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Transport aérien : ça sent le sapin pour le pavillon français...

L'édito de Jean-Louis Baroux


Rédigé par Jean-Louis BAROUX le Mardi 10 Décembre 2013

Le transport aérien français va mal, il va même très mal, au point qu’il risque de mourir dans quelques années. Ce n’est pas une plaisanterie. C’est le constat qu’ont fait récemment les responsables de la FNAM (Fédération Nationale de l’Aviation Marchande) et du SCARA (Syndicat des Compagnies Aériennes Autonomes), réunis pour une fois en session commune. Ces deux organisations représentent l’ensemble du transport aérien commercial français. Leurs deux présidents, Alain Battisti pour la FNAM et Laurent Magnin pour le SCARA ont décidé de s’entendre au lieu de se faire la guerre, comme cela est arrivé par le passé. Et leur analyse a donc d’autant plus de poids.



Pourquoi n’y a –t-il pas un transporteur « low cost » en France ? Est-ce parce que le groupe Air France ne le veut pas ?   Peut-être, mais alors à quoi correspond la création de Transavia.com ? - DR : Rob Finlayson
Pourquoi n’y a –t-il pas un transporteur « low cost » en France ? Est-ce parce que le groupe Air France ne le veut pas ? Peut-être, mais alors à quoi correspond la création de Transavia.com ? - DR : Rob Finlayson
Le groupe Air France est mal en point, ce n’est un secret pour personne.

Il a entamé son redressement, mais l’exercice est laborieux et périlleux.

La diminution des effectifs ne se fera certainement pas sans conflits sociaux, en dépit des précautions et des investissements financiers de la Direction.

Le regroupement des compagnies régionales au sein de HOP est complexe, même si Lionel Guérin, le président, est un homme de dialogue et d’expérience.

Les compagnies de moindre importance, ce qui ne signifie pas qu’elles ont moins de mérite, ont beaucoup de peine à équilibrer leurs comptes, que ce soit XL Airways France, Aigle Azur voire Air Méditerranée et même Corsair.

Europe Airpost doit en deux ans faire une reconversion complète de son activité vers le transport régulier de passagers, alors que la compagnie réalise encore la très grande majorité de son activité en transportant les colis et les lettres de la Poste.

Air Corsica est, quant à elle, largement dépendante des soutiens publics affectés à la desserte de la Corse.

Les compagnies régionales elles-mêmes que ce soit Chalair ou Twin Jet sont également à la peine en dépit des aides publiques distribuées selon une loi qui date de… 1978.

Le monde a changé depuis. Il serait judicieux de s’adapter.

La législation sociale tout simplement inadaptée

Le diagnostic est finalement simple à porter. Une fois réalisées les nécessaires économies par la réduction des charges internes et la réadaptation de l’exploitation des compagnies, il restera encore un différentiel de l’ordre de 15% des charges par rapport aux transporteurs européens basés dans d’autres pays que la France.

Les charges sociales que doivent supporter ces compagnies sont tout simplement incompatibles avec la capacité de lutter contre une concurrence étrangère qui se fait de plus en plus pressante.

Et ces 15% sont nécessaires au retour, non seulement à l’équilibre, mais également à une capacité d’investissement.

Si des transporteurs étrangers peuvent venir exploiter le territoire français avec profit, il devrait être possible aux compagnies françaises de faire de même dans les pays riverains. Dans l’état actuel de la législation sociale nationale c’est tout à fait impossible.

Posons-nous quelques petites questions. Pourquoi n’y a –t-il pas un transporteur « low cost » en France ? Est-ce parce que le groupe Air France ne le veut pas ?

Peut-être, mais alors à quoi correspond la création de Transavia.com ? Est-ce parce que les français ne possèdent pas les techniques de ce type de compagnie ?
A qui fera-t-on croire cela ?

La législation sociale est tout simplement inadaptée. Pourquoi le deuxième transporteur domestique est anglais, je veux nommer easyJet ?

Parce que le modèle économique et surtout social de la compagnie permet d’attaquer le territoire de manière rentable.

Et alors pourquoi donc un transporteur français ne pourrait-il pas desservir le marché domestique allemand par exemple, avec succès ? Rien qu’à poser cette question on voit bien que cela est impossible.

La balle est dans le camp des pouvoirs publics

Alors les Pouvoirs Publics continuent à faire pleuvoir des contraintes réglementaires et des taxes nouvelles qui ne s’appliqueront que sur les compagnies hexagonales.

En échange, ils tenteront de freiner l’arrivée de compagnies étrangères en retardant l’octroi des droits de 6ème liberté aux compagnies du Golfe et en poursuivant l’absurdité de geler l’exploitation d’Orly par la limitation du nombre de mouvements plutôt que de faire baisser le niveau de bruit.

Si nous n’y prenons garde, il arrivera au transport aérien ce qui est advenu au transport maritime.

Petit à petit le pavillon français va disparaître. Et, bien entendu on accusera la conjoncture, les compagnies prédatrices et je ne sais quoi encore.

Les responsables des compagnies aériennes font de leur mieux pour se maintenir à flot.

Je connais beaucoup d’entre eux pour affirmer qu’ils ne sont ni stupides, ni autistes, certes cela a pu être le cas par le passé, ce n’est plus vrai maintenant.

Simplement ils ne peuvent pas courir aussi vite que leurs concurrents car ils ont des semelles de plomb alors que les autres sont chaussés convenablement.

La balle est dans le camp des pouvoirs publics. Ils doivent prendre résolument leurs responsabilités.

Jean-Louis Baroux - DR
Jean-Louis Baroux - DR
Jean-Louis Baroux, est l'ancien président d'APG (Air Promotion Group) et le créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) devenu le World Air Forum.

Grand spécialiste de l'aérien, il a signé aux éditions L'Archipel ''Compagnies Aériennes : la faillite du modèle'', un ouvrage que tous les professionnels du tourisme devraient avoir lu.

Les droits d'auteur de l'ouvrage seront reversés à une association caritative. On peut l'acquérir à cette adresse : www.editionsarchipel.com

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1.Posté par Martin le 13/12/2013 08:11 | Alerter
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Oui mais avec cette vision du moins-disant social consistant a devoir s'aligner a la baisse, ou devra s'arrêter la spirale infernale ? Dans une économie globalisée et avec une Europe qui exacerbe la concurrence on se demande si un jour il faudra s'aligner avec les conditions sociales de la Chine et des compagnies du Golfe... Les salariés de Ryanair et EasyJet sont heureux ? Je pose seulement la question...

2.Posté par Bernard le 13/12/2013 08:43 | Alerter
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Le gouvernement est à 2000 lieux de partager ces préoccupations. Enlever les fameuses semelles de plomb aux entreprises françaises, qui les feraient courir plus vite que leurs compétiteurs européens n'est absolument pas dans ses priorités. La preuve : Bercy veut revenir à la charge sur l'imposition de l'EBE en profitant la remise à plat de la fiscalité.

3.Posté par pas glop pas glop le 13/12/2013 09:42 | Alerter
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c'est tellement vrai !

cette analyse démontre une mort annoncée déjà depuis quelques années et les pouvoirs publics ne bougent toujours pas dans le bon sens. mais faut aussi reconnaitre que c'est aussi vrai pour l'ensemble de l'industrie touristique.

mais qui représentent notre industrie auprès de l’état ?
petite suggestion au Président du SCARA et de la FNAM (et aux Présidents des Cie aériennes)

la mutualisation des achats (pétrole, pièces avions, catering, uniformes, assistance) c'est pour quand ?

continuez de vous battre sur la partie commerciale, mais unissez vous sur la partie "achats"

4.Posté par FMC le 13/12/2013 09:44 | Alerter
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Analyse passionnante que l'on peut malheureusement transposer à bien d'autres secteurs.
Néanmoins ne faut-il pas également se poser la question de le multitude et de la taille des différents membres du "pavillon français". A-t-on autant de compagnies (petites) chez nos voisins anglo-saxons ? Pas sûr. Hors Air France, combien d'avions possèdent chacune des autres compagnie: < 10. Est-on viable à LT quand on ne peut amortir ces charges de structure sur aussi peu d'avion. Pas sûr.
Alors plutôt que de lutter chacun de leur côté (structurellement parlant) contre
- un gouvernement qui ne fait rien pour les aider,
- un environnement de moins en moins favorable à nos anciennes économies socialement structurées,
ne pourrait-on voir émerger de nos nombreuses belles (nous aussi on a de la qualité de service!) compagnies, 2/3 autres compagnies de taille moyenne plus aptes à lutter ?
Pour s'en sortir, toutes les pistes devront être explorées.

5.Posté par Serge le 13/12/2013 09:59 | Alerter
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Comme toujours une excellente analyse de JLB' les charges et les taxes sont bien trop importantes en France. La compagnie nationale fait des efforts incroyables pour arriver à être rentable. Mais tant qu il n y aura pas une prise de conscience politique, on aura un vrai problème pour maintenir des compagnies ariennes française (régulières ou low cost). Il n est point besoin de blâmer le pouvoir actuel. C est toute la classe politique qui est responsable. Les fameuses Assises devraient évoquer ce problème crucial. Un transport aérien dynamique et des aéroports moins gourmands pourraient être une part de solution

6.Posté par HARDIN le 13/12/2013 12:17 | Alerter
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http://www.tourmag.com/Transport-aerien%C2%A0-les-virages-manques-des-compagnies-aeriennes-francaises_a51739.html

7.Posté par FITOUR le 13/12/2013 20:19 | Alerter
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Avec 100 millions d'individus de classes moyennes de plus par an dans le monde, dont 20 % vont voyager, n'est-il pas opportun de mettre un peu d'ordre dans la gestion des structures aéroportuaires et des services civils d'accompagnement dont le coût est souvent 5 à 10 fois supérieur au billet d'avion ? ne serait-ce que pour maîtriser des parts de marché !

8.Posté par shammy le 14/12/2013 15:19 | Alerter
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Air France n'a besoin de personne pour s'en sortir! Qu'ils balaient d'abord devant leur porte, à payer des commandants de bord 14000 euros nets/mois, à offrir les hôtels et voitures de loc à leurs employés, des GP hallucinants et sans limite.....Elles sont bien là les économies, la concurrence a bon dos. Impossible me direz-vous ? Les salariés ne l'accepteraient pas ? Alors la compagnie nationale va couler.

9.Posté par Rémy le 17/12/2013 10:35 | Alerter
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Le produit AF ne vaut absolument rien. Non seulement ils sont bcp plus chers que les autres compagnies mais en plus la qualité est médiocre.

10.Posté par olivier le 18/12/2013 12:42 | Alerter
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Air France est de loin la seule compagnie qui tienne la route avec un personnel attentionné et qui fait des efforts considérables... Alors Messieurs arrêtez d'être jaloux des avantages des autres entreprises. Développez plutôt ce genre d'avantages dans votre propre société plutôt que de râler tel le français de base!
En tout cas je continue de voyager sur Air France et je suis toujours très bien accueilli :-)

11.Posté par decroix le 28/12/2013 14:33 | Alerter
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Il semblerait que pour relever la situation de l 'un de nos plus prestigieux fleurons français qu'est AIR FRANCE, il est très urgent qu'on se penche sur ses difficultés financières.
- Monsieur Hollande, Monsieur Montebourg , c'est vraiment urgent !
Je pense que si on remettait AIR FRANCE sur les rails, beaucoup d'autres entreprises petites ou grandes, suivraient... et la croissance aussi !
Excusez mon intrusion, mais je ne peux pas garder mes angoisses, la Compagnie AIR FRANCE mérite bien peu de compassion. Moi aussi je continue de voyager sur AIR FRANCE, ma famille aussi.

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