quelques commentaires. Voici les miens. Je note tout d’abord que vous brandissez la menace de grève avant de savoir ce que sera le projet de loi, ni même si celui-ci sera déposé. En fait, vous dites aux législateurs : « Faites bien attention car nous avons une grande faculté pour nuire et nous n’hésiterons pas à nous en servir ». Pour tout dire, je serais surpris que cette menace ait un quelconque effet dissuasif, surtout dans le contexte politique et pré-électoral actuel. Il vous sera sans doute difficile d’expliquer aux clients concernés l’intérêt de votre opposition car, au fond, votre profession n’est pas particulièrement attaquée. La mise en place d’un service minimum dans le transport aérien ne met pas plus en cause le droit grève qu’il ne l’a fait à la RATP ou la SNCF. Vous êtes perçus à tort ou à raison comme une profession privilégiée
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Vous aurez d’autant plus de peine à obtenir le support de la population que vous êtes perçus à tort ou à raison comme une profession privilégiée.
Certes vous avez obtenu les avantages dont vous bénéficiez de haute lutte, ce qui a prouvé par le passé à la fois votre détermination et votre capacité dans l’action. Ces avantages sont maintenant considérables tant en ce qui concerne vos rémunérations que vos conditions de travail et votre accès à la retraite. Ces « privilèges » sont largement connus et médiatisés et nul doute qu’ils le seront encore plus si vous mettez votre menace à exécution. Reste qu’on peut se demander si le moment est bien choisi. A force d’exiger toujours plus de la part de votre entreprise, celle-ci se trouve maintenant en grande difficulté. Fini le temps où Air France pouvait, forte de son quasi-monopole en France et en Europe, dicter ses conditions tarifaires à des clients qui étaient plutôt d’ailleurs des « usagers ». La concurrence s’est bel et bien installée
La concurrence s’est bel et bien installée et elle est active sur tous les segments de marché dans lesquels évolue votre compagnie.
Cela signifie que, pour les clients, des alternatives sont possibles. Je ne serais d’ailleurs pas surpris que les voyageurs potentiels aux dates que vous avez choisies, ne prennent pas à l’avance leurs dispositions pour voyager qui avec le train en France, qui avec les transporteurs low costs sur l’Europe, sans compter sur les compagnies étrangères qui ajusteront leur grille tarifaire pour l’occasion. Quant au long courrier, il n’y a pas une ligne ou votre compagnie ne soit en concurrence. Finalement, les dégâts sont peut-être déjà faits, même si vous renoncez à votre mouvement de grève, nombre de clients ont sans doute choisi de ne pas courir de risque et se sont reportés sur les autres transporteurs. Toutes les entreprises sont mortelles
Voyez-vous, au final, trop, c’est trop.
Vous ne pouvez pas sans arrêt non seulement demander plus, mais refuser tout effort pourtant nécessaire pour la survie même de votre entreprise. J’entends souvent dire que une compagnie de la taille d’Air France ne peut pas mourir et qu’elle sera au final défendue et supportée par l’Etat, comme cela s’est d’ailleurs passé en 1992. Ce n’est plus vrai, les règles européennes s’y opposent. Déjà vos collègues d’Alitalia en ont fait l’amère expérience alors qu’ils étaient persuadés que rien ne pouvait leur arriver. Madame Nathalie Kosciusko-Morizet a elle-même déclaré que toutes les entreprises étaient mortelles, y compris la vôtre.
Votre compagnie a baissé ses coûts significativement, mais cela a été fait finalement par les clients auxquels vous avez diminué les prestations et les prestataires de services extérieurs.
Qu’avez-vous fait à l’intérieur de votre entreprise ? Pas grand-chose. Il faudra bien pourtant commencer à un moment ou un autre. Les Français tiennent beaucoup à Air France. Ils voudraient en être fiers. Ils sont certainement prêts à lui donner la préférence par rapport à des compétiteurs étrangers à égalité de rapport qualité/prix. Ce n’est certainement pas le moment de détériorer encore que qui l’est déjà beaucoup. Monsieur le Président, je souhaite bonne chance à votre compagnie en espérant qui vous contribuerez à lui faire regagner le terrain perdu. Jean-Louis BAROUX
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