Voyages "quasi-interdits" : l'exaspération gagne des professionnels dans le doute et le brouillard...

Un début de semaine "cauchemardesque" selon R. Vainopoulos, président de TourCom



En ce début d'année le tourisme reverdissait doucement, les clients revenaient, quelques contrats se concrétisaient, puis Jean Castex est entré en piste. Depuis vendredi 15 janvier 2021, le voyage hors Union européenne, est désormais quasiment interdit, puisqu'une septaine "sur l'honneur" est imposée aux voyageurs à leur arrivée en France. Alors qu'un début de frémissement se faisait ressentir, quelles sont les conséquences dans les agences de voyages ? Eléments de réponses chez Misterfly, Tourcom, Verdié Voyages, Prêt à Partir et Eluxtravel.


Rédigé par le Lundi 18 Janvier 2021

Un début de semaine "cauchemardesque" selon Richard Vainopoulos, le président de TourCom - Crédit photo : Depositphotos @SimpleFoto
Un début de semaine "cauchemardesque" selon Richard Vainopoulos, le président de TourCom - Crédit photo : Depositphotos @SimpleFoto
Jeudi 14 janvier 2021, les Français craignaient un confinement les week-ends et un couvre-feu élargi à l'ensemble du territoire, mais Jean Castex a décidé de les surprendre.

Pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, le voyage a été pointé du doigt.

"Je ne pensais pas qu'ils auraient pu nous faire cela," peste Frédéric Savoyen, le PDG d'Elux Groupe.

En effet les déplacements à l'international sont "strictement et totalement déconseillés" (Lire). Ajoutez à cela qu'il convient en plus d'observer une septaine au retour des vacances.

Une décision qui exaspère les professionnels du tourisme, surtout dans sa forme.

"Il faut déplorer le manque de concertation et l'annonce d'une décision aussi importante qui se fait par voie de presse, avec une mise en application 48 heures après l'annonce," regrette Philippe Korcia, directeur général d'Eurafrique.

Après de telles décisions, les retours dans les agences s'annonçaient... chaotiques. Et c'est ce qui s'est passé.

"Nous ne faisons que reporter, réorganiser, annuler et modifier"

"Ce fut un week-end cauchemardesque.

Dans un premier temps, ce fût la panique à bord dans bon nombre d'agences de voyages, en essayant de trouver des solutions aux clients,
" confie un Richard Vainopulos quelque peu agacé par les décisions de l'exécutif. Toutefois, nous sommes loin des proportions constatées en mars 2020.

D'ailleurs sur les clients TourCom qui devaient partir depuis les annonces, 60% ont préféré prendre leur avion et quitter la France.

Pour les concurrents, l'annonce a parfois laissé de marbre les équipes, faute de départs.

Pour François Piot, PDG de Prêt-à-Partir, la reprise n'avait pas lieu, donc ce début de semaine est loin d'être chargé.

"Il y a eu quelques annulations, mais nous avions assez peu de dossiers. Les nouvelles ne vont pas dans le bon sens et c'est même inquiétant."

Après une année de prolifération sur le globe, la covid-19 entraîne derrière elle, une vague de lassitude même chez les plus optimistes du secteur.

Il faut dire qu'après les allocutions du chef de l'Etat ou du gouvernement, c'est toujours la même rengaine, les lundis se suivent et se ressemblent. Les appels affluent et malheureusement pas pour concrétiser les projets en cours, bien au contraire.

"Depuis mars dernier, nous ne faisons que reporter, réorganiser, annuler et modifier.

Aujourd'hui, même si les clients ont des projets, ils ne peuvent rien concrétiser et d'ailleurs nous leur conseillons de ne pas le faire face à la grande incertitude,
" souffle Yves Verdié, le PDG de Verdié Voyages.

Il faut dire que pour voyager en ce moment, il faut une sacrée dose de courage, d'inconscience ou d'envie, voire même les trois réunies.

Toutefois, alors que les ventes sont pour certains à l'arrêt le plus total, du côté de Misterfly, les réservations ne sont pas figées, mais elles restent dans des proportions moindres.

"Nous faisons 20 % du business de l'année dernière. La vraie question que nous nous posons actuellement : quelle proportion de ces ventes partira vraiment ?

Et là nous sommes bien incapables d'y répondre,
" questionne et répond, Frédéric Pilloud, directeur digital.

Si le responsable de l'OTA s'interroge pour d'autres, il est déjà temps de poser le tampon "annulé" sur les dossiers, car face à une septaine pour le retour en France, le voyage n'est plus d'actualité.

Le flou artistique du gouvernement et un isolement à la carte

"Les clients annulent. Nous devons gérer cela, alors qu'une partie de nos collaborateurs sont en chômage partiel et des agences fermées. Puis nous devons prévenir nos clients en leur expliquant des règles que nous ne connaissons même pas," peste Philippe Korcia.

C'est aussi cela, le problème du manque de concertation et de décision prises à la va-vite.

Il faut dire que la question de la septaine n'a pas été, semble-t-il, bien gérer par l'exécutif. Nul ne sait réellement comment celle-ci doit se faire, ni si des contrôles sont/seront faits, même si de source gouvernementale, le pouvoir "ne cherchera pas à fliquer" les Français.

En tout cas plus de 72h après les annonces, personne ne semblait rodé.

"Nous allons voir réellement les mesures et leur mise en place. Pour le moment à l'aéroport, il ne se passe rien. Apparemment, il n'y a pas de papier à signer, ce ne sont que des mots," rapporte le fondateur d'Eluxravel.

Aucune directive, ni texte de loi n'ont été diffusés auprès des acteurs. Seul le plus grand flou règne, en maître absolu.

"Nous apprenons au fur et à mesure, il n'y a aucune information officielle.

Ils ont une stratégie étatique dans leur façon de faire, c'est à dire moi d'abord, et vous après. Les clients se débrouillent, avec le peu d'information que nous avons,
" explique Richard Vainopoulos.

D'ailleurs, sur la question de la septaine, c'est un peu au bon vouloir des clients et de leur notion de citoyenneté.

"C'est une déclaration sur l'honneur, nous n'allons pas vérifier derrière chaque client. Chacun fait avec sa conscience, puis nul n'est censé ignorer la loi.

Après, il me semble qu'aucune mesure n'a été dévoilée au niveau de possibles sanctions, en cas de non-respect de l'isolement,"
s'interroge, le patron de Prêt-à-Partir.

Frédéric Savoyen a déjà reçu une réponse qui ne laisse pas de place au doute de la part de ses clients, ils ne suivront pas à la lettre les recommandations de l'Exécutif.

Toutefois, le problème ne se situe plus réellement là.

"Si encore le gouvernement nous avait dit que cela s'appliquerait jusqu'au 1er mars, au moins nous pourrions nous organiser. Sauf qu'en n'ayant pas de date butoir, ceux qui veulent partir en mai ou juin ont maintenant un doute."

Les reports commencent déjà à être remboursés

Et derrière, c'est le tout petit début de frémissement qui est entièrement douché.

"Nous avions une petite reprise et maintenant, il n'y a plus de demande. Nous appliquons les directives du SETO et c'est compliqué" témoigne François Piot.

Alors que les professionnels bricolent et font du mieux qu'ils peuvent, ils se retrouvent coincés. Car à ne pas interdire le voyage, l'Exécutif a laissé une interprétation dans laquelle s'est engouffrée une partie de l'industrie touristique.

"Juridiquement, nous sommes pris entre le marteau et l'enclume. D'un côté le client peut refuser de partir, au vu des déclarations du Quai d'Orsay, de l'autre les compagnies continuent d'opérer, etc.

Chaque dossier devient un litige, comment voulez-vous vendre quelque chose ?
demande Yves Verdié.

En effet, le voyage est toléré, même si tout est fait pour qu'il soit impossible. A ce petit jeu, du chat et de la souris, ce sont les agents de voyages qui trinquent, une fois de plus.

"De notre côté le problème de fond va donc encore être de gérer une vague d'annulations importante de la part des clients et de composer avec des politiques de remboursements des compagnies," se désole Frédéric Pilloud.

Mais ce déferlement d'appels et mails n'est pas pour maintenant.

"Ce n'est pas à la mi-janvier que nous avions le plus de départs. Etant donné le flou global, les clients partant en février attendent encore avant de faire leur choix, je parle d'annuler ou partir," poursuit le directeur digital de Misterlfy.

Dans l'Ouest, le défi est tout aussi immense. Du côté de Richou Voyages, la nouvelle brochure est actuellement en cours de distribution. C'est là tout un symbole du manque de visibilité auquel fait face la profession.

"Nous savons que ce n'est pas le moment idéal, mais il fallait prendre une décision à la sortie du second confinement. Nous espérons pouvoir engendrer des inscriptions pour des départs au printemps, cet été ou à l''automne selon les destinations. Nous devons nous projeter," souhaite un Jean-François Richou, directeur général, fataliste.

Malgré tout, les agences vont rouvrir avec des horaires plus larges, pour soutenir la nouvelle production adaptée à la crise sanitaire. Comme pour ces confrères l'enjeu n'est plus commercial.

"Nous faisons plus de la communication et de la réassurance auprès clients. Nous n'avons pas un raisonnement de rentabilité," résume le directeur associé du groupe choletais.

Cela démontre bien que le tourisme va s'adapter et que le besoin de fuir une réalité plus que morose est fort, donc que la reprise sera bel est bien présente.

En attendant, de cette crise, les agents de voyages en ressortiront avec de nouvelles compétences et aussi une nouvelle spécialité à mettre à leur actif.

"Tout comme nous nous occupions des visas avant, nous gérons les contraintes des tests PCR de A à Z, c'est un visa pour voyager. Avant le métier d'agent de voyages était un métier de spécialiste de destinations, puis de géopolitique et maintenant c'est un spécialiste sanitaire," prophétise Frédéric Savoyen.

A mesure que le voyage se complexifie, la distribution pourrait bien à nouveau jouer un rôle important dans l'industrie, mais pour cela, il faut un redémarrage, sans contrainte ou presque.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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