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Roissy Charles de Gaulle : une grande usine à gaz qui peut à tout moment se dérégler...

La chronique de Jean-Louis BAROUX




Ce qui frappe tout d’abord est l'extrême complexité de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle - Photo DR
Ce qui frappe tout d’abord est l'extrême complexité de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle - Photo DR
Rien de tel qu’une visite de l’aéroport de CDG côté coulisses, pour vous remettre les idées en place, surtout lorsqu’elle est organisée par le patron en personne Franck Goldnadel.

Bien entendu il n’était pas question de suivre le circuit des passagers que j’ai la prétention de connaître, presque par cœur, mais de voir la partie cachée ou tout au moins une toute petite partie de cet ensemble considérable.

Ce qui frappe tout d’abord est son extrême complexité. Chacune des plus petites composantes est en soi une entreprise déjà considérable.

Par exemple la caserne ou plutôt devrait-on dire les casernes de pompiers. La mission est claire, protéger les individus et si possible les matériels.
Roissy Charles de Gaulle : une belle mécanique qui peut se dérégler à tout moment

J’ai été suffisamment critique d’Aéroports de Paris pour ne pas apprécier pleinement la face cachée de ce qui ressemble tout de même à une très grande usine à gaz. Visite des coulisses

Pour cela ce département dispose de moyens considérables parfaitement performants. Les derniers camions incendie dont le coût est tout de même d’un peu plus de 1 million d’euros pièce sont une merveille d’efficacité et de rapidité.

Encore faut-il savoir s’en servir. Et pour cela il faut s’entrainer en permanence. C’est ce qui est fait et pour tout dire, on ressort de cette visite avec une confiance accrue dans les moyens mis en place qui doivent pouvoir être déployés sur n’importe quelle piste en 3 minutes maximum après l’alerte.

Voilà une des composantes de l’aéroport et non des moindres.

Mais la difficulté de gestion de cet ensemble qui s’étale sur 3200 hectares, par parenthèses cela correspond à 1/3 de la superficie de Paris, tient à la formidable diversité des métiers qui doivent se côtoyer et fonctionner harmonieusement.

Cette belle mécanique peut se dérégler à tout moment

Roissy Charles de Gaulle : une grande usine à gaz qui peut à tout moment se dérégler...
A quoi cela sert-il de faire atterrir un avion si on n’a pas à disposition les moyens de traitement ? Mais à quoi également cela sert-il si on n’arrive pas à utiliser convenablement les moyens techniques dont on dispose.

Voilà bien une équation difficile à résoudre. Le client ne peut s’en rendre compte tout comme le héros de Stendhal, Fabrice qui ne pouvait rien comprendre à la bataille de Marengo.

Le rôle du responsable de l’aéroport est de faire en sorte que tous ces fonctionnements partiels puissent se compléter et non se gêner les uns les autres. Et cette belle mécanique peut se dérégler à tout moment.

Je me demandais par exemple pourquoi les avions devaient procéder aux opérations de dégivrage près des pistes alors que, pensais-je il serait plus aisé de les faire lorsqu’ils sont en stationnement, avec des camions appropriés.

C’était oublier la dimension de l’aéroport et le temps de roulage nécessaire pour se rendre au seuil de piste (10 minutes en moyenne). Une délai suffisamment long pour que l’appareil givre à nouveau. Voilà encore un des petits aspects que le passager ne peut pas forcément appréhender.

Beaucoup de facteurs sont susceptibles de gripper ce gigantesque meccano. Un peu de brouillard et la tour de contrôle ne voit plus les avions et doit les diriger au radar, ce qui, on le conçoit est un peu plus compliqué.

L’affaire est d’autant plus difficile que Roissy travaille en système de « hub » et que l’effet dominos peut entraîner des conséquences gravissimes.

Quelques retards d’avions pour quelque raison que ce soit et le « hub » s’effondre par pans entiers, chacun entraînant des complications de plus en plus difficiles à maîtriser.

Les opérations de crise aigüe sont plutôt rares

Alors, bien sûr, tout doit fonctionner à la perfection. Et pour cela il faut être capable d’anticiper les problèmes avant qu’ils vous tombent sur la tête. L’une des composantes majeures pour la fluidité du trafic est la météo.

Que celle-ci se dégrade et les conséquences pour le trafic peuvent être terribles. C’est ainsi que au cœur de Roissy existe un système de pilotage de l’ensemble de la plateforme disposant des éléments extérieurs les plus à jour, et de la capacité de réunir tous les principaux acteurs dans un même endroit avec une coordination rapprochée et disposant de toutes les informations nécessaires.

Fort heureusement les opérations de crise aigüe sont plutôt rares, mais les incidents complexes ne le sont pas.

Je suis sorti de cette visite non pas avec plus d’indulgence pour les défauts que les clients peuvent constater, cela n’était pas le but, mais avec un respect accru pour les équipes qui ont créé la première plateforme de correspondance européenne et pour ceux qui la font fonctionner.

Franck Goldnadel a été tout à fait performant lors de son passage, hélas un peu bref à Orly, il m’apparaît bien comme un grand patron d’aéroport, capable de faire évoluer son outil qui est architecturalement très loin d’être parfait, pour qu’il soit en amélioration constante.

Dans plusieurs endroits que j’ai visités, il existe un grand écran sur lequel on voit en temps réel tous les avions en mouvement et puis à côté il y a un graphique qui montre le temps de roulage moyen des appareils et ce jour par jour.

La lecture de ces écrans en dit beaucoup plus long à la fois sur la complexité de l’exercice et sur la volonté de s’améliorer.

J’ai été suffisamment critique d’Aéroports de Paris pour ne pas apprécier pleinement la face cachée de ce qui ressemble tout de même à une très grande usine à gaz.

Je ne regrette qu'une seule chose, c’est que tout cet outil si grand, si délicat à faire fonctionner, si lourd à améliorer, ne soit pas plus connu de certains professionnels.

Puis-je suggérer à la Direction de la Communication d’Aéroports de Paris de se pencher sur le sujet ?

Jean-Louis Baroux, est l'ancien président d'APG (Air Promotion Group) et le créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) devenu le World Air Forum.

Grand spécialiste de l'aérien, il est l'auteur aux éditions L'Archipel de ''Compagnies Aériennes : la faillite du modèle'', un ouvrage que tous les professionnels du tourisme devraient avoir lu.

Les droits d'auteur de l'ouvrage seront reversés à une association caritative. On peut l'acquérir à cette adresse :
www.editionsarchipel.com

Rédigé par Jean-Louis BAROUX le Vendredi 2 Mars 2012
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Tags : adp, baroux, roissy


1.Posté par jll le 02/03/2012 10:14 | Alerter
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Pour un grand "spécialiste de l'aérien", je pense qu'il devrait savoir qu'à Roissy, toutes les approches sont effectuées au radar et non à vue même si les pilotes sont en vue des installations. Ce qui diminue la quantité de mouvements possibles sur la plate-forme par temps de brouillard est le fait que l'espacement radar entre deux avions en approche finale est pratiquement doublé pour éviter que le précédent perturbe les informations émises par l'ILS au sol et reçues dans l'avion suivant au cours des approches de précision

2.Posté par Flo le 02/03/2012 17:27 | Alerter
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"Je ne regrette qu'une seule chose, c’est que tout cet outil si grand, si délicat à faire fonctionner, si lourd à améliorer, ne soit pas plus connu de certains professionnels. "

Même si tous les professionnels pouvaient faire cette visite qui avait l'air très intéressante, cela
ne changerait pas le niveau catastrophique de cet aéroport !

Pas de signalétique viable, travaux prévus sur des tapis roulants du 20 au 24 février toujours pas terminés le 2 mars, harcèlement de "sourd et muets" au 2F et pour lesquels ADP se contente de diffuser une annonce inaudible.... Etc...

Même si les équipes d ADP font ce qu'elles peuvent, les passagers continuent à se perdre !

3.Posté par desroches le 03/03/2012 09:54 | Alerter
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monsieur Baroux est -il en campagne pour la présidence d'ADP?

4.Posté par Just Biou le 03/03/2012 15:52 | Alerter
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Merci M. Baroux.
CDG n'est pas parfait mais ne mérite absolument pas les critiques permanentes qui lui sont adressées.
L'acharnement que l'on rencontre parfois contre cet aéroport relève de la parano plus que du rationnel.
Les mille autres aéroports du monde sont-ils si parfaits ???
Il est vrai que dans le champ d'à côté l'herbe est toujours plus verte.

5.Posté par flo le 04/03/2012 19:10 | Alerter
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Et pourtant Just Biou...

Toutes les études sont là pour nous confirmer que CDG est atroce.

Rien que la signalétique est déplorable.

Je crois que notre aéroport est classé parmi les 5 plus mauvais au monde (pour des pays développés).

Bon nombre de passagers m'ont dit à bord qu'ils évitaient de passer par CDG car c'était un enfer.

Bien sur que l'on ne peut pas tout imputer à la plateforme. ADP n'est pas responsable des 3 postes de police ouverts pour 500 passagers...

Mais tout de même, il n'y a aucune cohérence, aucun confort, pas de douches (même payante sauf dans les salons), des moquettes hyper épaisses là ou justement il n'en faut pas car les passagers sont en transit avec leurs valises cabines et ça ne roule pas, un service réclamation indigne, toilettes immondes.

Il suffit de voir errer des passagers qui se sont plantés pour comprendre !

Top 10 des pires aéroports au monde : (2009)
Paris Charles de Gaulle (France)
Moscow Sheremetyevo (Russie)
New York JFK (Etats-Unis)
Los Angeles (Etats-Unis)
Delhi (Inde)
Chicago O'Hare (Etats-Unis)
Mumbai (Inde)
Manille (Philippines)
Rome Fiumicino (Italie)
Londres Heathrow (Royaume-Uni)
(Sleepinginairports.net qui note les aéroports du monte entier)

"Ce sont les voyageurs les mieux placés pour faire le classement des plus mauvais aéroports du monde. Ils ont ainsi répondu à l’étude de CNNGo (site voyages de la chaine CNN) et élu Roissy-Charles-de-Gaulle, comme le pire aéroport du monde" NouvelObs

je pense que les critiques sont justifiées, malheureusement, surtout qu'elles ne relèvent pas de passagers français... (on connait notre sens innée qui consiste a critiquer tout ce qui est français...)
Et c'est le fait que ces critiques proviennent du monde entier qui est inquiétant...

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