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Pont Audemer : les caprices de la Risle

A Pont Audemer tout tourne autour de la Risle : sa position géographique bien sûr, mais aussi son histoire et son développement économique



« Venise Normande » ? Mais non, Venise est unique et n’a pas son semblable ! Eloignons nous de cette image d’Epinal et abordons Pont Audemer pour ses spécificités propres : Cette petite ville de charme, située au nord-ouest du département de l’Eure est née des caprices de la Risle.


Rédigé par Thérèse AUBRETON le Lundi 21 Juin 2021

L’eau

Le ruisseau des pâtissiers © Thérèse Aubreton
Le ruisseau des pâtissiers © Thérèse Aubreton
Née dans l’Orne, la Risle sur son parcours de plus de 140 km, traverse plusieurs villes normandes (L’Aigle, Beaumont le Roger, Brionne….) avant d’arriver à Pont Audemer, puis de se jeter dans l’estuaire de la Seine vers Berville /mer. Car il est une « Risle maritime » : Entre Pont Audemer et l’estuaire, la rivière appartient au Domaine Public Maritime Français. Le bassin de cette rivière fantasque révèle de très nombreux bras et affluents qui ont permis depuis longtemps une agriculture et surtout un élevage réputé. La rivière marque aussi la limite entre les régions de Roumois et de Lieuvin.

Pendant l’antiquité, cette position a été accentuée par le passage de deux voies romaines qui se croisaient dans les environs : celle qui joignait Lisieux (Novio Magus) à Caudebec en Caux (Logium) puis Rouen (Rotomagus) et celle liant Evreux (Mediolanum) à Lillebonne (Juliobona) et au-delà. L’actuelle rue de la République suit d’ailleurs le tracé d’une de ces voies romaines. Depuis le Moyen âge, la Risle joue un rôle primordial, pour le transport : les barques à fond plat qui la parcouraient, les échaudes, lui donnèrent, un temps, son nom de « rivière des échaudes » ; mais son rôle est important aussi pour les activités humaines. L’eau est alors une formidable force motrice et est énormément utilisée pour faire fonctionner tous types de moulins.

Dès l’époque ducale, on creuse quatre canaux parallèles entre les 2 bras de la rivière qui traversent la ville. Ces canaux n’ont pas de rive. La présence de l’eau a déterminé un parcellaire très spécifique « en lanière » : l’habitat est sur rue, suivie par une cour, puis des ateliers donnant directement sur le ruisseau. Hors de ce schéma, on ne voit l’eau que depuis les ponts ou par les petits passages qui permettaient d’accéder aux lavoirs, par exemple.

L’histoire

Les premières évocations de la ville parlent de « duo pontes », probablement deux ponts jetés sur la Risle, puis, est mentionné, le nom d’un seigneur franc (Audemar, ou Odomer ou Omer ?) qui va donner son nom à l’endroit : il fait construire un pont pour y établir un péage. Ce point de passage va attirer marchands et artisans et former un noyau de communauté. Un château fort est construit au XIè siècle, ainsi que des remparts un peu plus tard. Il n’en reste malheureusement quasiment rien, seule la base d’une tour (la « tour grise ») que l’on peut voir, sur le bras Nord de la Risle, pas très loin du musée Canel.

De par sa position, Pont Audemer a été une place de commerce importante et le secteur reste actif aujourd’hui : le marché du lundi attire de nombreux habitants des environs ; On y trouve, entre autres tous les produits chers à la Normandie : lait, beurre, crème fraiche, fromages, volailles...

La Risle a aussi attiré des artisans puis des industries qui nécessitaient l’emploi de beaucoup d’eau : le papier, le textile et surtout le cuir ;

La capitale des tanneries : dès le moyen âge, Pont Audemer travaille le cuir ; Elle fournit par exemple, les armées de Guillaume le Conquérant quand il part à la conquête de l’Angleterre ou encore les moines de l’abbaye du Bec pour leurs sandales. Les tanneries vont devenir de plus en plus florissantes et compter plus de 75 établissements au XVIIIème siècle. On peut encore apercevoir les restes de quelques séchoirs au hasard de nos pérégrinations dans la ville.

On distingue alors plusieurs activités spécifiques :

• Les tanneries qui traitent les peaux de vache, cheval, porc, etc.
• Les mégisseries qui s’occupent spécifiquement des peaux de moutons et de chèvre qui nécessitent un traitement un peu différent.
• Les Corroieries qui travaillent dans la finition, l’épaisseur, les ajustements selon l’usage prévu pour le cuir.

A la veille de la Révolution, Pont Audemer dispose même d’une manufacture royale, après décision du contrôleur général des finances de Louis XVI, Mr de Calonne.

C’est à Pont Audemer qu’un certain Thierry Hermès, arrivant d’Allemagne, vient s’établir et apprendre les secrets des selliers ; son fils, né à Pont Audemer crée la fameuse maison de Paris, centrée sur la sellerie et qui, peu à peu, s’ouvre sur des articles plus diversifiés de fournitures équestres. L’entreprise évoluera ensuite vers les articles de luxe, avec la génération suivante.

Jusqu’en 2005, l’industrie du cuir reste présente à Pont Audemer : elle fournissait à la fin des années 1970 environ deux millions de m2 de cuir, destinés à l’industrie automobile, à la maroquinerie et à la fabrication de chaussures. La fermeture de son dernier établissement, (les usines Costil), qui avaient été réaménagés après-guerre en aval de la ville, est un choc économique important pour la ville et ses environs, car elle employait une main d’œuvre importante.

La vie religieuse

Avant la Révolution, la ville comptait quatre monastères (Carmes, Carmélites, Cordeliers, Ursulines) qui ont tous disparus (parfois transformés pendant un temps en tannerie) et quatre paroisses. Aujourd’hui, il ne reste que l’église paroissiale dédiée à Saint Ouen, une « belle inachevée », comme l’a qualifiée une exposition en 2014.

Si, effectivement, l’église n’a pas été terminée (il y a par exemple, une seule tour en façade et on peut observer sur le chevet, les débuts de travaux inachevés), elle n’en reste pas moins un monument dont il ne faut pas manquer la visite. Au sortir de la guerre de cent ans, on souhaite agrandir l’église et on veut en faire un chef d’œuvre du gothique flamboyant. Le début des travaux est attesté en 1486, mais ils avancent lentement et s’arrêtent définitivement, faute de moyens en 1550.

Grâce à cela, nous pouvons encore voir le chœur roman du XIème siècle et ses chapiteaux. L’un assez remarquable montre deux guerriers s’affrontant avec écus et armes, alors que d’autres arborent des décors floraux assez primitifs. Hors ce chœur donc, le reste de la construction date de la fin du XVème et du début du XVIème siècle. Couverte d’une voûte lambrissée, la nef est d’une grande élégance avec un superbe décor flamboyant. Les grandes arcades sont embellies d’un décor foisonnant, ainsi que le triforium. On notera la petite taille des fenêtres hautes, preuve de l’arrêt des travaux, il était probablement prévu d’en faire de plus hautes et de plus belles ! On note aussi dans les bas-côtés, des voûtes ornées de clés pendantes.

Le mobilier recèle quelques belles sculptures, dont un St Jean et un St Sébastien du XVIème siècle, de très beaux fonts baptismaux du XVIème siècle également, un décalogue du XVIIème siècle peint sur bois, mais surtout un exceptionnel ensemble de vitraux pour la plupart du XVIème siècle. De très belle facture et rappelant parfois les verrières de St Vincent de Rouen, les vitraux de l’église St Ouen de Pont-Audemer comptent parmi les plus beaux de Normandie.

Les verrières de l’église Saint Ouen :

Eglise St Ouen - vitrail de l'Annonciation © Thérèse Aubreton
Eglise St Ouen - vitrail de l'Annonciation © Thérèse Aubreton
Dans le bas-côté sud, deux fenêtres décrivent l’une la vie de St Ouen, l’autre la Glorification de l’Eucharistie, mais possèdent une base commune qui se prolonge d’une fenêtre à l’autre : il s’agit d’une procession de charitons. Les charitons sont les membres d’une association de paroissiens qui assuraient et assurent toujours bénévolement les inhumations, soutiennent les familles et participent aux offices. Cette représentation est particulièrement intéressante car le département de l’Eure est la région où la présence des Confréries de charitons, qui avaient été supprimées à la Révolution, reste encore très vive et cela spécialement dans la région de Pont Audemer et de Bernay. Chaque confrérie est placée sous le patronage d’un Saint et se distingue par une bannière et des chaperons particuliers.

Parmi toutes ces magnifiques verrières, on peut aussi admirer, une très belle Annonciation et ses couleurs éclatantes, une Dormition de la Vierge, traitée à la façon d’un tableau qui occupe toute la verrière, une vie de Saint Jean Baptiste qui est une copie du vitrail de l’église St Vincent de Rouen aujourd’hui, dans l’église Ste Jeanne d’Arc, copie voulu par son donateur. Cette œuvre est très importante, car le vitrail original a été restauré et nous avons à Pont Audemer ce qu’était probablement représenté sur celui de Rouen avant sa restauration…

Dans le chœur, les vitraux contemporains sont du maitre verrier Max Ingrand qui a beaucoup œuvré en Normandie, notamment à la cathédrale de Rouen.

Armoiries de la puissante corporation des tanneurs dans l'église St-Ouen © Thérèse Aubreton
Armoiries de la puissante corporation des tanneurs dans l'église St-Ouen © Thérèse Aubreton
Dans le bas-côté nord, très bel exemple d’un vitrail de la seconde renaissance marqué par les modèles de Fontainebleau et montrant la Rédemption et l’histoire du peuple de Dieu.

Dans la chapelle dédiée à Saint Vincent, le vitrail a aussi quelques similitudes avec celui de l’ancienne église St Vincent de Rouen et on peut aussi y admirer un beau retable en pierre du XVIème siècle, ainsi que les armoiries de la corporation des tanneurs qui ont offert le décor de cette chapelle.

Les rues pittoresques

La pittoresque rue de l'Epée © Thérèse Aubreton
La pittoresque rue de l'Epée © Thérèse Aubreton
Mais ce qui marque surtout lors d’une visite à de Pont Audemer, ce sont quelques ruelles où il fait bon flâner. Près de l’église St Ouen, la rue de l’épée abrite quelques façades du XVème siècle avec pour certaines des vestiges de décors sculptés. Elle aboutit à une petite place et au ruisseau des Carmes ; On prend ensuite, en longeant l’église, l’impasse St Ouen et ses belles maisons à encorbellements.

Après avoir franchi le bras sud de la Risle on arrive place Victor Hugo et ses jets d’eau modernes, puis la place du Pot d’étain près de l’ancien couvent des carmélites. Sur la place Gillain se tenait jadis le marché aux volailles. En revenant dans l’artère principale, la rue de la République, il faut être vigilant pour effectuer le petit circuit passant par la rue « Place de la ville » : il nous emmène là où se situait le cœur de la ville au moyen âge. Il s’y tenait l’un des nombreux marchés, celui des fromages.

Rue Sadi Carnot - hôtel 18è siècle © Thérèse Aubreton
Rue Sadi Carnot - hôtel 18è siècle © Thérèse Aubreton
On peut aujourd’hui y voir un ensemble architectural allant du XVIème au XVIIIème siècle. La rue « Place de la ville » aboutit à la rue Sadi Carnot, ancienne rue aux juifs.

Cette artère, avec ses maisons des XVIIème et XVIIIème siècles, est bien différente des ruelles populaires: elle abritait les résidences d’aristocrates et de grands bourgeois, dont les maîtres tanneurs. Les parcelles y sont plus larges. Les façades avec porte cochère, arborent parfois des garde-corps en fer forgé, sont parfois ornées de motifs sculptés, de blasons... Ces hôtels particuliers sont d’une grande élégance. Revenir par la rue Paul Clémencin, du nom de ce jeune résistant local fusillé par les allemands en 1944. Elle s’appelait auparavant rue aux pâtissiers, comme le canal que vous traverserez ; On peut admirer un ensemble de maisons à pans de bois dont certaines datant de la fin du XVème siècle.

Sur le pont au-dessus de la rivière des pâtissiers, on peut encore voir d’anciennes toilettes, vestiges d’un temps où l’usage de la Risle était multiple !

Le maquis Surcouf

Bras sud de la Risle © Thérèse Aubreton
Bras sud de la Risle © Thérèse Aubreton
Souvent méconnu du grand public, le Maquis Surcouf a été le seul maquis d’importance en Normandie avant le débarquement de juin 1944.

Ses membres agissaient dans un quadrilatère d’environ 15 km de côté entre Beuzeville, Pont Audemer, St Georges de Vièvre et Cormeilles. C’est un épicier des environs, Robert Leblanc qui est à l’origine du maquis et en est le chef charismatique. D’abord centré sur la recherche de cachettes et l’approvisionnement des jeunes voulant fuir le Service du Travail Obligatoire (STO), il a effectué aussi des actions de sabotage pour perturber les communications ennemies avant le débarquement. Mais les arrestations et les rafles opérées en juillet et août 1944 vont ralentir son activité.

La ville de Pont Audemer a honoré Robert Leblanc en donnant son nom à un des quais sur la Risle.

Le Musée Canel

Il est situé dans la cour du même nom, bordée de magnifiques maisons à pans de bois, et porte le nom d’un humaniste et historien local, Alfred Canel (1803-1879) qui a fait don de ses collections et de sa bibliothèque à la ville dont il fut aussi le maire. Le musée est conçu comme un cabinet de curiosités (sciences naturelles, outils, instruments divers, archéologie) et abrite aussi quelques tableaux de paysagistes normands (dont Albert Lebourg), des sculptures…

Au rez-de-chaussée, la bibliothèque est celle de l’un érudit, complétée par des fonds de la bibliothèque publique ; elle a gardé son caractère du XIXème siècle. Parmi ses joyaux : des manuscrits, des incunables et par exemple, une magnifique édition de la Description de l’Egypte, cette exceptionnel accumulation de documents rapportés par les savant qui accompagnèrent Bonaparte. Grace à une rénovation achevée en 2004, et qui a permis de garder le cachet de la cour, un espace d’expositions a été créé. On peut y voir en alternance des œuvres d’art contemporain ou des expositions historiques ou patrimoniales.

Un chien à bonne bouille

L’épagneul de Pont Audemer ! Il est issu d’un croisement réalisé au XIXème siècle et est devenu très rare aujourd’hui.

Toutefois quelques passionnés perpétuent sa race. Son poil est épais et frisé, il peut être marron et gris, moucheté ou unicolore. C’est un chien d’eau qui adore y fouiller et est excellent pour y récupérer le gibier.

Son allure lui a donné un surnom amusant : « le petit clown des marais ».

Connaissez-vous Guillaume Tirel dit « Taillevent » ?

Né à Pont Audemer en 1310, il était le maitre queux (cuisinier) de Jeanne d’Evreux, puis du roi de France Charles V, et de son successeur. On lui devrait le premier livre de cuisine écrit en langue française, le « viandier ».

On ne quitte pas la ville avant d’avoir pris un verre sur une des nombreuses terrasses de la rue de la République et d’avoir goûté la spécialité locale, le « mirliton », un savoureux petit gâteau en rouleau, fourré à la crème pralinée et fermé à chaque extrémité par un bouchon de chocolat.

Il aurait été inventé par Taillevent, mais peut-être pas ou tout au moins, pas sous cette forme, le chocolat n’arrivant en France qu’au XVIème siècle !

Les informations pratiques

Venir en voiture :
→ Depuis Paris ou Rouen, via l’A13, sortie Pont Audemer ou par la route départementale 675.
→ Depuis le Havre et Honfleur, via l’A29, puis l’A13 ou par la départementale 675.

En car
→ Depuis Rouen : plusieurs départs par jour depuis la gare routière.

Nombreux restaurants de tous types dans la rue principales et les petites rues des alentours.
Centre-ville très dynamique avec tous types de commerces.

Office de Tourisme : 2, place du Général de Gaule – Tel : 02 32 41 08 21

Nombreuses balades dans la belle nature normande :
• La vallée de la Risle,
• La campagne du Roumois,
• Le Parc Régional des Boucles de la Seine Normande…

Contacter le guide

Pont Audemer : les caprices de la Risle
Thérèse AUBRETON

Mail : theresemao@gmail.com
Tél. : + 33 (0) 631 06 91 33

Site web : tourissimo-normandie.com

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