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La Route Jacques Cœur, les riches heures du Berry

Un parcours d’Ainay-le-Vieil à Gien


Rédigé par Jean-François RUST le Vendredi 11 Août 2017

D’Ainay-le-Vieil à Gien, le parcours touristique au nom du berrichon argentier de Charles VII fend le département du Cher du sud au nord, jusqu’à la Loire. Au fil de seize châteaux, cités, musées et abbaye, le territoire et les spécialités du Berry se révèlent. Un itinéraire à travers les collines et les champs blonds du centre de la France, avec quelques surprises qui piquent la curiosité…



Au fil de seize châteaux, cités, musées et abbaye, le territoire et les spécialités du Berry se révèlent - DR : J.-F.R.
Au fil de seize châteaux, cités, musées et abbaye, le territoire et les spécialités du Berry se révèlent - DR : J.-F.R.
Parsemé de châteaux et de cités médiévales, saupoudré de traditions historiques et artisanales, le Cher donne le tournis.

Comment trouver un dénominateur commun à un tel patrimoine ? En créant la Route Jacques Cœur, pardi !

Le grand marchand de Bourges, homme de cour du 15e s., n’est pas l’instigateur de toutes les richesses dévoilées par la Route. Pour la plupart d’entre elles, d’ailleurs, son influence ne s’est pas exercée.

Mais, en imaginant dès 1954 de relier leurs domaines par un « Circuit des châteaux du cœur de la France », puis d’y associer le nom de l’illustre berrichon, les propriétaires des châteaux de Meillant, d’Ainay-le-Vieil et de Culan ont vu juste.

Depuis, la Route Jacques Cœur s’est agrandie et rassemble seize sites. Leur visite balaie l’Histoire d’une région constellée de féodalités qui, selon le guide du château d’Ainay-le-Vieil, « a vu naître en France la Renaissance ».

Ainay, justement. Situé à l’extrême sud de la Route, ce château a traversé les siècles sans dommages - fait rarissime. Jamais attaquée, ou presque, la forteresse du 14e s. enserre dans ses remparts octogonaux aux neuf tours un logis à tour d’honneur d’un splendide relief « gothique tardif ».

Souvent décrit comme un « petit Carcassonne », Ainay-le-Vieil appartient à la même famille depuis… 1467. Et qui était le propriétaire précédent ? Jacques Cœur ! Dans son ambition démesurée, l’argentier de Charles VII acquit moult propriétés, en plus de faire construire sa « grant’maison » de Bourges.

Saint-Amand-Montrond, « ville de l’or »

Le château, défensif, est édifié à la frontière du Berry et du Bourbonnais.

Il devint par la suite une demeure d’agrément. Son donjon central fut démoli pour libérer une haute-cour fermée de plus d’un hectare. L’histoire suinte ici de tous les pores de la pierre.

Louis XII et Anne de Bretagne y ont été reçus. Les souvenirs de Colbert, famille apparentée au château, abondent. Les derniers écrits de Marie-Antoinette et de Louis XVI sont exposés en vitrine.

A l’extérieur, une seconde enceinte, démolie, a fait place à d’agréables jardins d’eau, créés au 16e s.

La Fée Mélusine sert de girouette au château et indique le Nord. Cap sur Saint-Amand- Montrond, la « ville de l’or ».

A la visiter, on s’aperçoit qu’elle n’y roule plus beaucoup… Pas de portes à vendre, animation faiblarde, la crise a laissé des traces dans cette ancienne capitale de l’imprimerie, en dépit de la présence de petites entreprises prospères.

Saint-Amand reste pourtant une référence en matière de travail du métal jaune. Revendiquant un titre de « troisième pôle français de fabrication après Paris et Lyon », spécialisée dans l’or creux, elle regroupe une poignée d’ateliers de bijouterie traditionnelle, des créateurs et une école dédiée aux métiers d’art en bijouterie-joaillerie.

Toutes choses à voir et à comprendre à la « Cité de l’Or », un complexe muséal installé sous la pyramide de verre érigée à l’extérieur de la ville.

Un peu plus loin se dresse l’abbaye de Noirlac, splendeur de l’art cistercien. Autre jalon de la Route Jacques Cœur, elle est devenue Centre culturel et de rencontre et déploie son architecture minimaliste de la fin du 12e s. L’antithèse du Baroque !

Simplicité extrême, sobriété des lignes et absence d’artifices confèrent à l’église abbatiale et au cloître une atmosphère de recueillement. Et quand les notes de bandonéon d’une artiste en répétition s’élèvent dans ce silence… religieux, la grâce n’est pas loin.

Bruère-Allichamps, centre de la France

Gracieux, c’est aussi le terme qui convient pour décrire les paysages de ce Berry profond, terre de châtelains prospères après que l’ensemble du territoire ait été rattaché à la Couronne de France, au 12e s.

Ne sommes-nous pas là au cœur de l’Hexagone, symbolisé par la commune de Bruère-Allichamps et sa colonne indiquant le centre géographique du pays - titre que lui disputent trois communes voisines ?

Sur le chemin de Dun-sur-Auron (au joli beffroi) et de Bourges, épicentre de la Route Jacques Cœur, les champs blonds de chaumes, les bois et les villages de tuiles ondulent au gré du relief doux. Ils définissent ce Berry du sud comme le bocage signe la Normandie.

Château de Mehun-sur-Yèvre

Passée Bourges, le crochet par Mehun-sur-Yèvre s’impose. Il ne reste hélas plus grand-chose du château-écrin de Charles VII, si ce n’est une haute tour, seul vestige de la grandeur évanouie de la ville.

Agrandie au 12e s. par l’archevêque de Bourges, la bâtisse échoie au duc Jean de Berry à la fin du 14e s.

A sa mort, Charles VII, son petit neveu, en hérite. Sous son règne voyageur - le roi se déplace beaucoup -, il y reçoit sa cour, parmi laquelle figure bien sûr Jacques Cœur, son argentier berrichon.

Mais la gloire de la ville va vite retomber. Louis XI, fils de Charles VII, déteste par principe tout ce qui plait à son père. Il délaisse le château, qu’un incendie ruine au 16e s. A la Révolution, il est vendu pour démolition.

Il faudra attendre la fin du 19e s. pour que la seule tour rescapée des cinq d’origine soit restaurée. Elle trône désormais au-dessus d’une cité endormie - hormis l’activité de Pillivuyt, entreprise spécialisée dans la porcelaine de table -, baignée par l’Yèvre, l’Annain et irriguée par le canal de Berry, écheveau qui alimente les agréables Jardins du Duc et ses somptueux platanes.

Drôle de destin pour une ville qui vit aussi l’anoblissement de Jeanne d’Arc et où Charles VII poussa son dernier soupir.

Sur la route du vignoble Sancerrois, le château de Menetou-Salon témoigne de l’incommensurable richesse de Jacques Cœur. L’homme de cour l’acquiert au 15e s ., grâce aux fortunes accumulées par son commerce avec l’Orient et les bénéfices tirés de l’Argenterie royale, dont il est le maître.

Cette somptueuse demeure, agrandie au 19e s. dans un style néo-gothique, rappelle la façade du Palais Jacques Cœur, à Bourges. La propriété et son vignoble appartiennent aujourd’hui au prince d’Arenberg.

En principauté de Boisbelle…

Toujours plus au nord, la Chapelle d’Angillon détient aussi sa part d’histoire.

Ce village-rue d’allure quelconque, coupé en deux par une route à fort trafic, se rejoint après la traversée d’un paysage berrichon plus atone.

Finis les coteaux vallonnés du sud de Bourges, place aux paysages plats et forestiers, annonciateurs de la Sologne et de l’Orléanais voisins.

Les fans de romans ne l’ont pas oublié : La Chapelle d’Angillon a vu naître Alain-Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, chef d’œuvre de la littérature romantique française.

Sa maison natale, modeste et toujours propriété des descendants, trône le long de la route. Le nom d’Alain Fournier est inscrit sur la plaque commémorant la guerre 14-18, visible dans la nef de l’église. Elle rappelle que l’écrivain fut tué au front, à l’âge de 27 ans.

D’autres personnes illustres ont vécu à La Chapelle d’Angillon. La raison ? Du 9e au 18e s, la ville était sur les terres d’une principauté souveraine, Boisbelle, dont témoigne le château construit à la périphérie du village.

Le duc de Sully en fut le seigneur. Diane de La Marck le fréquenta et servit de modèle au personnage de La Princesse de Clèves, le célèbre roman de Mme de La Fayette. Plus récemment, le roi d’Albanie en exil, Leka Ier, y fut accueilli.

Des épisodes qu’aime à raconter le comte Jean d’Ogny, le très érudit propriétaire du château. Avec sa cravate à fleur de lys, il vous conduit à travers les pièces, racontant sa vie aventureuse et ses amitiés, dont celle pour le roi albanais. « Mon château n’est pas le plus beau mais le plus riche en histoire du Berry ! », assure le châtelain, qui assiste toujours à la messe, chaque dimanche, dans la chapelle de son « palais ».

L’Ecosse à La Verrerie…

Il en est pourtant un autre qui soutient la comparaison : La Verrerie.

Tapi entre Bourges et Gien, son architecture Renaissance surgit sans crier gare au milieu des bois, au bord d’un vaste étang.

Encore un caprice de Jacques Cœur ? Pas cette fois. Le domaine a appartenu à Charles VII.

Après avoir sollicité les Écossais pour « bouter les Anglais hors de France », selon l’expression de Jeanne d’Arc - des Écossais alors alliés de la France dans le cadre de la Auld Alliance -, il les récompense de leur engagement en offrant ce domaine aux Stuarts, la famille royale écossaise.

A la fin du 15e s ., ces derniers y construisent le château. Ils n’auront de cesse de l’embellir. La duchesse de Portsmouth, aïeule de Lady Diana, y réside, avant que la demeure ne tombe dans l’oubli.

Elle sera « redécouverte » en 1842 par Léonce de Vogüé qui, amoureux du site, la rachète. La famille détient toujours cette bâtisse et son domaine de 800 hectares. Son propriétaire, Béraud de Vogüé, est l’actuel président de la Route Jacques Cœur.

Nul doute que dans les coteries, l’argentier de Charles VII croisa la route des Stuarts. Peut-être même vint-il au château, dont on découvre les beaux salons, bibliothèque, chapelle et galerie à trophées de chasse, mêlant histoire écossaise et berrichonne. « Il arrive que l’été, des hommes en kilt viennent le visiter ! », sourit Ghyslaine, une des guides-conteuses de La Verrerie.

… et à Aubigny-sur-Nère

Pour mieux comprendre cette « incongruité écossaise », il faut se rendre à Aubigny-sur-Nère, dernière étape de notre itinéraire Jacques Cœur - qui se poursuit à Argent-sur-Sauldre et s’achève à Gien.

Une jolie petite ville, jalonnée de maisons à colombages reconstruites après l’incendie dévastateur de 1512.

Devant l’église, une cabine téléphonique so british interpelle. A la mairie, on est accueilli par des mannequins de cartons en kilt...

Comme La Verrerie, Aubigny échut dans l’escarcelle des Stuarts, par la grâce de Charles VII. La ville ne fut rendue à la couronne de France qu’en 1673, après deux siècles et demi de « protectorat écossais ».

Non contente d’être jumelée avec Haddington, en Ecosse, d’abriter le centre de recherches sur l’Auld Alliance et d’accueillir chaque année en juillet des fêtes franco-écossaises, il parait que des familles donnent encore des prénoms britanniques à leurs rejetons…

La route Jacques Cœur a définitivement plus d’un tour dans son sac.

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