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J-P. Nadir : "Google rend tout le monde concurrent de tous à son seul profit..."

Entretien avec le PDG d'Easyvoyage


Rédigé par Bertrand FIGUIER le Vendredi 5 Avril 2013

Après le lancement de Google Flight Search, le géant américain poursuit son maillage des fonctionnalités qui lui seront nécessaires pour attaquer en force le marché du e-tourisme. Nous avons demandé à Jean-Pierre Nadir, le Pdg d’Easyvoyage, comment il analysait la stratégie de son formidable concurrent.



Va y avoir de la casse évidemment. Pour le moment, heureusement, Google n’accélère pas, il ne dévoilera pas ses vraies ambitions avant 2014. Mais nous ne sommes plus sur un marché de nouveaux entrants, nous sommes sur un marché de résistants." /photo dr
Va y avoir de la casse évidemment. Pour le moment, heureusement, Google n’accélère pas, il ne dévoilera pas ses vraies ambitions avant 2014. Mais nous ne sommes plus sur un marché de nouveaux entrants, nous sommes sur un marché de résistants." /photo dr
TourMaG.com - À force de rachats, Google ne devient-il pas dangereux pour tout le monde ?

Jean-Pierre Nadir :
"Dangereux ! Oui, mais pourquoi ? C’est ça qu’il faut savoir.

Très longtemps les gens ont pensé que Google était l’ami de l’internaute, l’ami de la liberté, et qu’il mettait le savoir à la portée de tous dans l’intérêt général.

En fait, il ne sert que son propre intérêt, avec une ambition totale qui lui fait préempter tous les domaines qui marchent.

Grâce à l’efficacité de son moteur de recherches, il est devenu la porte d’entrée mondiale du web.

Avec un taux de couverture, un taux de « reach », qui frise les 97% dans les 5 pays majeurs du web, les USA, la Grande Bretagne, l’Allemagne, la France et l’Espagne.

Tous les internautes passent par lui. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne passe que par lui. Il n’empêche que Google a l’audience en main, c’est lui qui la dirige.

Comme avant, lorsqu’on disait « vu à la télé », « lu dans le journal », maintenant, on dit plutôt « vu sur Google ».

« Google valide mon schéma à mes dépens »

TourMaG.com - Quelle est sa méthode ?

J.-P. N. :
"Pour prendre tous les business qui marchent, il a d’abord développé des outils gratuits, comme Google Maps. Je rappelle qu’il a fait plier Apple à ce sujet. Et puis il y a aussi Androïd et Chrome. Ça vient en complément de son moteur qui devient donc peu à peu indispensable.

Partant de là, il réalise une sorte de fresque qui lui permet de dominer le e-commerce mondial.

Puis il prend les secteurs du web les plus performants en pub, le e-tourisme qui pèse 35% du e-commerce mondial et le secteur de la finance/assurance dont le poids est encore plus important que celui du tourisme.

Google vient d’ailleurs de racheter un comparateur financier en Angleterre…

De là, il devient vite incontournable. Dans le tourisme, la première brique, c’est l’aérien : il a racheté le GDS ITA, puis les hôtels, couplés avec Google Maps, puis le rachat de Zagat, un concurrent sérieux de Tripadvisor maintenant qu’il est sur le web.

Puis c’est le rachat de Fromers, l’équivalent américain du Guide du Routard chez nous.

Et ainsi de suite, pour faire finalement un énorme Easyvoyage. Ça valide mon schéma, c’est bien ; mais c’est aussi à mes dépens."

Google formate la pensée mondiale

TourMaG.com - Mais à terme, tout le monde est menacé ?

J.-P. N. :
"Et oui, il déstabilise tout le monde. En fait le marché s’organise autour de lui. Google est un peu comme la loi, nul ne peut l’ignorer.

Quand Google dit qu’il faut des liens, on fait du lien ; des photos, on met des photos ; tel format, on y va avec tel format… et on arrête quand il le dit. Il donne le La et tout le monde obéit le doigt sur la couture."

TourMaG.com - Personne ne peut résister ?

J.-P. N. :
"Des gens réfléchissent en ce moment pour créer des garde-fous, un peu comme en France lorsque l’on a empêché TF1 de monopoliser les médias. C’est un enjeu incroyable.

On sait comme les médias peuvent influencer l’esprit des gens, mais le Web ça pèse plus que les médias et l’impact sur la consommation est encore plus fort, mais on ne fait rien du tout.

Pas un étudiant ne prépare son exposé sans commencer par Google… La capacité de formatage, d’organisation de la pensée mondiale est gigantesque !"

TourMaG.com - Sur le marché, qui peut aujourd’hui jouer le rapport de force ?

J.-P. N. :
"Apple sans doute, car avec ses 40 Mds de résultat net, il est 4 fois plus gros que Google. En plus, Apple a une bonne image et enfin, il a l’Applestore. Lui peut certainement organiser une contre-attaque.

Sinon, il y a Amazon, qui travaille aussi sur une offre globale en partant des livres. En deuxième rideau, il y a aussi MSN et Yahoo qui peuvent s’allier et faire un ticket commun, ou Facebook, qui veut faire aussi du voyage.

Voilà 5 grands acteurs, tous américains et tous porteurs d’une vision hégémonique."

Google rend tout le monde concurrent de tout le monde

TourMaG.com - Quelles conséquences pour un acteur comme Easyvoyage ?

J.-P. N. :
"Je dois me repositionner, depuis les outils, jusqu’aux négociations avec les producteurs. Comme la SNCF, Accor ou même Voyageurs du Monde.

Par exemple, Google met en avant les réceptifs locaux et ils sont forcément moins chers car ils n’ont pas besoin d’ajouter 25 à 30% de marge.

En fait toute l’organisation du tourisme va changer parce que Google rend tout le monde concurrent de tout le monde, à son seul profit, pas au profit de l’internaute. Pièce par pièce, patiemment, il organise son monopole."

TourMaG.com - Mais concrètement ?

J.-P. N. :
"Nous allons nous organiser par couche métier. Avec nos journalistes, par exemple, nous avons une légitimité et une expertise sur les destinations et sur les hôtels que Google ne peut pas avoir.

Ensuite, nous allons travailler pour avoir le plus large choix possible de produits. Nous allons également investir dans la marque, notamment par la télévision.

Nous allons aussi développer une relation plus directe avec les internautes ; c’est le rôle de notre newsletter qui compte tout de même 6 millions d’abonnés en Europe et 2,5 en France.

Il faudra bien sûr développer l’offre sur mobile et puis, toujours en 2013, ce sera notre programme « membres » pour stimuler, inciter et gratifier l’activité des internautes sur le site, avec des avantage directes suffisamment importants pour qu’ils passent par nous.

Enfin, nous allons optimiser notre techno, pour être le plus rapide possible en face de Google par exemple."

Je ne refuse aucune voie en matière de financement

TourMaG.com - Ça demande beaucoup d’investissement…

J.-P. N. :
"Oui, c’est du gros investissement, et ça ne peut pas se faire sans croissance, or en ce moment, c’est plutôt compliqué.

Il y a de plus en plus de monde qui met de plus en plus de moyens sur un marché qui ne grossit pas…

Va y avoir de la casse évidemment. Pour le moment, heureusement, Google n’accélère pas, il ne dévoilera pas ses vraies ambitions avant 2014. Mais nous ne sommes plus sur un marché de nouveaux entrants, nous sommes sur un marché de résistants."

TourMaG.com - Ça veut dire que vous cherchez de l’argent ?

J.-P. N. :
"Rechercher du financement, c’est un état permanent pour nous. Seulement, j’ai déjà levé des fonds récemment, et je ne peux pas le faire toutes les 5 minutes.

Cela étant, je dois d’abord prouver que je suis capable de générer de la croissance indépendamment de Google. À priori, je ne refuse aucune voie en matière de financement : autofinancement, recapitalisation… Et ce sera bien sûr des fonds internationaux car en France, il n’y en a pas.

Aujourd’hui, dans l’idéal, il faut investir dans plus de 15 pays et dans le offline. C’est ce qu’ont fait Priceline en rachetant Kayak, et Expédia en s’emparant de Trivago.

À cet égard, tout est possible en ce moment ; ce qui rend les choses à la fois angoissantes et excitantes. On pourrait très bien assister par exemple à un rapprochement entre Easyvoyage et Voyageurs du Monde, ou entre un portail avec toute l’info et un système de conciergerie."

TourMaG.com - Qu’est-ce que vous en concluez ?

J.-P. N. :
"Dans le tourisme, il faut rebattre toutes les cartes de la réflexion. Au delà du modèle économique, le métier doit entièrement se réinventer pour ne pas être condamné à tourner autour de Google et donner plutôt de la réalité, de l’usage, de la différenciation et de la valeur aux internautes.

Chez Google, on vient par hasard, chez nous on ne doit pas s’y arrêter par hasard ; comme dans la vieille pub Total : « Vous ne vous arrêterez plus chez nous par hasard ». Dans le web, le temps des petits malins est révolu."

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