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Saint-Jean-de-Luz, l’appel de la mer

Une longue tradition autour de la pêche


Rédigé par Jean-François RUST le Jeudi 23 Mars 2017

Premier port de pêche basque français, Saint-Jean-de-Luz entretient un rapport filial avec l’Atlantique. Si la baleine et la morue ont fait son bonheur, le thon et d’autres espèces continuent de nourrir les marins, tandis que des passionnés préservent par ailleurs la mémoire maritime. Cette identité s’accorde avec une présence touristique assez chic, née à la fin du 19e s. Sur le front de mer, dans les rues commerçantes et au marché, ce mélange des genres est l’un des intérêts de la visite.



Si la ville de Saint-Jean-de-Luz a ce côté noble, c’est parce que l’océan l’a enrichi - DR : J.-F.R.
Si la ville de Saint-Jean-de-Luz a ce côté noble, c’est parce que l’océan l’a enrichi - DR : J.-F.R.
En arrivant à Saint-Jean-de-Luz, il est d’usage de flâner sur les quais pour observer les bateaux de pêche, ou de filer au marché humer les saveurs basques.

Conseil d’ami : aller d’abord déjeuner à La Grillerie de Sardines. Vous ne pouvez pas louper ce restaurant, il se trouve sur les quais, un bâtiment seyant à tuiles rouges qu’on pourrait prendre pour la capitainerie.

Ici, chaque été, une petite armée d’étudiants sert au milieu de tables en bois et de photos de pêche, des poissons frais, thons, merlus, sardines… à peine débarqués des bateaux.

« Le lieu date des années 1950. Quand les thoniers et les sardiniers n’arrivaient pas à tout vendre, ils faisaient des planchas sur les quais pour les passants. Ça c’est organisé depuis pour devenir un restaurant », indique Bruno Pinaqui, le responsable.

Les prix sont sages et la gestion, municipale. Les étudiants trouvent là de quoi s’assurer un job d’été attrayant, entre clients habitués et touristes.

Le thon roi !

L’exemple illustre assez la place que tient toujours la pêche à Saint-Jean-de-Luz et chez sa voisine de quai, Ciboure.

Merlus, maquereaux, bars, chinchards… cohabitent joyeusement dans les eaux du golfe de Gascogne. Les tonnages sont même repartis à la hausse.

Mais le thon alimente plus que toute autre espèce les conversations. Chaque année en juillet, quatre thonniers-canneurs partent au jour d’ouverture de la pêche traquer le thon rouge. Les quotas sont limités à cause de la fragilité de l’espèce. Ils n’empêchent pas l’excitation de gagner les Luziens.

Au carré des poissonniers du marché, les murs aux céramiques bleues et blanches renvoient l’écho d’échanges animés.

Devant le thon de ligne roi, dans un étonnant mélange de clientèle locale, de Parisiens et de Bordelais en villégiature, chacun y va de son commentaire.

« Je poêle ma tranche comme un tartare après l’avoir parée », salive déjà ce client, généreusement servi au stand de la poissonnerie Fagoaga, où l’on découpe la bête face au public.

Les « Rouges » de Ciboure

La tradition de la pêche au thon remonte au 17e s. et rejoint la longue histoire baleinière et hauturière de Saint-Jean-de-Luz.

Dès le 11e s., la pêche à la baleine débute. Les trainières, longues embarcations en bois, harponnent les cétacés dans le golfe de Gascogne avant que les bateaux, progrès techniques aidant, filent à Terre Neuve où Luziens et Cibouriens pêchent la morue jusqu’au début du 20e s.

Il faut franchir le pont sur la Nivelle et traîner à Ciboure, chez les « Rouges », pour respirer cette histoire salée qui perdure.

Là prospérait jadis le petit peuple de la mer, entre charpenteries de bateaux - souvent des kaskarots, parias de la société -, chantiers de marine (il en reste un) et conserveries.

Ce n’est pas un hasard si Ciboure abrite, au pied du feu amont d’alignement (phare datant de 1872), la criée, une coopérative maritime, le stand de vente directe - et féminin ! - des fileyeurs et chalutiers Ordagna, Agur et Kittara, ainsi que l’habituel petit fatras d’entrepôts que l’on retrouve dans tous les ports du monde.

Lors des fêtes de la mer, chaque année fin août, Ciboure rend hommage à ses métiers. Concours de pêche en mer, de ttoro (plat traditionnel à base de poissons), challenge nautique en trainières, messe… le tout animé par les joyeux drilles à béret et foulard rouge de la tamborrada Marinelak (encore des marins), mettent la ville en fusion.

La mer, recoins intimes

Retour à Saint-Jean-de-Luz. La mer, encore. Si la ville a ce côté noble, c’est parce que l’océan l’a enrichi.

Les armateurs, les négociants mais aussi les corsaires ont tiré bénéfice des batailles de mer.

A partir du 16e s., des Luziens et leurs navires, biens armés pour défendre leurs expéditions de pêche, se portent volontaires pour attaquer les bâtiments ennemis de la France. Ils ont tout loisir pour piller les bateaux.

C’est ainsi que des familles font fortune et érigent des maisons témoins de leur réussite. Trois en sont l’illustration : la Maison des Trois Canons, à la façade en pierre de taille ; la Maison Joanoenia, dite aussi Maison de l’Infante ; et la Maison Louis XIV, construite en 1643 par l’armateur Johannis de Lohobiague, un des premiers à armer des baleiniers.

Les deux dernières se visitent et laissent entrevoir le bon goût de leurs propriétaires.

Dans la maison Louis XIV, escaliers et passerelle en bois évoquent l’intérieur d’un bateau. Des poutres du grand salon sont couvertes de scènes marines, comme cette baleine, représentée avec Jonas. Et l’ancien cabinet de travail de l’armateur révèle des peintures murales avec des scènes de pêche.

La maison appartient depuis treize générations à la famille Leremboure. Le père du propriétaire, un chirurgien, était ancien officier de marine.

Avec sa façade à l’italienne en pierre, brique et arcades, la Maison de l’Infante, à deux pas, n’a rien à lui envier. Sur la poutre d’une des pièces, des monstres marins montrent que la mer s’insinuait même jusque dans les recoins les plus intimes.

« Planches » luziennes et maisons bourgeoises

Au fait, pourquoi parler de Louis XIV et de l’Infante ? Pour ceux qui ne l’auraient pas déjà lu, c’est à Saint-Jean-de-Luz que le Roi-Soleil et Marie-Thérèse d’Autriche se marièrent, en 1660.

L’union était une condition du traité de paix entre la France et l’Espagne, signé un an plus tôt.

C’est donc dans la belle église à galeries Saint-Jean-Baptiste que les consentements un peu forcés furent prononcés.

Les époux, 22 ans tous les deux, avaient évidemment choisi les plus belles demeures pour se loger et depuis le balcon de la maison Louis XIV, ils jetèrent des pièces de bronze à la foule.

« L’esprit mer » de Saint-Jean-de-Luz, c’est encore la longue promenade Jacques Thibaud, qui court depuis le phare aval, à l’embouchure de la Nivelle, jusqu’à la Pergola.

Sur ces « planches » luziennes, entre sable blond et tissu urbain, les maisons bourgeoises à volets rouges et leurs passerelles font face à une baie considérée comme l’une des plus seyantes de France.

Ce ne fut pas toujours le cas. Face aux assauts de l’océan, la ville, fragilisée, voit disparaître le quartier de la Barre.

Il faudra que Napoléon III, de passage ici en 1854, décide de la construction de digues pour que Saint-Jean-de-Luz retrouve sa sérénité. Elles trônent toujours au large, entre le fort de Socoa et la pointe Sainte-Barbe.

La Pergola, tourisme haut de gamme

Plus loin sur les planches, au-dessus de l’animation commerçante de la rue de la République, les marcheurs, sportifs ou endimanchés, ne peuvent manquer La Pergola. C’est le symbole d’une station balnéaire au faite de sa gloire.

Dès la fin du premier conflit mondial, on décide de construire un monumental hôtel-casino sur la terrasse de l’établissement de bains.

Le projet est confié en deuxième main à l’architecte de renom Robert Mallet-Stevens. La Pergola ouvre ses portes en 1928 et attire une riche clientèle internationale.

Largement transformée depuis, elle abrite toujours le casino et le centre thermal.

Au premier étage, le vaste restaurant se pare d’une fresque immense représentant le pont d’un transatlantique. La mer coule décidément jusqu’au plus profond des veines de Saint-Jean-de-Luz.

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