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Les "collarless workers" : les nouveaux précaires de l’industrie touristique

La chronique de Josette Sicsic (Touriscopie)


Rédigé par Josette Sicsic le Vendredi 4 Septembre 2015

On connaissait les "blue" et les "white collars" : des salariés comme vous et moi, travaillant dans le secteur secondaire et primaire, mais dotés de droits, encadrés, protégés… On devrait connaître les "collarless". Des travailleurs sans "cols" du tout, utilisés par des start-ups géantes et peu scrupuleuses, dont beaucoup opèrent dans le secteur touristique. De quoi s’agit-il ?



La génération Y ne manque ni d’énergie, ni d’idées pour s’inviter au festin de la disruption et y réclamer sa part de gâteau. Mais, derrière ces écrans de dollars, parle-t-on beaucoup de ces milliers de travailleurs utilisés par les start-ups planétaires pour faire tourner leurs gigantesques machines ? - DR : Fotolia/fotodesign-jegg.de
La génération Y ne manque ni d’énergie, ni d’idées pour s’inviter au festin de la disruption et y réclamer sa part de gâteau. Mais, derrière ces écrans de dollars, parle-t-on beaucoup de ces milliers de travailleurs utilisés par les start-ups planétaires pour faire tourner leurs gigantesques machines ? - DR : Fotolia/fotodesign-jegg.de
L’actualité de l’été a été portée par quelques bonnes et mauvaises nouvelles en géopolitique, démontrant l’instabilité du monde dans lequel nous vivons.

Du nucléaire iranien aux attentats tunisiens, en passant par le drame des migrants en Méditerranée et le cortège de tragédies personnelles qu’il sous entend, ce monde n’est avare ni de petits, ni de grands événements.

Entre crise grecque et météo, entre excellents résultats touristiques et crise boursière en Chine, on a aussi beaucoup - beaucoup trop ? - glosé sur le triomphe de la share economy et sur les levées de fonds spectaculaires qu’elle occasionne.

Et l’on a beaucoup écrit et parlé des déconvenues d’Uber face à la fronde des taxis français.

Partagés entre admiration et rancœur, on a mis simultanément en valeur des capitalisations dépassant l’entendement, déchaînant le déferlement de jeunes geeks vers la Net economy.

Pressée de faire fortune, il est clair que la génération Y ne manque ni d’énergie, ni d’idées pour s’inviter au festin de la disruption et y réclamer sa part de gâteau.

Ces drôles d’indépendants intermittents !

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Mais, derrière ces écrans de dollars, parle-t-on beaucoup de ces milliers de travailleurs utilisés par les start-ups planétaires pour faire tourner leurs gigantesques machines ?

Qualifiés d’indépendants, donc traités comme tels, avec tout ce que cela implique d’absence de protections sociales et de droits, ces nouveaux précaires ne sont pas aussi satisfaits de leur job qu’on veut bien le dire.

D’ailleurs, aux USA, ils sont montés au créneau. Et, en Californie, défendus par l’avocate Shannon Liss-Riordan, ils pourraient bien obtenir gain de cause.

Redoutable, cette avocate qui a déjà remporté une victoire contre FedEx, exige que les chauffeurs d’Uber soient reconnus comme des salariés, avec tout ce que cela implique de droits.

De quoi faire trembler le géant et son modèle économique basé sur un étrange statut de "plate-forme de mise en relations".

Chez Uber et tant d’autres start-ups moins populaires, on ne se reconnaît pas comme employeur. On se contente de "connecter" une offre avec une demande, des utilisateurs avec des prestataires.

Et, bien évidemment, on argumente sur le taux de satisfaction massif remporté par cette formule auprès de travailleurs, heureux d’arrondir leur fin de mois !

Le progrès technique pour remplacer les travailleurs

Bien évidemment, des start-ups comme Lyft ou dans un autre secteur, Taskrabbit, qui fournit de la main d’œuvre domestique, sont dans le même cas.

Et à des échelles plus réduites, les start-ups positionnées sur la mise en relation de "local guides" ou de personnel de ménage pour les offreurs de logements privés, de type Airbnb, en font autant.

S’appuyant sur le statut d’auto-entrepreneur réclamé à leur personnel, elles évitent soigneusement les affres des dépenses sociales !

Mais la fête pourrait bien tourner court. Car, malgré la pénurie d’emplois, nos pays ne sont pas totalement prêts à sacrifier 150 ans de luttes sociales.

Sans doute n’a-t-on pas envie non plus de créer des masses de travailleurs précaires en passe de détruire les emplois de travailleurs "réels", salariés par des entreprises bien "réelles" aussi, dont les cotisations alimentent les caisses de l’Etat providence.

Pour l’économiste Daniel Cohen, qui vient de publier un excellent ouvrage intitulé Le monde est clos et le désir infini, le progrès technique vise essentiellement à remplacer les travailleurs.

L’industrie touristique en permanence sur la corde raide

D’où les risques de tassement chronique de la croissance. Non content de remplacer les salariés, on les précarise aussi.

Et, l’industrie touristique - qui avait déjà ses précaires : les "saisonniers", est en première ligne dans ce nouveau basculement du monde, du fort mauvais côté.

A trop faire briller les paillettes de la technologie et spéculer sur les capitalisations de ces nouvelles multinationales dont les patrons portent jeans, baskets, Google glasses et Apple watches, on envoie peut-être dans le mur des milliers de jeunes et on déséquilibre un secteur industriel qui n’en avait pas besoin.

En permanence sur la corde raide, l’industrie touristique devrait peut-être faire le tri et redécouvrir ses fondamentaux, ses hôteliers, ses hébergeurs, ses transporteurs.

Ceux qui font tourner ses machines et assurent des emplois plus dignes de ses ambitions…

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Tags : sicsic
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