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France : le tourisme, c'est trop sérieux pour être confié à un ministre...

La chronique de Gaël de la Porte du Theil


Rédigé par Gaël de la Porte du Theil le Lundi 3 Juillet 2017

Alors que certains professionnels du secteur demandent un ministre du tourisme, Gaël de la Porte du Theil, président d'Interface Tourism, s'interroge sur la nécessité d'un tel poste. Il prône davantage la création d'un Haut Commissariat qui pourrait être en mesure de travailler dans la durée et ne pas être politisé.



Un ministre du tourisme ou pas, ça n'a jamais rien changé. Pourquoi alors de nombreux professionnels sont « vent debout » pour en réclamer un dans le gouvernement Philippe ? - Photo Pixabay
Un ministre du tourisme ou pas, ça n'a jamais rien changé. Pourquoi alors de nombreux professionnels sont « vent debout » pour en réclamer un dans le gouvernement Philippe ? - Photo Pixabay
En 49 ans de carrière, j'ai connu 26 ministres ou secrétaires d'Etat en charge de ce secteur. La durée de vie de ces éminences, inférieure à deux ans en moyenne, allait de 9 jours à 4 ans et 4 mois...

Onze d'entre eux étaient uniquement en charge du tourisme, les autres cumulaient jusqu'à 7 autres secteurs de compétences.

On ne peut pas dire qu'ils ont globalement marqué, si ce n'est, pour certains, par leur totale incompétence. La palme dans ce domaine pouvant être partagée par Sylvia Pinel et Frédéric Lefebvre, surnommé "Zadig et Voltaire".

Pour ma part, quasiment un seul a réellement œuvré dans le bon sens : Jean-Jacques Descamps, qui a créé la Maison de la France, malheureusement sans qu'il puisse aller jusqu'à sa "défonctionarisation".

Dans l'ordre protocolaire des gouvernements, nos Excellences se sont régulièrement battues pour ne pas être surpassées par les anciens combattants ou le droit des femmes. On peut donc imaginer leurs poids politique !!!

Un ministre du tourisme ou pas, ça n'a jamais rien changé

Dans la majorité des cas, ils étaient choisis comme des variables d'ajustement des gouvernements, pour rééquilibrer soit politiquement, d'où le nombre important de Radicaux, ou pour des raisons géographiques, tel L. Bertrand, car il manquait un « Domtomien » !

De toutes façons, ça n'avait aucune importance. S'ils avaient en charge d'autres secteurs, le tourisme comptait alors pour du beurre !

Donc un ministre du tourisme ou pas, ça n'a jamais rien changé.

Pourquoi alors de nombreux professionnels sont « vent debout » pour en réclamer un dans le gouvernement Philippe ?

C'est certainement pour deux raisons essentielles. D'une part, culturellement, en France, on attache souvent plus d'importance à la forme qu'au fond et avoir un ministre donne l'impression que notre secteur est important.

D'autre part, nous avons toujours besoin d'un bureau des pleurs spécifique pour revendiquer, souvent à bon droit, des avantages ou modifications.

Cherchons à être objectif…

L'industrie touristique, élément essentiel de revitalisation de nos régions

Gaël de la Porte du Theil - DR
Gaël de la Porte du Theil - DR
L'industrie du luxe en France, par exemple, n'a pas de ministère spécifique, ça ne l'empêche pas d'être reconnue mondialement et de se développer.

Donc un ministère en soi, dans ses fonctions habituelles, n'a aucun intérêt.

Il en serait, en revanche, tout autrement si une structure était créée pour prendre en charge l'industrie touristique et non le tourisme, et ce n'est pas uniquement une question de sémantique.

En quoi consisterait cette structure :

- l'industrie touristique pourrait être un élément essentiel de la revitalisation de nos régions en voie de paupérisation et que l'on connaît sous le nom de la France périphérique.

Ne manquant pas de potentiel touristique, elles devraient faire l'objet de coproductions publiques/privées pour créer des produits en mesure d'attirer des clientèles françaises et surtout étrangères et ainsi développer l'emploi et fixer des populations en leur redonnant un espoir dans le futur.

La politique de développement consisterait également à repositionner toute l'offre touristique française pour qu'elle prenne en compte les nouvelles tendances des consommateurs, en particulier celles des étrangers à fort pouvoir d'achat.

Son objectif étant de donner les moyens à notre offre de générer le maximum de contributions en matière de devises et de création d'emplois.

Elle devrait, de plus, se pencher particulièrement sur la revalorisation de l'offre hôtelière de loisirs, seul type de produit d'hébergement en mesure d'opérer en saison longue et nécessitant un nombre important d'emplois.

Un Haut Commissariat plutôt qu'un Secrétaire d'Etat ou un "petit Ministre"

- une telle politique d'aménagement du territoire ne pourrait se concevoir que si elle était initiée et arbitrée constamment au plus haut niveau du gouvernement, donc cette structure devrait être auprès du Premier Ministre.

Elle devrait être de la plus haute compétence, être en mesure de travailler dans la durée, et ne pas être politisée, donc il serait souhaitable que ce soit un Haut Commissariat auprès du premier Ministre et non un Secrétaire d'Etat ou un "petit" Ministre.

Elle devrait s'affranchir, dans ses réflexions, de toutes les limites de la législation actuelle, pour être en mesure de proposer des modes de réalisation spécifiques, dérogatoires et adaptés aux écosystèmes à vocation touristique, de plus, en mesure d'être réalisées rapidement.

- Ce Haut Commissariat devrait conserver un certain nombre de fonctions actuellement dévolues au ministère du tourisme, telles que celles relatives à la réglementation et à l’octroi des licences et labels.

Pour ce qui concerne l'ingénierie, il est évident que ce serait une des fonctions essentielles de la nouvelle structure, mais pas sous sa forme actuelle. En particulier toutes les fonctions support auprès des collectivités locales devraient disparaître, il y a en effet suffisamment de bureaux d'études privés pour les réaliser.

Considérons l'industrie touristique comme un atout

La promotion internationale devrait naturellement être pilotée par cette structure. C’est un domaine, au combien sensible, qui fait l’objet systématiquement de demande d’accroissement de budget.

Il serait impératif d’analyser, avant toute décision, le montant des ressources « publiques » dont la France dispose réellement en tenant compte de celles réparties dans toutes les structures territoriales du « mille feuilles » administratif.

Une fois fait ce recensement, il serait nécessaire de repenser totalement notre politique de promotion et de marketing international afin de la rationaliser et la projeter dans la modernité.

Le domaine statistique consacré au tourisme est actuellement d'une médiocrité insigne. En dehors de permettre à nos ministres de faire des cocoricos sur un soi-disant positionnement de numéro 1 mondial, nous ne disposons d'aucunes, ou presque, données vraiment fiables et donc utilisables. Donc, un effort important devrait être fait dans ce domaine.

- Pour éviter d'alourdir ce haut commissariat, tout ce qui est du domaine du social devrait être réaffecté dans les ministères concernés. Les chèques vacances, à l’instar des tickets restaurant vers celui du travail, le tourisme social vers le ministère du même nom...

- Enfin, la transversalité des activités liées à l'industrie touristique, qui implique des relations avec certains ministères tels que ceux des transports de la culture, de l'intérieur, de l'éducation nationale ou des affaires étrangères, serait grandement facilitée du fait d'être positionnée auprès du Premier Ministre.

Ceci devrait améliorer les relations et surtout la prise en compte des besoins liés aux touristes, à leurs activités et à leur sécurité.

L'industrie touristique, c'est trop important pour être confié à un ministre...

Quant à la qualité de notre accueil ou la propreté, arrêtons d’imaginer que des campagnes gouvernementales y remédieront.

Si les Français sont conscients que l'industrie touristique leur sera bénéfique, ils sauront adapter leur comportement en conséquence. En revanche, comment les motiver quand des politiques, tel Montebourg, leur serinent que : « si on ne relance pas l’industrie, on sera condamné à faire du tourisme » !

En conclusion, faisons un vœu…

Dans la nouvelle ère Macron, peut-être serait-il enfin possible de considérer l'industrie touristique comme un de nos atouts majeurs à une époque où la mondialisation a rebattu les cartes.

Incontestablement, c'est une de nos forces, mais nous l'avons laissée en jachère pendant des lustres, préférant penser que seule la véritable industrie c'était du sérieux et que le tourisme c’était de la rigolade et que, de toutes façons, nous étions historiquement bons dans cette activité, donc qu’il n’y avait pas lieu de vraiment s’en occuper.

Selon G. Clemenceau, « La guerre ! C'est une chose trop grave pour la confier à des militaires », il en est de même pour l'industrie touristique, c'est trop important pour être confié à un ministre...

A bon entendeur...


Gaël de la Porte du Theil, président d'Interface Tourism

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1.Posté par Sophie TOULOU-WEHRLE le 04/07/2017 17:00 | Alerter
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Gaël de la Porte du Theil, président d'Interface Tourism, ne serait-il pas « En marche » vers la création d'un tel secrétariat en proposant ses services aux âmes de bonne volonté de le rejoindre dans ce projet? Faire la promotion d'une destination ou de la filière professionnelle du tourisme après-tout c'est la même démarche, non?

Comme il le précise, cela implique « la transversalité des activités liées à l'industrie touristique, les relations avec certains ministères tels que ceux des transports, de la culture, de l'intérieur, de l'éducation nationale ou des affaires étrangères. »

Personnellement, je trouve cette idée très intéressante et très innovante d'autant plus que c'est une ouverture pour une vraie collaboration à l'international. Enfin une vraie transversalité qui peut dépasser les frontières pour un intérêt commun: partager notre sens de l'hospitalité pour le plus grand plaisir des voyageurs et des professionnels de la filière du tourisme.

Parler du tourisme en France alors qu'il est aujourd'hui possible de visiter presque le monde entier en moins de temps que de faire un Paris-Marseille, n'est plus suffisant mais cela pourrait être une ouverture sur le potentiel d'alliance existant, en proposant des tours et voyages combinés avec des destinations voisines.

Cela rapporterait davantage de vendre la France non seulement comme une destination originalement unique mais aussi comme proche d'autres destinations aux opportunités tout à fait complémentaires comme par exemple le Royaume-Uni et en particulier l’Angleterre avec l’Eurostar.

Les mairies de Londres et Paris ont déjà amorcé le rapprochement. En août dernier Sadiq Khan, était de passage à Paris pour rencontrer son homologue parisienne, Anne Hidalgo et pour évoquer l’avenir commun des deux capitales, à la suite du Brexit.

Le potentiel des transports mis à la disposition des français et des touristes y séjournant (Eurostar, Eurotunnel, ferry, lignes aériennes) ainsi que les liens européens ou non entre les pays voisins en seraient ainsi valorisés. Ce serait en quelque sorte une démarche de paix dans une Europe qui se cherche un second souffle ...

L'alliance touristique Franco-Anglaise en période de Brexit pourrait être un premier pas...avec 700 000 français en Angleterre et le séjour des plus grosses fortunes du monde entier à Londres, ce projet pourrait s'avérer financièrement très rentable. Et d'autres pays liés au développement des lignes Eurostar pourraient en profiter également.

A E-Voyages Group - DMC anglais créé par une française et à l’équipe 80% francophone - nous sommes partants pour étudier la question avec plaisir!

2.Posté par Jean-Claude MORAND le 04/07/2017 17:39 | Alerter
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OK pour l'industrie touristique même si je ne saisi pas très bien la nuance sémantique. Vous est-il aussi possible d'expliquer la différence conceptuelle entre ATOUT France et le Haut Commissariat que vous proposez ?
Pour ma part, je pense que notre pays à besoin d'un(e ) leader dont la principale mission sera de fédérer les très nombreux acteurs autour d'un certains nombres d'actions. En cela, la comparaison avec l'industrie du luxe me semble difficile. Pour faciliter l'obtention de ce leadership, des compétences sont bien entendu essentielles, mais la visibilité d'un poste l'est également.

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