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Tourisme et politique, le touriste engagé n'est pas encore né !

La chronique de Josette Sicsic (Touriscopie)


Rédigé par Josette SICSIC le Mardi 24 Avril 2012

Depuis 12 ans, Touriscopie décrypte les changements sociétaux et leurs implications sur les pratiques, les comportements et les aspirations des clientèles touristiques. Nous avons désormais le plaisir d’accueillir chaque mois Josette Sicsic, responsable éditoriale de ce support réputé, pour une chronique mensuelle sur les grandes tendances et les mutations du secteur.



Parmi les différents profils de touristes, il y a les « Indifférents », pour qui une destination touristique n’est qu’une destination au sens premier du terme. Dans leur univers, où « tout le monde est beau et gentil », la politique et ses incidences sociales, ne font pas partie du package ! - DR : Photo-libre.fr
Parmi les différents profils de touristes, il y a les « Indifférents », pour qui une destination touristique n’est qu’une destination au sens premier du terme. Dans leur univers, où « tout le monde est beau et gentil », la politique et ses incidences sociales, ne font pas partie du package ! - DR : Photo-libre.fr
Bien que l’on ait estimé à 30% le nombre de Français partis en vacances, 80% d’entre eux ont voté.

La politique nationale intéresse donc nos compatriotes.

En est-il de même pour la politique internationale ? Rien n’est moins sûr.

Dès lors que leur sécurité n’est pas menacée, les Français traversent les frontières, sans beaucoup de scrupules.

Une réalité que Touriscopie a pu étudier à travers une enquête qualitative réalisée auprès d’une population de partants réguliers.
Analyse.

Les indifférents : « une destination n’est qu’une carte postale »

Pour ces touristes, les plus nombreux, une destination touristique n’est qu’une destination au sens premier du terme, c’est à dire un « lieu vers lequel on vous achemine ».

Pire, par extension, ce lieu leur semble uniquement « destiné ». Enfin, amplifiée par le langage des voyagistes, cette « destination » paraît ne posséder que des atouts liés à la production de bien-être… leur bien-être !

Ainsi, le tour est joué !

Puisant dans un registre résolument hédoniste parmi des signifiants soigneusement étudiés pour évoquer la détente, la sérénité, voire la vacuité, les voyagistes leur vendent des ambiances, des paysages, des coutumes … que ces touristes achètent sans tenter d’aller au delà des images.

Une carte postale en mains, ils n’ont d’autre ambition que de consommer une illusion aussi factice soit-elle, celle d’un paradis à portée de mains.

Dans leur univers, où « tout le monde est beau et gentil », la politique et ses incidences sociales, ne font pas partie du package !

* Ces touristes fréquentent massivement l’offre touristique « officielle » proposée par les agents de voyages.

Compromis : « le tourisme est un outil de développement »

Tourisme et politique, le touriste engagé n'est pas encore né !
Plutôt politisés, plutôt sensibles à l’actualité, plutôt curieux, ces touristes là sont informés sur la situation politique du pays qui les accueille. Mais, quand ils partent en voyages, ils semblent lobotomisés.

En quête de découverte, de plaisir et de détente, ils mettent volontiers leurs états d’âmes et leurs atermoiements de côté.

Seuls, quelques uns s’efforcent de profiter du voyage qu’ils se sont offerts pour éventuellement tacher de mieux comprendre la réalité du pays dans lequel ils sont, en lisant la presse nationale et bavardant avec la population.

Champions du compromis, ce sont en tous les cas, ceux qui légitiment leurs actes à travers le discours socio économique classique, celui selon lequel le tourisme apporte des devises, crée des emplois et ouvre l’esprit des populations locales.

Une attitude défendable qui a surtout le mérite de leur donner bonne conscience !

* Ils fréquentent aussi l’offre « officielle » mais tente de la modifier à la marge, en consommant repas ou activités de loisirs proposés par des opérateurs locaux.

Les intransigeants : « on boycotte » !

Pour ces voyageurs largement minoritaires, une destination reste avant tout un pays, un état, une politique que l’on approuve ou pas. Possédant une information détaillée sur l’actualité et l’histoire, ces touristes ne sont pas prêts à faire des concessions, en particulier sur les droits de l’homme.

Contre les politiques autoritaires de toutes sortes, ils ont boycotté l’Espagne franquiste, le Portugal de Salazar, la Grèce des colonels, la Birmanie, le Chili du général Pinochet, le Brésil des escadrons de la mort et même l’Amérique de Georges Bush.

En quête de connaissances, ces voyageurs sont imperméables aux discours touristiques cherchant à leur vendre des paysages ou des plages, de la détente et une découverte ignorant les réalités et les souffrances humaines.

Admettant que leurs choix ne sont pas totalement exempts de critiques et sont les fruits d’une éducation politique partiale, ils sont prêts à reconnaître leurs doutes vis à vis de destinations ambiguës comme Cuba ou le Maroc.

Recrutés plutôt parmi des sympathisants de gauche, voire d’extrême gauche, ces touristes ne se contentent pas d’un engagement théorique. Pour eux, il convient d’agir en fonction de leurs convictions.

Le voyage responsable n’est pas qu’un discours. Estimant que leurs actes peuvent servir des causes justes, ils ne se démobilisent jamais, y compris durant leurs vacances, bien que conscients toutefois de l’utilité que peut revêtir pour une population ostracisée, leur visite du pays.

* Les voyages de ces touristes suivent la carte des démocraties.

Les redresseurs de torts : le tourisme comme outil d’émancipation »

Enfin, il existe bel et bien une catégorie de voyageurs fortement engagés qui ne sont prêts à aucune concession vis à vis d’un régime mais ceux-ci, au contraire des précédents, sont prêts à se déplacer.

Motivés par le souci d’améliorer le sort de groupes humains en détresse, ils considèrent que leur seule présence est d’emblée un gage de courage et d’éthique.

Refusant d’abandonner une partie du monde à son sort, ils sont prêts à braver les mauvaises conditions de voyage, la misère et l’insécurité, pour comprendre un contexte social et politique et apporter leur contribution. Considérant le boycott comme un acte de lâcheté, ils défendent une position qui, quand elle est honnête, n’est pas attaquable.

Mieux vaut, selon eux, visiter une population en détresse que l’oublier à sa misère. Néanmoins, sachant que ce choix dépend totalement de la politique du pays en matière d’ouverture touristique, certains sont prêts à prendre des risques pendant que d’autres préfèrent évoluer dans les limites autorisées.

* Entre Jack Kerouac et Che Guevara, ces touristes qui, en général, refusent leur statut de touriste, sont jeunes et voyagent de façon spartiate, sur des durées relativement longues.

Voyageant par leurs propres moyens, ils dorment chez l’habitant, utilisent des transports collectifs locaux, mettent leur point d’honneur à rencontrer la population locale et à la comprendre. Parmi eux, certains rejoignent des organisations humanitaires.

Conclusions : le touriste engagé n’est pas encore né ?

Cette rapide enquête menée à travers des interviews avec une population de voyageurs fréquents, démontre qu’entre la réalité et le discours, le décalage est toujours aussi grand. Non, les touristes ne sont pas encore devenus solidaires.

Plus sensibles à l’environnement qu’auparavant, ils sont peu concernés par les questions politiques, sauf en période de crise et sont majoritairement enclins à faire preuve d’égoïsme afin de privilégier leur curiosité et leur plaisir.

Touristes, ils se conduisent en touristes, c’est à dire en consommateurs d’un loisir exempt de dimension politique et sociale.

Certes, l’actualité peut activer des prises de conscience. Mais, à la marge. Le touriste engagé reste un être rare.

Et, de toute évidence, les seules destinations que le tourisme est prêt à boycotter sont celles dont les régimes ne sont pas suffisamment bien installés pour lui assurer une liberté et sécurité de mouvement.

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