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Air France et le low cost : des présidents "visionnaires" qui n’ont rien vu venir…

la Compagnie entame sa 2e semaine de grève


Rédigé par Jean da LUZ le Mardi 23 Septembre 2014

Air France entame ce lundi sa 2e semaine de grève. Un mouvement social très dur, aux positions tranchées, dont on voit mal comment en sortir. Les Pouvoirs publics adoptent la position de l’autruche et Alexandre de Juniac celle du “ça passe ou ça casse !”. Comment la compagnie qui bat de l’aile depuis de nombreuses années va-t-elle sortir de ce conflit ? Probablement en cédant à la pression syndicale et en remettant à plus tard (à trop tard) une mutation capitale. Le train du low cost vient de passer et Air France n’est pas dedans...



Jean-Cyril Spinetta  resté hermétiquement clos à la poussée des compagnies à bas coût. Un aveuglement qui coûtera d’abord au transporteur des parts de marché significatives puis un quasi effondrement du réseau court et moyen courrier. /photo AF
Jean-Cyril Spinetta resté hermétiquement clos à la poussée des compagnies à bas coût. Un aveuglement qui coûtera d’abord au transporteur des parts de marché significatives puis un quasi effondrement du réseau court et moyen courrier. /photo AF
Le transporteur français qui repart sur une 2e semaine de grève ce lundi, a déjà perdu presque l’équivalent de 100 millions d’euros au cours de la semaine écoulée.

Les Syndicats des pilotes s’apprêtent à doubler la mise cette semaine.

Une somme rondelette quand on connaît la situation financière d’Air France.

On a déjà tout dit à propos des Syndicats de pilotes, de ces navigants aux “gros salaires” qui ne songent qu’à préserver prébendes et privilèges et qui, pour cela, prennent une fois de plus les passagers en otage.

Mais à y regarder de plus près, sont-ils les seuls coupables ?

S’est-on posé la question de savoir pourquoi et comment la Compagnie en était arrivée là ?

Qui sont les vrais responsables de l’incurie et du flou artistique dans lequel baigne depuis des années le transporteur ?

Flash back. Après avoir fait des pieds et des mains pour protéger le transporteur national (à l’époque), le gouvernement français sous la pression européenne est obligé de lâcher du lest.

Le ciel s’ouvre aux transporteurs européens, notamment à ceux à bas coût comme Ryanair et Easyjet.

Etonnamment, les dirigeants d’Air France (le “visionnaire” de l’époque était Jean-Cyril Spinetta) n’ont rien vu venir.

L’homme qui a réussi le 5 avril 2004 la fusion d’Air France et de KLM, qui deviendra à cette époque la première compagnie mondiale en termes de chiffre d'affaires, est resté hermétiquement clos à la poussée des compagnies à bas coût.

Il ne veut pas en entendre parler. Un aveuglement qui coûtera d’abord au transporteur des parts de marché significatives puis un quasi effondrement du réseau court et moyen courrier.

Les Ryanair et consorts sont trop bien installées dans la place

Lorsque Air France tentera de réagir sous la présidence de Pierre-Henri Gourgeon (un autre “visionnaire”) de faire du low cost à partir de ses “bases de province”, il sera trop tard.

Les Ryanair et consorts sont trop bien installées dans la place pour qu’on puisse espérer les déloger avec quelques vols directs au départ de Toulouse, Nice ou Marseille…

Le ver est dans le fruit et pour l’en extiper, il va falloir tailler dans le vif. Mais la stratégie est toujours aussi floue.

En 2007, Transavia positionne ses avions sur le tarmac. Calquée sur la filiale néerlandaise de KLM, le lancement de Transavia est une énième tentative pour faire pièce à l’irrésistible ascension du trafic low cost.

L’arrivée d’Alexandre de Juniac, nouveau président et grand commis de l’Etat, sonne le début du “chantier” social.

Pas de redressement de l’entreprise sans “saignée”.: TRANSFORM 2015 concrétisera le début du “réalisme” avec un plan de départs “volontaires”.

Mais au fil des mois la facture s’allonge : si en 2012 le plan prévoyait 5 122 départs d'équivalents temps plein jusqu'en 2014, la 2e mouture corse l’addition.

Il va falloir encore supprimer entre 2 500 et 3 000 postes. Et puis un peu plus encore, si on veut véritablement repartir sur la voie de la croissance, etc.

Malgré ces coupes sombres, Air France se cherche toujours dans sa riposte aux transporteurs à bas coût.

En 2013 elle regroupe ses filiales (Régional, Brit Air et Airlinair) à la culture hétéroclite et à la flotte diverse sous la marque ombrelle Hop! censée faire du low cost…

Le rapport Guérin est une véritable bombe à retardement

Mais, là encore, la nouvelle marque fait figure de Petit Poucet face aux mastodontes Air Berlin, EasyJet, Germanwings, Vueling, Volotea...

Finalement, un rapport de Lionel Guérin, responsable du Pôle Régional du groupe Air France, commandé par Frédéric Gagey, président d’Air France, conclut à l’impérieuse nécessité d’une nouvelle répartition des rôles entre les trois entités du groupe sur le court et moyen-courrier.

Rendu public en juin 2014, le rapport est une véritable bombe à retardement. S’il fait le tri dans la pagaille ambiante, il préconise aussi la création (enfin !) d’une compagnie low cost à vocation européenne.

Au début il est plutôt bien accueilli. Tout le monde s’accorde sur le besoin de réagir urgemment aux coup de boutoir du TGV et des cies à bas coût.

Mais lorsqu’on évoque la création d’une Cie européenne avec des bases étrangères (Portugal, Espagne…) et des personnels navigants avec des conditions de travail “plombier polonais”, là c’est le clash. Qui dure depuis une semaine...

Et il semblerait qu’une fois de plus les Syndicats soient sur le point de gagner le bras de fer, puisque la Direction pour sortir du conflit qui ruine littéralement Air France, pourrait renvoyer à fin 2014 (ou aux calendes grecques ?) la décision de créer Transavia Europe.

Je crois qu'on peut mieux comprendre le ras-le-bol des pilotes et de l'ensemble du personnel quand on s'aperçoit que les dirigeants de la Compagnie n'ont pas été capables, quinze ans après, de choisir les bonnes options. Et que la "douloureuse" à payer fait de plus en plus mal...

Alors, la conclusion ou plutôt la morale de cette histoire on la laisse au (parfois) facétieux Winston Churchill : “Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu'il ne nous prenne à la gorge. »

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1.Posté par Rial le 23/09/2014 01:34 | Alerter
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Bonsoir Jean,

Parce que les erreurs passées éventuelles stratégiques justifieraient le comportement intellectuellement et moralement inadmissibles des pilotes de AF?C'est une blague!
Car quand bien il y aurait eu erreur, en quoi cela impose t-il aux pilotes une attitude qui va conduire a long terme à la cata chez AF et à la perte potentielle de leur propre emploi?
Et dis Moi Jean, si Spinetta avait réagi il y a 10 ans tu crois que à cette époque là les pilotes auraient mieux accepté qu'aujourd'hui des conditions différentes dans une filiale spécifique sur un marché précis?Evidemment que non.
L'attitude des pilotes est à contre sens des intérêts de la compagnie et de leurs propres intérêts et symbolique de notre incapacité en France à nous adapter, dans le règne du " chacun pour soi" qui n'est qu'une illusion
Je ne comprends ainsi pas ton article
Comme je ne comprends pas non plus que les agences de voyages commencent à réclamer des indemnités pour le temps passé à traiter les dossiers.Sachant que AF est très arrangeante sur les conséquences financières des protections.On doit être un peu solidaire et on a tous intérêt à ce que AF se reformé et aille mieux.

2.Posté par navigant le 23/09/2014 07:36 | Alerter
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Curieux ,il y a 30 ans . Air charter international ou Aéromaritime ,Aérolyon si avait été bien mené aurait pu être le corps de ces low cost... Mais le cout des charges sociales en France gréve tout développement de low cost française. Mais quand en 2003 easyjet pointe son nez en France ,AF au lieu de racheter des boites charters françaises qui à l'époque se cassèrent la figure . Ne fait rien.
Alors que l'occasion était là de bloquer les créneaux et limiter la progression d'easyjet. Seule la loi sur les bases de 2006 ,fut un commencement de réaction .

3.Posté par flyrelax le 23/09/2014 10:01 | Alerter
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rien de tout cela ne serait arrivé, au niveau européen, si l'on n'avait pas laissé la compagnie israelo-américaine Ryanair (qui se cache fort bien derrière le pavillon irlandais) mettre à mort l'aérien européen en pratiquant des méthodes honteuses sur le plan humain et en suçant l'argent du contribuable

qu' AF n'ait pas su évoluer, aucun doute mais la présence d'un prédateur venu d'ailleurs a sinistré la totalité des compagnies aériennes d' Europe, tout cela pour envoyer plus de dividendes à Wall St et à Tel Aviv....

on est maintenant au bord du gouffre, Ryanair nous y a amené...

4.Posté par modesteemployé le 23/09/2014 10:37 | Alerter
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Bien sûr les pilotes auront une écrasante responsabilité dans la disparition proche d'AF qui n'est plus qu'une question de temps. Comment pourrait il en être autrement quand tous les feux sont au rouge sans exception, du faible niveau de la trésorerie, en passant par la perte de parts de marché, jusqu'à l'endettement élevé ? AF est structurellement déficitaire sur un marché ultra concurrentiel et défavorable aux "majors" européennes par opposition aux situations de marché qui prévalent au Moyen Orient, en Asie et aux Etats Unis. Donc oui, AF est à l'agonie, et chacun sait comment se termine une agonie....

Mais cet article nous rappelle l'incurie du management de la compagnie dans son ensemble depuis plus de 15 ans. En effet, non seulement il n'a pas été visionnaire à la rare exception de son rapprochement avec KLM, mais encore il ne s'est jamais repensé, n'a jamais pratiqué la moindre auto-critique, n'a jamais cherché à l'extérieur les solutions qu'il ne trouvait pas par lui-même. Vous voulez une preuve ? Prenez le top management, les patrons de CDL et même dans une moindre mesure les patrons de marchés. Vous constaterez qu'à 90% se sont les mêmes qu'il y a 10 ou 15 ans. La compagnie est totalement sclérosée par ses grands patrons, Matheu, Alexandre, etc, tous plus indéboulonnables les uns que les autres.

Comment une entreprise confrontée à plus de changements dans son industrie dans les 15 dernières années que dans toute son existence, peut elle s'adapter alors que l'ensemble des décideurs vie dans une parfaite stabilité, s'échangeant tout au plus les sièges au comité de direction ?

5.Posté par PAT44 le 23/09/2014 14:04 | Alerter
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Que ces chers (très chers pour le coup) pilotes d'AF continuent à protéger leurs salaires élevés.
Lorsqu' AF ne sera plus ils iront bosser chez Easy Jet ou Ryanair pour le SMIC.
Et je ne suis pas certain que ces deux compagnies leurs accorderont le même droit de grève !

6.Posté par cheriet le 23/09/2014 14:05 | Alerter
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bonjour


bien sur que les agences devraient facturer des frais de services à AF....qui payent les nuits d hotels non utilisé par le client à cause de cette grève ?

les agences ne sont plus mandataires d'AF.....alors allons y ....Assignons les en référé !!!


Tant qu AF peut faire du detournement de clientèle, ils le font sans vergogne et sans respect pour l 'agence qui leur livre le client.........

alors assignons les .....

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