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Cornouailles, l’Angleterre à grand spectacle

Une bouffée de celtitude et de grands horizons


Rédigé par Jean-François RUST le Mardi 15 Août 2017

La traversée du Channel depuis Roscoff emmène dans l’extrême sud-ouest de l’Angleterre, un territoire très différent de la Bretagne. Ici règne le bocage des prairies, les haies immenses, les ports blottis, les estuaires cachés, les jardins léchés comme du gazon… anglais. Bienvenue en Cornouailles, bouffée de celtitude et de grands horizons, de caps et de havres minuscules.



Cette enfilade de ports-abris pourrait laisser croire que la côte est au final monotone. Erreur ! Les paysages sont changeants - DR : J.-F.R.
Cette enfilade de ports-abris pourrait laisser croire que la côte est au final monotone. Erreur ! Les paysages sont changeants - DR : J.-F.R.
Polperro, côte sud de Cornouailles. Un port joliment encaissé au bout d’un vallon maritime ; des maisons pieds dans l’eau, chaulées de blanc ; une minuscule criée, à l’image du village de poupée ; un ruisseau discret glissant derrière des cottages ; des mouettes criardes et voraces…

Coup de cœur pour ce port intime, incarnation du rivage de cette Angleterre où s’égrènent, invisibles depuis les terres, des escales côtières entretenues comme des reliques patrimoniales.

Il faut au moins trois jours pour profiter de ce territoire. Le granit de la pointe sud-ouest du Royaume-Uni est découpé en tant de baies, anses et estuaires que suivre le trait de côte prend un temps… victorien.

D’autant que les routes sont à l’unisson. Il n’y a que les Britanniques à savoir fondre ainsi les signes du progrès dans des paysages ancestraux. Imaginez.

Un carroyage de prairies ondulantes couturées de haies, un damier jaune-vert-brun glissant jusqu’au bord des falaises. Là, enfouies entre les talus de séparation, des routes étroites et invisibles, labyrinthe de circulation. Le dépassement y est impossible, le croisement délicat mais toujours courtois, civilité british oblige.

La végétation est parfois si dense que la route glisse dans un tunnel boisé. La vitesse est proscrite, d’autant que le parcours est parfois stoppé au bord d’un estuaire.

Il faut alors embarquer sur un bac, comme à Polruan ou à St. Mawes, l’occasion d’observer un voilier filant tranquillement vers une marina - c’est ici le royaume de la plaisance chic.

The Old Lifeboat Station

Impossible de raconter tous ces villages. De Looe à Boscastle, parcours qui englobe la pointe entière de Cornouailles, les surprises sont trop nombreuses. Résumons.

Looe se love sur les versants de la rivière éponyme, port de pêche actif aux ruelles bordées de vieilles maisons chaulées, très touristique.

Les deux rives sont reliées par un esthétique pont de pierre à sept arches. The Old Lifeboat Station (1866-1930) trône au bout du quai, preuve qu’en ces rivages tempétueux les marins aguerris savent secourir les leurs.

Fowey, elle, fait face à Polruan, posée autour de l’église anglicane St Fimbarrus et de sa tour-clocher à pinacles. A la sortie de la messe, on y croise des old ladies en jupes longues et cheveux permanentés. My God ! Le port, tout en longueur, est fort animé, bercé par le souvenir de la romancière Daphné du Maurier, qui vécut au bord de l’estuaire.

Mevagissey entre dans notre « top 3 ». Nous avons succombé au charme de ce double bassin fortifié, l’avant et l’arrière-port seulement séparés par une jetée juste assez large pour abriter la criée. A marée basse, les petits chalutiers et les barques de pêche reposent sur la vase verte, au-dessous de maisons peintes de couleurs vives. Une carte postale.

St. Ives, « Pont-Aven » des Cornouailles

St. Ives est un peu le Deauville des Cornouailles. Où plutôt son Pont-Aven.

La ville (11 000 habitants) est célèbre grâce aux peintres, séduits par la beauté des plages, la lumière atlantique et les ruelles bordées de maisons à pans d’ardoises et bow-windows.

La foule, énorme sur les quais aux beaux jours, s’y délecte de hamburgers, d’ice creams et de sundaes.

Des familles piquent-niquent sur la plage principale, entre ondées et rais de lumière. Elles sont protégées des bourrasques par des pare-vents piqués dans le sable.

Symboles de sa fibre artistique, St. Ives abrite maintes galeries et un Tate Museum, bâtiment dressé face à la plage de Porthmeor.

Villages miniatures

Sur la côte nord, deux villages miniatures méritent la visite : Boscastle et Port Isaac.

Le premier surgit après une longue route tortueuse dans un vallon forestier. L’expression « bout du monde » lui va bien. L’unique rue, en pente, encadrée de maisons de granit, est prolongée par une rivière et un bras d’estuaire serpentin, au point que l’océan reste caché du village. Une pépite.

Le second village résume à lui seul l’architecture littorale des Cornouailles : un port de poche en fond de cuvette, des maisons du 16e s. à touche-touche, une petite plage et un hangar curieusement fortifié. Celui-ci est occupé par des mareyeurs qui trient des soles et cassent des pinces de crabes au marteau.

Le tout est fréquenté par la marée touristique et dominé par un joli manoir-hôtel.

Ouvert à tous les vents

Cette enfilade de ports-abris pourrait laisser croire que la côte est au final monotone. Erreur ! Les paysages sont changeants.

La partie sud, dentelée et dense, fait place de l’autre côté à de vastes champs et des landes.

Land’s End est l’exemple parfait, plateau désolé souvent noyé dans la brume. On y croise de rares fermes grises, des pubs de hameaux et quelques gentlemen farmers, bottes au pied et casquettes anglaises sur le crâne.

Entre St. Ives et Newquay, le Mount Beacon, 192 mètres au dessus de l’océan, livre également son large mamelon, juste recouvert d’un tapis de bruyère violet ouvert à tous les vents.

Les randonneurs sont aux premières loges : le Cornwall Coast Path (258 miles) suit la ligne de côte de Plymouth à Bude, avec des passages spectaculaires. « Nous surveillons les marcheurs et les vététistes mais aussi les parapentistes et les pêcheurs », sourit Anthea Philips, jumelles pendues sur sa chemisette blanche à épaulettes, installée dans sa cabane-radio surmontée de l’Union Jack et tapissée d’une carte marine.

Volontaire au sein de la National Coastwatch Institution, elle assure des vacations pour surveiller les activités humaines.

Tintagel, associé au roi Arthur

Car cette côte présente parfois des aspects vertigineux.

A Saint-Agnès, petite anse pour surfeurs de la côte nord, les falaises blanches plongent dans l’océan. Le port a été reconstruit six fois, laminé par les tempêtes et les éboulements rocheux.

A Tintagel, village associé au roi Arthur - selon la légende, il serait né ici -, on imagine aisément que son prétendu château, ruiné au-dessus de falaises cisaillées, a subi sans répit les assauts de la houle et du vent.

Le cap Lizard symbolise cette confrontation violente entre terre et océan. Pointe la plus au sud du Royaume-Uni, célèbre comme ligne d’arrivée de nombreuses courses transatlantiques, il offre ses murailles noires et grises aux vagues bruyantes de l’English Channel.

Miracle de la nature, ce cap en dents de scie prisé par la clientèle britannique, cache aussi l’une des plus belles et secrètes plages du Royaume-Uni : Kynance Cove, sidérante de sable blanc à marée basse.

St Michael’s Mount, « Merveille » de Cornouailles

Reste à parler de St Michael’s Mount. Sa ressemblance avec la Merveille ne tient pas seulement à l’homonymie.

Cet îlot rocheux de la pointe des Cornouailles a été doté au 13e s. d’un monastère et d’une église… par les moines bénédictins de « notre » Mont St-Michel.

L’allure est plus modeste et le monastère, démantelé au 17e s., est devenu château, propriété de lord St Aubyn, yes sir !

Pas de digue comme en Normandie : on s’y rend à pied à marée basse, par une chaussée (causeway) submersible ; et en canot à marée haute.

30 personnes vivent à l’année au bas de ce caillou seigneurial, dans de petites maisons accolées à cours fermées. Elles sont employées à l’intendance du château, qui se visite.

Lors de notre passage, une maman et son jeune fils, cravate et pull en V aux armes de son école (british school oblige !), embarquaient sur une navette, chargés de sacs, habitués à cette logistique quotidienne.

Il nous a même semblé croiser l’épouse du lord, refermant la porte du jardin du château, après que les touristes aient quitté les lieux. L’ultime image d’une Angleterre singulière, prompte à préserver ses traditions et à garder intacts ses trésors.

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