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A "l'ancienne" ou de "masse"... qu'importe pourvu que la croisière s'amuse !

La chronique de François WEILL, Consultant


Rédigé par François WEILL le Lundi 12 Novembre 2012

François Weill, spécialiste bien connu de la croisière et qui dans une autre vie était également journaliste, revient cette semaine avec une nouvelle chronique sur l'industrie de la croisière. Consultant, il pose un regard lucide et réaliste sur un pan de l'industrie du voyage qui pèse de plus en plus lourd dans les comptes d'exploitation et qui n'échappe pas aux mutations en cours.



Les navires d'autrefois avaient des lignes élégantes par rapport aux barres d'immeubles flottantes d'aujourd'hui. C'était le plus souvent d'anciens bateaux de ligne réaménagés, comme le légendaire - à tous les sens du terme - Mermoz de Paquet - DR : Philippe Blanchart
Les navires d'autrefois avaient des lignes élégantes par rapport aux barres d'immeubles flottantes d'aujourd'hui. C'était le plus souvent d'anciens bateaux de ligne réaménagés, comme le légendaire - à tous les sens du terme - Mermoz de Paquet - DR : Philippe Blanchart
On se fait vite traiter de vieux ringard (au mieux) si l'on regrette les navires anciens.

Mais les nostalgiques de la croisière traditionnelle ont un peu vite fait de critiquer une évolution qui présente aussi bien des points positifs. Remettons les pendules à l'heure.

Sans remonter à l'arche de Noé, revenons vers le début des années 70. La croisière n'était peut-être pas aussi jolie que dans les souvenirs de certains.

Certes, les navires avaient des lignes élégantes par rapport aux barres d'immeubles flottantes d'aujourd'hui. C'était le plus souvent d'anciens bateaux de ligne réaménagés, comme le légendaire – à tous les sens du terme – Mermoz de Paquet.

Un souvenir de grandeur qui ne reflétait pas toujours la réalité...

Mais ils étaient petits, même s'ils nous paraissaient grands, le plus souvent sensible au tangage et au roulis, les espaces publics étaient limités.

Et pour ce qui était de l'élégance de la ligne, on commençait à voir apparaître sous prétexte d'ouverture de la croisière au plus grand nombre (on ne parlait pas encore de "démocratisation") d'horribles car-ferries retapés en "paquebots de croisière", comme le Massalia, toujours de Paquet, sur lesquels on passait d'excellents moments lorsque les alizés n'étaient pas trop violents, mais sur la disparition desquels on ne va tout de même pas pleurer.

Les cabines étaient parfois spacieuses, mais rarement : les cabines de luxe atteignaient tout juste la surface d'une bonne cabine standard sur un paquebot de Costa, de MSC ou de Royal Caribbean.

Les sanitaires, à quelques exceptions près, étaient convenables… lorsque les tuyaux ne se bouchaient pas, ce qui arrivait fréquemment.

Alors se répandaient dans les coursives et même parfois dans les salons des odeurs nauséabondes assez éloignées des senteurs exotiques tant vantées dans les brochures : la tuyauterie a toujours été un point faible sur les navires anciens.

La mer était toute proche, car les navires étaient bien moins hauts

On mangeait bien à bord, parfois même très bien : le restaurant "le grill" de Mermoz était vraiment exceptionnel mais n'y avaient accès que les occupants de cabines de luxe. La restauration standard était très bonne également, mais n'avait rien d'inoubliable.

Les distractions étaient nombreuses, mais n'avaient pas grand chose à voir avec celles que l'on trouve aujourd'hui.

De toutes façons, la clientèle était différente, beaucoup plus âgée, plus guindée, que celle, jeune et familiale, des croisières modernes d'aujourd'hui. On ne venait d'ailleurs pas pour cela, on partait en croisière avant tout pour faire un grand voyage, voir du pays, entre initiés, entre soi.

Et puis tout de même, il y avait la mer ! Elle était toute proche car les navires étaient bien moins hauts, et les coursives extérieures permettaient de la sentir, de la vivre, même allongé sur un transat.

Aujourd'hui, sur la plupart des grands paquebots modernes, ce plaisir là semble un peu disparu. L'un des premiers arguments de vente de la croisière, dans les années 2000, était d'ailleurs de convaincre les clients qu'ils "n'auraient pas l'impression d'être en mer" !

Un comble, mais une réalité bien évidente aujourd'hui sur certains navires géants.

Quant aux coursives extérieures où l'on déambulait comme entre le navire et la mer et où l'on prenait le "bouillon de onze heures", elles n'existent plus, en tous cas plus comme telles : on leur a mis des petites portes perpendiculaires tous les trois mètres, les divisant ainsi en balcons privatifs pour des cabines superposées et alignées sur des centaines de mètres. Chacun chez soi.

La clientèle et l'ambiance ont changé

Pas gai ? mouais… il ne faudrait pas non plus en remettre trop sur ce point.

Sur les anciens navires, il y avait une proportion énorme, souvent majoritaire, de cabines intérieures, sans hublot et mal aérées (l'air pulsé de l'époque était difficile à régler et terriblement bruyant) : c'est la conception architecturale nouvelle des navires de croisière qui a permis le développement de ces magnifiques cabines avec balcon et là, franchement, il n'y a rien à regretter.

Chacun chez soi ? Bien sûr mais pourtant, à bord des paquebots géants, que de rencontres, de jeux, d'amitiés et plus encore qui se créent à bord. On aime ou on n'aime pas, tout dépend de ce que l'on recherche, et il reste encore des navires où l'animation n'est pas omniprésente.

Mais globalement on effectue largement autant, sinon plus, de rencontres sur un navire d'aujourd'hui que sur un paquebot d'autrefois. Et puis bien sûr, la clientèle et l'ambiance ont changé. Même dans la croisière de luxe, aujourd'hui, on ne retrouve pas, heureusement, l'aspect guindé et un peu "peine-à-jouir" de certaines croisières d'autrefois.

Mieux vaut "la croisière s'amuse" que "la croisière s'emmerde"

Le Commissaire Le Baube, personnage haut en couleurs qui avait navigué sur de nombreux navires de la "Compagnie Paquet" me racontait un jour avoir vu un couple qui avait fait des pieds et des mains pour obtenir une table pour deux au restaurant et qui durant tout le voyage, n'avait jamais échangé un seul mot.

Un jour, il les vit enfin se parler, tels de vieux amoureux, accoudés au bastingage. Il s'approcha d'eux et entendit la passagère dire à son compagnon : "La mer, elle est mauvaise !" et il entendit aussi son mari lui répondre : "Elle est comme toi."

Quel qu'ait pu être le charme des navires anciens et de croisières traditionnelles, je préfère "la croisière s'amuse" à "la croisière s'emmerde". Mais cela ne signifie pas que l'on n'ait comme choix que la croisière "à l'ancienne" sur quelques vieux navires en fin de vie et la croisière de masse sur les "resorts" flottants.

Cette dichotomie réductrice n'a aucun sens. On peut ne pas aimer la croisière de masse, sans pour autant être nostalgique d'une époque révolue.

Le charme du produit croisière : être varié, multiple et différent

Il y a aujourd'hui sur le marché une quantité d'offres superbes et variées, sur des navires modernes mais différents.

Des exemples ? Regardez les nouveaux navires de croisières-découverte (ils disent parfois exploration ou expédition, mais faut pas pousser !) de la Compagnie du Ponant, ou le Fram de Hurtigruten, des croisières qui savent combiner des itinéraires d'exception et des prestations et un confort haut de gamme sur des navires de taille moyenne.

Regardez ce que fait Star Clippers sur ses vrais voiliers magnifiques avec le confort et le service des meilleurs navires de croisière.

Regardez les vraies croisières-expéditions sur de petits navires taillés pour l'exploration (le plus souvent arctique ou antarctique), là ou le bateau redevient le simple moyen de pénétrer des régions où "…la main de l'homme n'a jamais mis le pied", comme on disait dans Tintin.

C'est bien le charme du produit croisière que d'être varié, multiple et différent. Et la croisière industrielle d'aujourd'hui a aussi, quoi qu'en disent ses détracteurs, bien des atouts. A commencer par ses navires, réellement bluffants. Et qui correspondent parfaitement aux attentes et au mode de loisirs d'une partie largement majoritaire du public.

Ni les nostalgiques de la croisière à l'ancienne, sycophantes de la croisière industrielle, ni les thuriféraires de la croisière de masse et des hotels-club flottants n'ont le droit de s'arroger seuls la prétention à être "la" croisière. La meilleure croisière, c'est celle qui vous plait, tout simplement.

Moi qui aime, pour des raisons différentes, toutes les sortes de navires et toutes les formes de croisières, je fais pourtant partie de ceux qui ont parfois la nostalgie des navires anciens.

Mais il me semble bien que ce que l'on regrette surtout, c'est notre jeunesse.

François Weill - DR
François Weill - DR
bFrançois Weill a effectué la plus grande partie de sa carrière dans le tour operating et la croisière. Une carrière qu'il a débutée, après des études de philosophie, en 1974 chez American Express puis aux Croisières Paquet, avant de faire de sa propre entreprise, Scanditours, le 1er voyagiste français spécialiste des destinations nordiques.

A la fin des années 90, il vend Scanditours à Kuoni et, après une parenthèse de quelques années comme consultant, journaliste, et enseignant à l'université de Marne-la-Vallée, il crée la filiale française de Hurtigruten dont il assure la présidence et la direction jusqu'en 2010 avec le succès que l'on sait.

En 2008, le Roi Harald V lui a décerné le titre d'Officier de l'Ordre Royal du Mérite de Norvège, pour les services rendus au développement de cette destination sur le marché français.

Président de l'AFCC durant plusieurs années, François Weill a repris ses activités de consultant.

Contact : fw@francoisweill.fr

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Tags : croisiere, weill
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1.Posté par Merveille le 16/11/2012 10:59 | Alerter
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Tout-à-fait d'accord avec toi François, c'est bien notre jeunesse que l'on regrette...

Dominique Merveille (ancienne hôtesse sur Mermoz, Azur et Massalia, et actuelle conseillère voyage....

2.Posté par Marc Desmoulins le 01/12/2012 07:06 | Alerter
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BRAVO,
Bien dit...
(Marc D)

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