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Prise d’otages : faut-il déprogrammer le Yémen ?Les TO face à une destination à risqueLes seuls coupables de l’enlèvement des quatre Français au Yémen sont les ravisseurs. Pourtant, qu’il s’agisse des ex-otages eux-mêmes, du voyagiste STI avec lequel ils sont partis, du Quai d’Orsay ou encore des autorités yéménites, les autres protagonistes de cette affaire ne sont pas irréprochables.
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On sait depuis longtemps que des tribus n’hésitent pas à enlever des étrangers au Yémen. Une recrudescence des prises d’otages a même été constatée ces derniers mois (six depuis août). Les quatre français libérés hier, après quinze jours de détention, n’étaient pas sans ignorer le risque.
Bien sûr, quelque 3.000 touristes français se rendent au Yémen chaque année. La destination reste programmée par de nombreux voyagistes. De plus, les otages ont été enlevés sur la route reliant Aden à Mukalla ; celle-ci est fréquentée par des convois de touristes comme par ceux de Total se rendant sur le champ d'East Shabwa à l’est du pays. L’escorte militaire n’est pas une garantie Les quatre touristes français se devaient de mesurer les risques avant de partir au Yémen. Il serait choquant de les voir se retourner demain contre STI pour défaut d’information. Contacté hier par TourMaG.com, le voyagiste n’a pas souhaité faire de commentaires. Ce spécialiste du Proche-Orient a de bonnes raisons d’être mal à l’aise dans cette affaire. STI, comme les autres TO d’ailleurs, a-t-il bien mesuré le risque de programmer, sinon le Yémen, du moins certaines des régions à risque de ce pays ? La responsabilité de la profession n’aurait-elle pas de nouveau été engagée si la prise d’otages avait connu un dénouement tragique ?
Le ministère des Affaires étrangères n’est pas non plus exempt de tout reproche. Dans son échelle de recommandation, un voyage dans un pays ou une région à risque est soit simplement «déconseillé», soit «formellement déconseillé», soit «à ajourner».
Avant l’enlèvement, le Quai d’Orsay «déconseillait» de circuler sans guide local et sans escorte militaire dans la région où les Français ont été enlevés, et «déconseillait formellement» de circuler sans guide local et sans escorte militaire sur la route Aden-Mukalla. «En fait l’escorte militaire a abandonné le groupe de touristes dès le premier coup de feu», constate l’un des responsables du Quai d’Orsay, lequel reconnaît que seules une escorte privée et surtout des «accords» avec les tribus garantissent une traversée sans souci de cette région. Le site du Quai d’Orsay incontournable ? Les TO étaient-ils informés par leurs réceptifs qu’une escorte militaire ne garantissait aucunement contre les enlèvements ? Ont-ils à leur tour relayé l’information à leurs clients ? Après l’enlèvement, les Affaires étrangères indiquent « avoir tenu compte d’une nouvelle réalité sur le terrain». Il déconseille désormais «formellement » la région de l’enlèvement sur l’espace Conseil aux Voyageurs de son site internet, lequel accueille chaque mois plus d’un demi-million d’internautes. Son travail est délicat : déconseiller une destination peut nuire gravement à l’économie d’un pays dont le tourisme est l’une des ressources essentielles. D’où de possibles pressions. Certains TO craignent pour leur part les clients procéduriers et évitent les destinations déconseillées. En arrivera-t-on à la généralisation de la précaution adoptée par le voyagiste Acabao : le client y déclare à la fin du bulletin d’inscription avoir consulté sur le site diplomatie.gouv.fr les infos sur le pays qu’il va visiter. Cela n'est pas une garantie absolue mais ça peut constituer un début de preuve en cas de "pépin"... Vincent de Monicault - redaction@tourmag.com
Jeudi 28 Septembre 2006
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