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Alain de Mendonça (FRAM) : "Je ne cherche pas à être aimé... mais à assurer la pérennité de l’entreprise"

L'interview "je ne vous ai rien dit..." par Dominique Gobert



Depuis trois ans maintenant, Fram a été racheté par le Groupe Promovacances/Karavel que préside Alain de Mendonça. Personnage discret, détesté par certains, apprécié par d’autres, soumis aux moindres rumeurs et à une concurrence particulièrement farouche, contre vents et marées, il nous a livré « sa vérité ».


Rédigé par le Mercredi 10 Juillet 2019

"Nous travaillons de mieux en mieux avec nos partenaires. Aujourd’hui, lorsque je rencontre nos partenaires de la distribution, c’est comme si le dépôt de bilan n’avait jamais eu lieu" - Photo DR
"Nous travaillons de mieux en mieux avec nos partenaires. Aujourd’hui, lorsque je rencontre nos partenaires de la distribution, c’est comme si le dépôt de bilan n’avait jamais eu lieu" - Photo DR
TourMaG.com - Comment va Fram ? Vous avez une idée des résultats ?

Alain de Mendonça : Ça va nettement mieux. Le chiffre d’affaires progresse, on se rapproche beaucoup de l’équilibre. Nous ouvrons des Framissima, les marges remontent…

TourMaG.com - Mais vous n’atteindrez pas l’équilibre en 2019, comme annoncé ?

A.M : Peut-être…

TourMaG.com - Mais ce n’est pas sûr ?

A.M. : Vous savez, nous sommes dans la situation d’un avion qui atterrit. Vais-je atterrir au début de la piste, vers le milieu ou à la fin de la piste. Je vous le dirai à 100 mètres de l’arrivée, fin novembre.

Une chose est sure, Fram va atterrir. En revanche, allons-nous atteindre la rentabilité fin décembre ou le 15 janvier ou fin octobre, je ne sais pas encore !

TourMaG.com - Mais pour l’instant, ça se présente plutôt bien, moyen… ?


A.M. : Plutôt bien. Nous avons fait une belle année mais, vous savez, on revient de tellement loin ! Quand nous avons repris la boite, nous perdions 23 millions d’euros.

J’ai repris des entreprises qui perdaient 4 ou 5 millions d’euros. C’était du travail. Mais quand vous partez de 23 millions de pertes, il faut aller chercher…

TourMaG.com - En terme de chiffre d’affaires, ce dernier tournait autour de 420 millions d'euros en 2010. 5 ans après, Fram réalisait environ 275 millions, maintenant où en sommes-nous ?

A.M. :
Attention, il faut comparer les chiffres correspondant aux « packages ». Le reste, Fram Affaires et autres, c’est sorti depuis longtemps.

Aujourd’hui, je peux dire que sur la partie « individuels », le chiffre d’affaires est quasiment revenu au niveau d’avant le dépôt de bilan. Sur les groupes, ce n’est pas encore le cas.

TourMaG.com - Socialement, ça va comment maintenant ?

A.M. : Il est certain que lorsque vous reprenez une boite en difficulté, que vous changez beaucoup de choses, ça ne facilite pas l’harmonie sociale.

Nous nous sommes séparés de personnels, nous avons réorganisé, nous avons introduit de nouvelles méthodes, je ne peux pas dire que tout se soit fait sans tensions, sans douleurs, sans questionnements. Après, lorsque nous allons annoncer la rentabilité…

Ce n’est pas le fait de faire des changements, mais il faut savoir que derrière, sans avoir beaucoup de moyens, il faut faire avec des budgets réduits. Nous sommes dans une dynamique qui est celle de la trajectoire financière.

Les caisses de retraite, c'est pas nous...

TourMaG.com - C’est-à-dire sans états d’âme, c’est comme ça et pas autrement ?

A.M. :
Pas sans états d’âme. Je dis toujours que la priorité N°1 est d’assurer la pérennité de l’entreprise. De prendre les décisions qui font que l’entreprise peut payer les salaires. A un moment donné, il faut faire un choix, pas toujours facile.

TourMaG.com - Justement, quand vous avez repris Fram, vous vous étiez engagés à reprendre 429 salariés. C’est toujours vrai aujourd’hui ?

A.M. : Aujourd’hui, nous avons réembauché. Je ne sais pas si nous sommes revenus aux 400. Il s’est passé plusieurs choses : quand nous avons repris, nous avions fait une proposition au Tribunal de commerce pour reprendre 70% du personnel.

Après, il y a eu une sorte de surenchère, malsaine, notamment de la part de DocteGestio qui promettait de reprendre 100% du personnel.

Le Tribunal nous a demandé de faire un effort. Mais j’ai répondu que cela ne faisait pas de sens, dans la mesure où l’état de la société ne permettait pas de payer 100% du personnel !

Nous avons fait un effort, mais juste après est survenue la faillite d’Air Méditerranée, qui nous a bien impactés et les attentats. Et tout ceci nous a obligé à réajuster la masse salariale vis-à-vis du chiffre d’affaires. Mais j’aurais aimé éviter cela.

TourMaG.com - Vous avez cependant des affaires aux Prud'hommes, notamment sur les Caisses de retraite de certains salariés ?

A.M. :
Attention, ce n’est pas nous, mais l’administrateur judiciaire que cela concerne. Selon le jugement du Tribunal, nous avions certaines choses à payer, pas d’autres. Le jugement est très clair et dit que les Caisses de retraite, ce n’est pas nous !

Il ne faut surtout pas faire d’amalgame…

Georges Colson a terminé sa mission au Maroc

TourMaG.com - Pensez-vous que toutes ces rumeurs proviennent de personnages qui veulent vous nuire ?

A.M. : On a bien murmuré qu’entre Folco Aloisi (associé historique de Mendonça, ndDG) et moi, nous étions au bord de la rupture. Nous sommes amis depuis des siècles et il n’en est rien. Folco est toujours là ! Pour le reste, nous sommes dans un marché concurrentiel.

Lorsque nous avons repris Fram à Toulouse, il faut savoir qu’un plan avait été monté localement. Et, par rapport à ça, nous n’avons jamais été en odeur de sainteté avec l’écosystème toulousain.

C’est comme une équipe de foot, il y a des gens en face qui cherchent aussi à vous nuire. Cela étant, il y a des cartons jaunes, puis rouges…

Que des gens cherchent à me nuire, ce n’est pas grave, mais pour l’entreprise, il est certain que je cherche aussi à prendre des parts de marché. C’est le jeu.

Et c’est vrai que le dossier Fram a été et reste très compliqué.

TourMaG.com - Sur le problème du Maroc, où en sommes-nous ?

A.M. : Nous avons travaillé trois mois avec Georges Colson, le contrat est terminé. Nous cherchions à trouver un nouveau Framissima au Maroc.

Finalement, nous sommes restés avec Les Idrissides, lequel s’est engagé à faire des rénovations et maintenant la qualité de cet hôtel est « Top ».

TourMaG.com - Mais ces millions d'euros qui traînaient…

A.M. : Attention, nous n’avons jamais été impliqués là-dedans. C’est la procédure.

TourMaG.com - A-t-on retrouvé cet argent ?

A.M. : Ça, je ne peux pas vous dire. Nous avons totalement exclu de notre périmètre de reprise la filiale marocaine. Tout ce que j’ai compris de ce dossier, c’est que l’ancien Fram, juste avant le dépôt de bilan, avait vendu ses hôtels au Maroc à un Groupe, Atlas, si je me souviens bien.

De l’argent a été versé, mais l’Etat marocain aurait réclamé des impôts en suspens… L’argent aurait été bloqué et une sorte de procédure entre l’administrateur judiciaire de Fram, le Groupe Atlas, peut-être le Gouvernement marocain aurait été mise en place afin de solder les comptes.

Mais pour nous, que l’argent réapparaisse ou pas, cela ne nous concerne absolument pas.

TourMaG.com - Mais alors, pourquoi avoir missionné Colson au Maroc ?

A.M. : Pour la recherche d’un Framissima.

TourMaG.com - Il n’avait donc rien à voir avec tout ça ?

A.M. : Non. En parallèle de cette histoire, Georges Colson travaille aussi pour l’administrateur afin d’aider à la gestion de Fram Orange qui appartenait anciennement à Fram.

Georges Colson a ou avait, je ne sais pas, un accord avec le Tribunal pour les aider à gérer l’activité marocaine, le temps de trouver une solution.

Le dépôt de bilan de Fram n'est plus un sujet

TourMaG.com - Au niveau des Framissima, où en êtes-vous ? Il semble que vous ayez notamment supprimé les Clubs Ados...

A.M. : Non, pas du tout. Nous avons, je crois, 33 Framissima, des gros, des petits, il y a toujours eu des petits Framissima qui n’avaient pas de club ados. Par exemple, à Zanzibar où nous avons vingt chambres, il n’y a pas de clubs ados. C’est comme partout !

Mais il n’y a pas de suppression. Pour nous, le Framissima, c’est le fer de lance de notre stratégie. On ouvre massivement des Framissima, qui se vendent bien.

Nous avons sorti du catalogue les 25% de Framissima qui étaient les moins performants en termes de qualité pour les remplacer par 25% de nouveaux avec, comme critères, d’avoir les meilleures notes.

Mais à aucun moment nous ne cherchons à appauvrir le concept, bien au contraire. Et nous restons plus que jamais francophones.

Tiens, juste un exemple, nous avons décidé d’engager un coordinateur « chef cuisinier » pour renforcer le concept de « cuisine à la française » !

TourMaG.com - Sur le plan de la distribution, après tous ces déboires, avez-vous rétabli la confiance ?

A.M. : Notre clientèle a rajeuni de près de 15 ans. Notre gamme de prix a baissé aussi. Au début, les distributeurs étaient méfiants, c’est vrai et nous en avons souffert, il ne faut pas le cacher.

Depuis, nous travaillons de mieux en mieux avec nos partenaires. Aujourd’hui, lorsque je rencontre nos partenaires de la distribution, c’est comme si le dépôt de bilan n’avait jamais eu lieu.

Ce n’est plus un sujet !

TourMaG.com - Et Plein Vent ?

A.M. : Tout va bien. Ce sont les mêmes équipes qui gèrent et aujourd’hui, Plein Vent a un positionnement sur le prix. Pour des clients qui cherchent du petit prix.

On pourrait dire que Fram, c’est « haut de gamme », tandis que Plein Vent est un peu en-dessous ! Un peu comme chez mon ami Kervella entre ses Kappa Club et ses Coralia.

Je tiens à préserver la société...

TourMaG.com - Les Ambassades Fram, vous en avez toujours autant ?

A.M. : Nous en avons perdu un peu au début de la reprise. Mais depuis, c’est stable.

TourMaG.com - Votre actionnaire est-il toujours content ?

A.M. : Il est rentré au capital depuis un an ! Pour l’instant, tout va bien !

TourMaG.com - Si c’était à refaire, vous achèteriez Fram à nouveau ?

A.M : Je le referais, parce que je trouve que c’est un challenge intéressant. Après, on peut se poser la question de savoir si j’aurais joué le match différemment ?

Aujourd’hui, je suis sûrement moins bête que je l’étais il y a trois ans ; et je le serai encore moins dans trois ans ! Parce que l’on apprend tout le temps.

TourMaG.com - Quel genre de patron vous vous sentez ?

A.M. : Mon leitmotiv, c’est d’être un professionnel. Ma ligne de conduite, c’est que je suis là pour tenir la barre et un cap, dans des mers qui sont devenues très houleuses et incertaines. Le tour-operating, ce n’est plus comme il y a vingt ans.

C’est vrai, je gère de façon assez ferme le bateau. Parce que c’est compliqué et ce n’est pas par volonté d’être comme ça. Entre ma vie professionnelle et ma vie avec mes amis, ce sont deux personnalités différentes.

Je tiens un cap dans des situations compliquées et je dois avant tout assurer la sécurité, la pérennité des gens qui font partie de l’aventure. Vous savez, quand vous êtes responsable d’un avion en détresse…

Vu la situation, vu les paramètres quelles étaient les chances de survie et de remonter ? Et avec quel style ?

TourMaG.com - Vous avez conscience que vous n’êtes pas particulièrement aimé dans l’entreprise ?


A.M. : Je pense que la qualité N°1 d’un patron c’est d’être respecté pour ses décisions. Je ne cherche pas à être aimé ou pas aimé. La même chose se passe dans n’importe quelle boite.

Mon histoire personnelle est particulière, je suis né en ayant vu des patrons mourir, au sens figuré, c’est-à-dire des faillites : Colson, Siméon, AB Croisières que nous avons repris…

Ils étaient cools… Seulement, quand vous plantez une boite, cool ou pas cool, c’est votre faute.

Et moi, je tiens à préserver la société !

Retrouvez toutes les interviews "Je ne vous ai rien dit..." par Dominique Gobert en cliquant sur ce lien.

Dominique Gobert Publié par Dominique Gobert Editorialiste - TourMaG.com
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1.Posté par Martino180 le 11/07/2019 10:07 | Alerter
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Belle interview où on sent la grande humanité et le caractère chaleureux du patron de Fram !
hi ! hi ! hi !!!!!!!!!!!!!!

2.Posté par Agence avertie le 11/07/2019 11:11 | Alerter
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Mr MENDONCA, vous devriez être plus précis. Les Clubs Framssima ont toujours comporté des mini-clubs et clubs ados de par leur essence même. Mais, depuis quelques années, c'est un peu la pagaille chez FRAM et donc également pour le client qui n'a pas la possibilité de distinguer le Framissima avec ou sans encadrement enfants. Ainsi, le Club Framissima Continental Hurghada a 1 mini-club francophone FRAM mais pas de clubs ados. Tandis que les clubs Framissima Paje Palms Beach Resort et Club Framissima Kalima Resort & Villas n'ont ni de mini-club ni de club ados. Allez comprendre !!

3.Posté par Chicharito le 11/07/2019 13:17 | Alerter
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Intéressant, mais Dommage que cet interview manque de précisions au niveau des chiffres...

4.Posté par Je rigole le 21/07/2019 22:29 | Alerter
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J’ai fait partie de ceux qui étaient contents que Fram soit racheté par Karavel car effectivement nos patrons sympathiques nous avaient noyés... mais un management qui nous rabaisse continuellement, ne nous écoute pas et me poussait gentiment vers une bonne petite dépression, m’ont poussé à me tourner vers la concurrence... Aujourd’hui je suis très heureuse dans mon nouveau job et je rigole quand je vois que Fram n’a pas réussi à me remplacer car les gens ne veulent pas bosser pour eux... Mr De Mendonça, revoyez les techniques de management de votre entreprise et vous arriverez peut-être à cet équilibre que vous nous faites miroiter depuis longtemps.
Croyez-le ou non, je faisais partie de ceux qui croyaient en cette reprise.

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