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Tharith Tep : après un double AVC, il réinvente le voyage avec Le Monde en Fauteuil

Pour commencer, le tour-opérateur privilégie la France


Entrepreneur du tourisme en ligne et du voyage d’affaires, Tharith Tep a vu sa vie basculer après un double AVC en 2017. Devenu paraplégique et confronté aux difficultés d’accès aux vacances, il a créé avec son frère, Rithy Tep, Le Monde en Fauteuil, un tour-opérateur spécialisé dans les séjours adaptés aux personnes en fauteuil roulant. Un projet qui associe son expérience du tourisme à une ambition : permettre à chacun de continuer à voyager.


Rédigé par le Vendredi 23 Octobre 2026 à 07:22

Après un double AVC,  Tharith Tep (à droite) et son frère Rithy Tep ont créé, en 2024, le tour-operateur Le Monde en Fauteuil. @rush up
Après un double AVC, Tharith Tep (à droite) et son frère Rithy Tep ont créé, en 2024, le tour-operateur Le Monde en Fauteuil. @rush up
Avant de se lancer dans le tourisme accessible, Tharith Tep a connu les débuts du voyage en ligne, les ambitions des start-up de la fin des années 1990 et le développement du tourisme d’affaires. En 1997, il crée jadore.com, un portail touristique qui permet notamment de réserver des hôtels et des billets en ligne.

« À l’époque, Internet commençait à se développer. On voulait devenir l’AltaVista du tourisme », raconte Tharith Tep. Le projet attire des investisseurs et l’entreprise lève 22 millions de francs. L’équipe atteint jusqu’à 80 salariés. Mais l’entrée en Bourse, envisagée au début de l’année 2000, est repoussée. La bulle internet explose. Un autre événement vient mettre à mal l’entreprise : les attentats du 11 septembre 2001.

« Après le 11 septembre 2001, on est passé de 100 000 clients à zéro », se souvient Tharith Tep, le co-fondateur du Monde en Fauteuil, évoquant une période particulièrement difficile pour le secteur.

Après cette première aventure, Tharith Tep se tourne vers le voyage d’affaires. En 2003, il crée Conferencia Travel, une entreprise spécialisée dans l’hébergement des participants aux congrès et événements professionnels.

L’activité se développe notamment à Monaco, où l’entreprise passe de 500 à 2 200 chambres, avant de s’étendre à Nice, Menton et Cap-d’Agde. Au total, elle gère jusqu’à 3 000 chambres pour accueillir quelque 10 000 médecins et participants à des congrès.

Mais, là encore, les événements viennent bouleverser la trajectoire de l’entrepreneur.

« J’étais prisonnier de mon corps »

En 2017, un double AVC bouleverse cette fois sa vie personnelle. Tharith Tep se retrouve en fauteuil roulant et doit interrompre son activité professionnelle. Commence alors une longue période de rééducation, qui durera 1 170 jours, soit plus de trois ans.
« Pendant presque trois mois, j’étais prisonnier de mon corps. J’entendais, je ressentais les choses, mais je ne pouvais ni bouger ni parler », confie Tharith Tep.

À cette épreuve s’ajoutent les difficultés concrètes du quotidien, notamment pour trouver un logement adapté. Le voyage, lui aussi, semble désormais difficile à envisager. Pourtant, c’est au cours de cette période que germe l’idée d’un nouveau projet professionnel.

« À l’hôpital, je rencontrais beaucoup de personnes en situation de handicap. Elles me disaient qu’elles ne partaient plus en vacances, qu’elles ne voyageaient plus », raconte le co-fondateur du Monde en Fauteuil. Une situation qui le marque, lui qui a consacré une grande partie de sa carrière au tourisme.

Un séjour à Londres, organisé avec son kinésithérapeute, lui fait mesurer combien le voyage peut contribuer au bien-être et à la reconstruction. Il observe aussi les aménagements et les solutions qui facilitent les déplacements des personnes en fauteuil roulant.

Sa rééducation prend fin en août 2020, le mois suivant il se rend au salon IFTM. Les retrouvailles avec les professionnels du secteur le confortent dans son envie de reprendre une activité. « J’ai été très touché par l’accueil de mes collègues. Beaucoup m’ont soutenu », confie Tharith Tep. L’un d’eux lui lance alors une phrase qui reste gravée dans sa mémoire : « Le tourisme pour les personnes handicapées, je pense que c’est une autoroute. »

Des séjours en petits groupes pour lever les obstacles

Avec son frère, Rithy Tep, issu du conseil, Tharith Tep crée Le Monde en Fauteuil en 2024. Le principe : proposer des séjours conçus pour les personnes en fauteuil roulant, en tenant compte de leurs besoins de mobilité, de leur rythme et de leur confort.

« Le problème, ce n’est pas seulement de trouver une chambre adaptée. Il faut penser à l’ensemble du séjour , explique Tharith Tep. L’accès au restaurant, au bar, aux activités et aux transports doit être anticipé. »

Le transport constitue d’ailleurs l’un des principaux freins. Pour commencer, le tour-opérateur privilégie la France, afin de limiter les difficultés liées à l’avion et les risques de détérioration ou de perte d’un fauteuil roulant. Il travaille avec AMC Transport Express, un prestataire spécialisé capable de transporter plusieurs personnes en fauteuil électrique.

Cette contrainte influe directement sur la taille des groupes, limitée à quatre voyageurs. « On ne peut pas emmener quinze personnes si on n’a pas les moyens de les transporter et de les accueillir correctement », souligne Tharith Tep. La disponibilité des chambres accessibles impose également de rester sur des effectifs réduits.

L’offre comprend des séjours de trois jours et trois nuits ou de cinq jours et cinq nuits, avec plusieurs destinations françaises, notamment la Normandie, le Morbihan, le Beaujolais, Lyon, la Champagne, la Côte d’Azur et la Corse. D’autres projets sont à l’étude.

Le programme est construit pour éviter de multiplier les activités et les déplacements. Ateliers sensoriels, cuisine, dégustations, promenades, spectacles ou concerts peuvent être proposés, avec généralement une activité le matin et une autre l’après-midi.

« Il faut respecter le rythme de chacun. La fatigue peut arriver plus vite, donc on ne peut pas remplir les journées comme dans un voyage classique », explique le co-fondateur du Monde en Fauteuil. L’objectif est de permettre aux participants de profiter de leur séjour sans transformer chaque sortie en épreuve.

Selon les besoins, l’accompagnement peut également faire appel à des professionnels de santé ou à des auxiliaires de vie. « L’enjeu est de prévoir les aides nécessaires sans imposer le même dispositif à tous les voyageurs », explique Rithy Tep, co-fondateur du Monde en Fauteuil.

Développer les ventes et rendre les séjours plus accessibles

Le Monde en Fauteuil a organisé un premier séjour à Reims, autour du festival des Flâneries musicales et d’un concert-pique-nique au parc de Champagne. Une première étape pour éprouver le concept et ajuster l’organisation.

En 2026, l’entreprise cherche à élargir sa clientèle, notamment en s’adressant aux comités sociaux et économiques (CSE) et aux collectivités. Ces acteurs peuvent référencer les séjours et, selon leurs politiques sociales, contribuer à leur financement.

Rithy Tep indique avoir contacté environ 500 CSE. Il souligne toutefois que les dispositifs d’aide varient considérablement d’une structure à l’autre : certains ne disposent pas d’une enveloppe spécifique au handicap, tandis que d’autres proposent des chèques-vacances ou prennent en charge une part importante du séjour.

Pour faciliter le départ des personnes disposant de revenus plus modestes, un fonds de dotation a également été créé en 2025. Il doit permettre de mobiliser des dons afin de financer une partie du coût des séjours, avec un objectif de prise en charge supplémentaire de l’ordre de 20 à 25 %, selon les fonds collectés et les critères d’attribution.

« L’idée, c’est que le prix ne soit pas un obstacle supplémentaire, explique le co-fondateur du Monde en Fauteuil. Le fonds a aussi vocation à soutenir des initiatives plus larges en faveur du tourisme accessible, notamment par la sensibilisation et la formation des professionnels à l’accueil des personnes en situation de handicap. »

À plus long terme, le duo envisage de développer des séjours à l’étranger, notamment en Espagne et au Portugal, ainsi que des croisières fluviales.

Après avoir longtemps contribué au développement du tourisme en ligne et du voyage d’affaires, Tharith Tep entend désormais mettre son expérience au service d’un public encore trop souvent confronté à des obstacles. « Le tourisme est un plaisir que j’ai envie de partager », conclut Tharith Tep. Une façon, aussi, de rendre à un secteur qui l’a soutenu lorsqu’il a dû réapprendre à vivre autrement.


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