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Pourquoi n'a-t-on pas sauvé le Concorde ?


D’aucuns déplorent, avec tristesse, que l’Etat français n’a rien tenté pour sauver Concorde. Le supersonique pour Jean Belotti valait bien, non pas une messe, mais, à tout le moins, une participation financière pour permettre de le maintenir en vie, jusqu



Le vendredi 27 juin 2003, le quatrième Concorde d’Air France (immatriculé F-BVFC), a effectué un ultime voyage entre Roissy et Toulouse-Blagnac, retournant vers le lieu même de sa construction, le site industriel actuel d’Airbus à Toulouse. Il sera exposé dans le parc aéronautique de « Grand Toulouse, Terre d’envol », actuellement en cours de réalisation.

L'un des cinq Concorde de la flotte Air France a déjà été remis au National Air and Space Museum (Smithsonian Institute) à Washington ; un second à l'Auto & Technik Museum Sinsheim, en Allemagne ; un troisième au Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget, près de Paris ; le dernier devrait être exposé à Roissy.

Quant au dernier Concorde en service exploité par British Airways, il fera ses adieux le 24 octobre.

Pourquoi l'arrêter ?

La réponse a été donnée par le Président d’Air France, Jean-Cyril Spinetta : «C’est à regret qu’Air France a pris la décision d’arrêter l’exploitation de Concorde. Mais ce choix s’imposait. La dégradation de la situation économique, tout au long de ces derniers mois, s’est traduite par une baisse du trafic affaires qui a tout particulièrement pesé sur les résultats de Concorde.

Les coûts de maintenance de l’appareil ayant été sensiblement accrus depuis sa remise en ligne, son exploitation est devenue lourdement et structurellement déficitaire. Dans ces conditions, il devenait déraisonnable de la poursuivre longtemps encore».

Noël Forgeard, Président d’Airbus confirme : "... mais les coûts de maintenance de l’appareil augmentent rapidement au fil des années, c’est pourquoi, en tant que constructeur, nous comprenons et respectons parfaitement la décision d’Air France et de British Airways, surtout dans le contexte économique actuel".

Pourquoi ne pas admettre la validité de ces propos, émanant de deux personnalités qui ont montré leur efficacité dans leurs domaines respectifs ?
Ces raisons sont-elles suffisantes ?

Et pourtant ! Des questions sont au bout de la langue de tout un chacun :

La raison de la dégradation économique

1°.- La déclaration selon laquelle: "...préserver les équilibres économiques de l’entreprise est un impératif qui s’impose à tous", appelle la question de savoir ce que représente le manque à gagner de l’exploitation déficitaire de Concorde par rapport aux 12,69 milliards d’euros du chiffre d’affaires d’Air France et du résultat net d’exploitation de 120 millions d’euros ? (a).

2°.- Mais, également et surtout, le déficit constaté sur l’exploitation actuelle de Concorde n’est-il pas compensé par l’impact dont bénéficie l’image de marque d’Air France, compagnie qui, pendant des années, a exploité ce merveilleux appareil, fruit d’une coopération technique exemplaire entre la France et le Royaume-Uni ?

3°.- Et, finalement, pourquoi ne pas attendre la reprise économique qui ne manquera pas de se réaliser comme cela s’est toujours produit, depuis des décennies, après une longue période de ralentissement ? En effet, le président d’Air France a confirmé «L’avion a été rentable, même faiblement, pendant toutes les années qui ont précédé son interruption de vol».

La raison des coûts de maintenance élevés

Ils étaient déjà connus depuis longtemps. Alors, la question qui revient souvent est de savoir pourquoi ils n’ont pas été pris en compte pour justifier l’arrêt définitif de Concorde, de suite après la tragédie du 25 juillet 2000, au lieu d’immobiliser l’avion au sol pendant plus de 13 mois (jusqu’au 7 novembre 2001), pour y apporter de coûteuses modifications, auxquelles se sont ajoutés les coûts d’entretien des personnels au sol et des équipages ?

Personnels auxquels le président d’Air France a d’ailleurs rendu hommage en ces termes :

«En annonçant cette décision, ma première pensée va aux équipages et aux personnels de la maintenance d’Air France qui, après l’accident du 25 juillet 2000, ont déployé tous leurs efforts pour assurer la remise en ligne de Concorde. Cette remise en ligne a été une réussite technique exemplaire et je mesure l’émotion qui doit être la leur. Nous ne l’oublierons jamais, tout comme nous n’oublierons jamais le souvenir de tous ceux qui, en faisant voler Concorde pendant près de trois décennies, ont permis à Air France d’écrire une des plus belles pages de l’histoire de l’aviation».

D’autres raisons ?

D’autres raisons contributives n’auraient-elles pas été prises en compte, comme par exemple, la crainte d’un nouvel accident, d’où application du célèbre "principe de précaution" ?

Autres questions

Ce sont les mêmes - souvent posées par des personnes très compétentes aéronautiquement parlant - qui reviennent et qui m’avaient été posées à la suite de l’accident de Gonessse :

- Pourquoi le certificat de navigabilité a-t-il été retiré étant donné que, dès le début des enquêtes, les médias ont indiqué que la cause à l’origine du drame était une lamelle retrouvée sur la piste et n’appartenant pas à Concorde ? En effet, après son unique accident en 27 ans d’exploitation, Concorde aura été le seul avion de ligne au monde à voir suspendre son certificat de navigabilité, alors qu’aucun des avions de Boeing ou Douglas - malgré de nombreux accidents - n’a été touché par une telle mesure.

- Pourquoi les travaux en cours en vue de la re-certification de Concorde n’ont-ils pas été décidés plus tôt, c’est-à-dire lors des incidents antérieurs ?

- Ces travaux, tests et essais étaient-ils réellement nécessaires et utiles, sachant que la probabilité de reproduire les conditions de l’accident est probablement plus faible que celle du risque maximum (10-9) admis lors des certifications ?

Ces questions portant sur une période passée et ne disposant d’ailleurs pas d’éléments de réponses, il semble donc inutile de s’y appesantir. Aujourd’hui, les questions sont autres. Exemple : Pour quelle raison les Concorde de British Airways ne cesseront de voler qu’à la fin du mois d'octobre ?

En revanche, une réponse peut être apportée à la question relative à la reprise des Concorde par une autre compagnie. Quel que soit le repreneur, une de ses préoccupations essentielles sera celle retenue par toutes les compagnies aériennes : veiller au maintient des coûts d’exploitation les plus bas possibles.

Or, reprendre l’exploitation de Concorde impliquerait d’utiliser la structure industrielle de maintenance existante. Etant alors en sous-traitance, les coûts seraient donc plus élevés que ceux actuels, lesquels, précisément, ont été une des causes essentielles déclarées de l’arrêt de Concorde. Il en serait d’ailleurs de même avec les équipages.

Recherche d’une solution alternative

Concorde n’était pas malade et il n’était pas encore en fin de carrière. Alors, avant de lui couper les ailes et d’enterrer toutes les motivées, compétentes et passionnées équipes de personnels au sol et équipages, n’y avait-il pas d’autres solutions ? Deux commentaires :

1°.- Concorde, conçu, il y a quarante ans, par Aérospatiale et British Aircraft Corporation est une remarquable réussite technologique dont la France peut être fière. Malgré le spectaculaire développement du progrès technique enregistré depuis cette époque, il bénéficie encore d’une très large avance technique sur tous ses concurrents, puisque, de nos jours, aucun avion, même de chasse, n’est capable de voler plus de trois heures d’affilée, à Mach 2.

Concorde est un symbole, le symbole de la France, le symbole de l’ingéniosité et du savoir-faire de ses chercheurs. C’et un exceptionnel porte drapeau qui, tout autour du monde, fait resplendir la bannière portant l’image de notre France. Certes, ces effets ne sont que qualitatifs, donc non quantifiables en termes d’unités de compte, mais comment ne pas déplorer qu’ils aient été écartés par les institutions de notre République ?

Il en résulte que d’aucuns déplorent, avec tristesse, que l’Etat français n’a rien tenté pour sauver Concorde. Quand on apprend tous les scandales, tous les gaspillages qui se chiffrent par dizaines de millions d’euros (b) à supporter par tous les contribuables, Concorde valait bien, non pas une messe, mais, à tout le moins, une participation financière (puisque ce sont des questions de "gros sous" qui ont été avancées !) pour permettre de le maintenir en vie, jusqu’à l’échéance finale de sa fin de carrière.

2°.- L’annonce de l’arrêt de l’exploitation commerciale de Concorde a déclenché dans le pays un mouvement de soutien spontané d’une ampleur exceptionnelle. Des milliers de français sont venus voir les derniers décollages et atterrissages de cet oiseau mythique. Alors, pourquoi ne pas faire appel au peuple qui, lui, a compris ce que représentait, pour nous français, cet unique et remarquable réalisation.

En effet, pour combler le déficit prévisionnel indiqué, il suffirait que chaque français donne un seul euro par an ! Et, puisque la bouée de sauvetage aurait été lancée par le peuple, il conviendrait, à une fréquence à définir, d’attribuer un billet gratuit, par tirage au sort, dans la liste des personnes ayant participé à cette opération de sauvetage. Utopie ? Beaucoup moins que la prévision du ministre des transport de l’époque (Marc Jacquet ) "Trois cents Concorde voleront en 1970" !

Mais, indépendamment de la réalisation possible ou non d’une des solutions pouvant être envisagées, ce qui est déplorable c’est de constater qu’aucune initiative n’ait émergée. "Where is a will there is a way" disait le poète Shelley. Or, c’est la manifestation de cette volonté qui a manqué. Et c’est bien dommage !

La tristesse d’un pilote

Un pilote m’envoie cet avis de décès : "Nous avons le regret de vous annoncer le décès de CONCORDE. Il nous a quitté le 31 mai 2003, dans sa vingt septième année. Il a été victime de cette maladie qui frappe les grandes réalisations Françaises comme le paquebot France.

Il n’y aura ni réunion, ni cérémonie, cela a été jugé inutile. Si vous avez aimé cet avion comme tous ceux qui se sont occupés de lui - ils sont des milliers - alors gardez le dans votre mémoire et dans votre cœur. Vous avez été les témoins d’une époque révolue où la technique française rayonnait sur le monde. Aujourd’hui, nous traverserons l’Atlantique, comme il y a 28 ans, en sept heures et trente minutes !".

Adieu

Après plus de 27 ans de bons et loyaux services, en ayant transporté plus de 1.300.000 passagers, la carrière de Concorde a pris fin.

Il y a une trentaine d’années, de virulentes critiques avaient été portées (non seulement par les américains, mais par des français) mettant en doute son succès technique et commercial. À cette époque, j’avais - dans un ouvrage - répondu aux critiques faites et apporté de nombreux arguments positifs en décrivant les retombées économiques et techniques, dans le domaine des matériaux, des outillages et des méthodes, dans les équipements. Au fil des ans, j’ai continué à défendre Concorde, dans mes différents écrits. (c)

Puis, du fait de l’interdiction des américains de nous poser ailleurs qu’à New-York, le stage Concorde auquel je participais fut interrompu, pour éviter un surnombre de pilotes affectés sur cet avion. Un vrai coup de poignard au coeur ! Grande fut donc ma tristesse et ma désillusion!

C’est évidemment avec une profonde émotion - au moment où j’écris ces lignes - que je partage celle ressentie à Air France, à la suite de cette disparition anticipée de ce bel oiseau, symbole du génie des chercheurs français et anglais.

Puisque le tout premier concerné, tout en haut de la pyramide, est le président de la compagnie Air France, alors, laissons lui le mot de la fin : "Concorde, appartenant au patrimoine aéronautique de l’humanité, ne s’arrêtera pas vraiment, parce qu’il ne sortira jamais de l’imaginaire des hommes".

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a.- Résultats annuels 2002/03.

b.- Pour s’en convaincre il suffit de voir certaines émissions télévisées, lire les revues d’association (IFRAP - Institut Français pour la Recherche sur les Administrations Publiques, "Contribuables associés", etc...), ou simplement lire les rapports de la Cour des Comptes.

c- Voir ma chronique "Concorde", de février 2001.

Concorde : 30 ans de discordes
Oct 2 2001 - Le 21 Mai 1927, Charles Lindbergh traversait, pour la première fois, l'Atlantique en 33h.33 mn de vol. Aujourd'hui, Concorde fait la traversée en 3h30, soit en dix fo ... lire


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Rédigé par Jean BELOTTI le Mercredi 23 Juillet 2003
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Tags : belotti


1.Posté par yawal@infonie.fr le 03/02/2004 19:06 | Alerter
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Sauver le Concorde aurait compromis le développement de l'A380.

2.Posté par séris paul germain le 01/06/2007 09:07 | Alerter
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j'ai eu l'immense privilège de voler sur Concorde le 22 juin 1987 vol de 2 heures Bastia Baléares Bastia vol promotionnel cela reste pour moi un moment magique et inoubliable sachant que je fais parti des 1'300.000 passagers dans le monde ayant pu volé sur Concorde, et mon meilleur souvenir restera d'avoir découvert par le hublot à plus de 20000 m d'altitude au dessus de la méditerranée la courbure de notre terre, merci Concorde ,merci Air France

3.Posté par séb le 21/06/2007 20:16 | Alerter
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pourquoi le nom CONCORDE?

4.Posté par Nicolas Daum le 30/11/2007 13:31 | Alerter
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Non seulement il est exclu que je verse un euro mais j'aimerais qu'on me rembourse la subvention accordée à AF pendant une décennie pour transporter des VIP.
Le prestige? Mesurez le retour sur investissement.
Subventionnons l'hôtel Crillon, la Tour d'Argent pour services rendus au prestige de la France.

5.Posté par seris lionel le 06/10/2008 17:36 | Alerter
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avoir fait un tour dans le plus performent avion avec mon pere que je salue reste le plus beau souvenir d un voyage unique merci papa et air france

6.Posté par billet bernard le 20/11/2008 16:28 | Alerter
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je me souvient comme si c'ètait hier, du vol de ce bel oiseau au bourget, pilotè par Andrè Turcat, j'en èpprouvait un sentiment d'admiration et de fieretè pour la technologie que reprèsentait cet avion, pourquoi avoir interdit de vol concorde suite à ce crash tragique dont il n'ètait pas responsable? nos hommes politique, savent-ils apprècier la somme de travail intellectuel et pratique que cette rèalisation reprèsantait? plus rentable soit-disant, ne gaspillent-ils pas d'argent eux?? ou bien fallait-il faire plaisir à nos (alliès Amèricains) qui n'ont jamais admis de ne pas avoir su rèaliser eux meme un tel avion?

7.Posté par PAULA RAFFALLI le 03/03/2009 20:27 | Alerter
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je suis allée chercher concorde à PARIS le 21 Juin 1987 pour le ramener à BASTIA.... Ce fut le plus beau moment de mavie... je cherche des personnes qui étaient sur le vol ou qui ont assisté à notre arrivée à Bastia... je cherche aussi des photos. J'étais responsable du vol pour le compte de la société ALABA SERENA ... merci me contacter par mail paula20000@hotmail.fr

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