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Pirates, corsaires, forbans... la guerre des excursions en croisière fait rage !

La chronique de François WEILL, Consultant


Rédigé par François Weill le Jeudi 25 Octobre 2012

François Weill, spécialiste bien connu de la croisière et qui dans une autre vie était également journaliste, revient cette semaine avec une nouvelle chronique sur l'industrie de la croisière. Consultant, il pose un regard lucide et réaliste sur un pan de l'industrie du voyage qui pèse de plus en plus lourd dans les comptes d'exploitation et qui n'échappe pas aux mutations en cours.



Les excursions proposées par les navires de croisière font l'objet d'une multitude de contraintes : il ne suffit pas de faire appel à tel ou tel réceptif local, encore faut-il qu'il puisse respecter la totalité des règles. Photo JdL
Les excursions proposées par les navires de croisière font l'objet d'une multitude de contraintes : il ne suffit pas de faire appel à tel ou tel réceptif local, encore faut-il qu'il puisse respecter la totalité des règles. Photo JdL
Les excursions vendues à bord des navires de croisière paraissent souvent chères, qu'elles soient proposées lors de la réservation ou bien à bord auprès des passagers.

Les choses sont un peu plus compliquées.

Ici comme ailleurs, l'anarchie est la règle du marché.

Attention, pas l'anarchie sympa, celle qui rimait vraiment avec liberté et qui a fait vibrer une bonne partie de ma génération dans sa jeunesse, non, mais l'anarchie du business, celle qui dit "Les règles on s'en fout" afin, simplement, de se fournir une belle excuse pour mettre en place sinon la loi du plus fort, du moins celle du plus rusé.

Les excursions proposées par les navires de croisière font l'objet d'une multitude de contraintes : il ne suffit pas de faire appel à tel ou tel réceptif local, encore faut-il qu'il puisse respecter la totalité des règles fort nombreuses imposées, à juste titre, par la sécurité des ports et des navires.

L'accès des autocars dans les ports fait l'objet de nombreux contrôles avec nécessité de fournir de multiples informations qui vont des plaques minéralogiques des cars aux identités des chauffeurs à remettre à plusieurs administrations : il faut y ajouter les diverses taxes, demandes d'accréditations etc.

Et là comme partout, il y a… les "pirates"

Inutile de préciser le temps et l'énergie dépensés dans ces formalités sensées permettre aux réceptifs spécialisés de pouvoir exercer leur activité.

Ca ne vous rappelle rien ? Eh oui, bien sûr, c'est une activité réglementée, comme toutes les professions liées à la vente de voyage.

Et là comme partout, il y a… les "pirates", ainsi que les surnomment les agences "agréées".

Ce sont les agences ou organisations de toutes sortes qui d'une manière ou d'une autre, proposent aux passagers des excursions similaires mais moins chères, sans passer par les compagnies de croisière.

Quitte à se rendre par ses propres moyens en ville pour retrouver les autocars, bien que dans certaines escales et certains pays, les accès aux ports leurs soient semble-t-il assez facilement ouverts. Quitte aussi à passer beaucoup de temps sur Internet avant le départ, pour choisir et réserver ses excursions.

Les Français sont encore peu touchés par le phénomène

Les passagers français sont encore peu sollicités : nous ne sommes que le cinquième pays d'Europe en nombre de croisiéristes, et ce sont d'abord les passagers espagnols, italiens et anglais qui sont approchés par ces agences qui vendent essentiellement voire uniquement sur le Web.

Elles ont créé des sites spécialisés sur les excursions pour les croisiéristes, dans toutes les escales, adaptées aux itinéraires de presque toutes les compagnies.

En tapant "excursions pour croisières" sur Google, vous ne tarderez pas à tomber sur des forums vous proposant de bonnes affaires ici ou là. Mais si vous êtes Espagnol et que vous tapez la même chose dans la langue de Cervantes, vous allez être surpris par l'abondance de propositions.

Encore mieux, tapez "cheap cruise excursions", vous aurez l'embarras du choix.

Les agences réceptives spécialisées au bord de la crise de nerfs

Sur le marché français, les agences réceptives spécialisées dans la croisière sont au bord de la crise de nerfs. Et les compagnies de croisières voient leurs ventes d'excursion stagner ou diminuer.

Il faut dire que certaines compagnies ont parfois un peu "chargé la barque". Le revenu sur les excursions a pendant longtemps constitué une part très importante des ventes à bord, et les marges appliquées sur les prix fournis par leurs partenaires réceptifs feraient rêver n'importe quel voyagiste.

Résultat ? Une baisse des ventes, et un boulevard ouvert aux agences vendant en direct leurs excursions moins chères sur Internet.

Alors, vraiment des pirates ? Peut-être simplement des réceptifs qui sont passés à une nouvelle forme de distribution, plus directe.

Bref, un nouvel avatar de la "désintermédiation" sur laquelle Jean-François Rial s'est parfaitement exprimé dans TourMaG.com il y a quelques jours.

La roue tourne : certains réceptifs avaient bénéficié durant longtemps d'un système assez rigide où seules les agences réceptives "agréées" avaient droit à une part du marché.

C'est la guerre qui couve

Mais aujourd'hui, s'il existe de vrais pirates, ceux-ci sont une minorité : la plupart des excursions de croisière vendues sur le Web sont le fait d'agences de voyages tout à fait en règle et qui ne font que saisir une opportunité – le développement constant du marché de la croisière – en utilisant les nouveaux moyens de commercialisation et les nouvelles technologies.

On ne reviendra pas en arrière. Mais le client y gagne-t-il vraiment ? Pas sûr. Les prix plus bas (mais qui ne tarderont pas, un jour ou l'autre, à augmenter) compensent-ils les nombreux inconvénients ?

Autocars souvent plus éloignés du débarquement, pas de contact entre l'agence locale et le bateau, absence de responsabilité de la compagnie de croisière…

Mais là où plus rien ne va, c'est lorsqu'à certaines escales, on voit les cars de ces compagnies bénéficier, par accord ou en force, des mêmes accès, des mêmes parkings, des mêmes droits que ceux des compagnies agréées qui, elles, payent les taxes exigées.

Alors, c'est la guerre qui couve. Et c'est le foutoir autour des ports.

Lorsque deux navires arrivent ensemble et que 8000 passagers débarquent, il n'est pas difficile d'imaginer l'ambiance sur les parkings.

Un épiphénomène de la grande recomposition du secteur du tourisme

Les réceptifs de croisières ont toutes les raisons de s'indigner de cette situation anarchique. Mais ils ne s'en sortiront que si les compagnies de croisière, les ports, les villes et les agences se mettent ensemble autour d'une table et se mettent d'accord sur un minimum de règles d'organisation.

On en est loin. La mode est à la dérégulation, au "tout se vaut" et à "on fait ce qu'on veut".

Les "pirates" ne le sont qu'aux yeux des "corsaires" que sont pour eux les réceptifs de croisière traditionnels, on n'attend plus que les "forbans" pour mettre tout le monde d'accord.

Cette situation n'est qu'un épiphénomène de la grande recomposition du secteur du tourisme que nous vivons actuellement.

Agences distributrices, réceptifs, voyagistes, transporteurs, compagnies de croisières, toutes les anciennes structures, d'ailleurs bien usées, se délitent et finiront bien par se recomposer dans une forme nouvelle qui est loin, à l'heure actuelle, d'être encore définie.

Notre industrie est dans la tourmente, mais pas plus que les autres. Et partout, de nouvelles règles vont remplacer les anciennes.

Mais là, en ce moment, dans cet entre-deux anarchique, les temps sont durs. C'est vraiment le moment de se changer les idées et de s'offrir une belle croisière !

François Weill - DR
François Weill - DR
François Weill, ancien président de l'AFCC, a été PDG de Hurtigruten France. Il a effectué la plus grande partie de sa carrière dans l'industrie de la croisière.

Commercial chez Paquet, il a été l’agent général de plusieurs compagnies maritimes avant de fonder Scanditours, TO des pays nordiques. Racheté par Kuoni, François Weill devient à 46 ans consultant puis professeur associé à l’Université de Marne-la- Vallée dans le cadre d’un IUP Tourisme.

Il prend alors la tête d'Hurtigruten la compagnie de l’Express Côtier qui souhaite se relancer sur le marché français. Quelques centaines de milliers de pax plus tard, l'aventure se termine par une sucess story en janvier 2010. Auparavant, il a assumé la présidence de France Ferries et Croisières où il succède en 2007 à George Azouze, patron de Costa qui, à son tour, reprend le siège 3 ans plus tard.

François Weill, a un doctorat en philosophie et a repris ses activités de consultant.

Contact : fw@francoisweill.fr

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Tags : croisiere, weill
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1.Posté par phil2mars le 29/10/2012 10:08 | Alerter
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Voilà une brillante présentation d'un " epiphénomene" douloureux et tout à fait symbolique de la situation actuelle.

Quand je lis cette juste affirmation :"ils ne s'en sortiront que si les compagnies de croisière, les ports, les villes et les agences se mettent ensemble autour d'une table et se mettent d'accord sur un minimum de règles d'organisation. "

J'ai le sentiment que c'est une juste cause mais loin d'être gagnée , tant les interets sont divergents :
* Les compagnies qui à force de brader leurs croisieres essaient de se rattraper ( avec de moins en mois de succés sur les excursions ) auprès d'un public qui n'a pas les moyens ou pas envie d'etre considéré comme des moutons bons pour la tonte...
* Les villes et les ports : Qui ont intérêt de voir les passagers en escale satisfaits et dépensiers...Or quand un couple de croisieriste a dépensé 80 € pour un tour à la panurge de 2h , croit on qu il va dépenser encore le double sur place en improbables souvenirs ou produits locaux? où qu'il va s'abstenir de retourner à bord pour dejeuner ?
*Les ports qui n'ont pas non plus intérêt à voir des passagers mécontents obligés de prendre un taxi un bus ou marcher des kilometres pour partir en excursion.
* Les fameux " corsaires" qui ne sont finalement que des agences " malines " qui proposent non seulement du moins cher pour la meme qualité ( guides de l'Office du tourisme local par ex) , mais aussi qui sont plus AGILES en proposant des tours plus thematiques , plus pointus autour de minibus ou d'activités sportives.
* Et enfin le plus important , celui sera absent de la table ronde : LE CLIENT.
Lui toute cette organisation n'est pas un probleme. Lui il regarde son intérêt : Si son tour de ville lui est proposé 50 % moins cher pourquoi s'en priverait -il dans l'état actuel des choses ?
Si on lui propose d'un coté une journée à 100 € en minibus 6 pax luxueux à la découverte des sites remarquables , une dégustation et un repas typique et d'un autre un tour à 55pax, pour le meme prix en bus avec 2 arrets photos une visite guidée et le repas libre , pourquoi choisir la 2eme solution ?
Pire , il jugera mal une escale où il serait contraint de choisir entre des excursions logiquement stardardisées, ou rester à bord ou à se debrouiller sans assistance...

Enfin essayer de rendre les ports étanches à tout autocariste ou agence ( avec licence ) non agrée est impossible et anti commercial , sans compter que ces memes autocaristes travaillent aussi bien pour les receptifs agréés que pour les " corsaires"...

En fait , la clé est dans les mains des compagnies quineconsiderent à tort les excursions qu'en poste de profit à court terme et non pas en terme de services clients ( sans voir qu'elles scient la branche sur laquelle elles sont assises) en refusant 90 % des produits excursions ( les plus innovants mais peu generateurs de volume et de chiffre) proposés par les réceptifs , en mettant systematiquement concurrence les agents portuaires receptifs à chaque occasion , en margeant comme des cochons ... ( le prix d'achat d'un tour de ville guidé 2h doit tourner autour de 15 € max vendu 40... ) , en ne mesurant pas que la part de débarquants qui diminue leur coute cher ( en manque à gagner et en consommation à bord : les gens restent à bord et consomment des services et des repas , et n'achetent pas ( boutiques et casino fermés en escale) ...
On pourrait multiplier les exemples...
La croisière n'est pas un produit comme un autre, la part du service est importante. Le client vient en croisière pour l'obtenir ... sinon à quoi bon s'embarquer...

Tout celà fait donc partie de la nécessaire evolution du business model des compagnies de croisiere que Mr Weil a dejà evoqué avec justesse.

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