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Philippe Richard : "Notre civilisation est à un point de bascule..."

L'édito du Rédacteur en chef de mai du MemberShip Club



Nous vivons une époque vraiment passionnante avec plusieurs épées de Damoclès au-dessus de nos têtes. La première épée reste évidemment la crise du Covid 19 qui n’est pas encore terminée. Qui peut aujourd’hui prévoir quelle sera la situation à l’automne 2022 ?


Rédigé par Philippe Richard le Jeudi 16 Juin 2022

"Les TO et les agences subissent une pression grandissante des voyageurs pour proposer des tarifs compétitifs et instantanés. Aussi, ils tendent de plus en plus à s’intégrer avec ces services banks et à diminuer leur part d’achat chez les réceptifs dans les destinations..."
"Les TO et les agences subissent une pression grandissante des voyageurs pour proposer des tarifs compétitifs et instantanés. Aussi, ils tendent de plus en plus à s’intégrer avec ces services banks et à diminuer leur part d’achat chez les réceptifs dans les destinations..."
Nous intégrons chaque jour un peu plus les réalités du changement climatique dans notre quotidien et son évolution plus rapide que prévu.

Enfin, depuis quelques semaines, nous assistons à la mise en place d’une nouvelle ère de tension géopolitique entre le camp des pays alignés sur la Russie et la Chine, d’un côté, et le camp des pays alignés sur les puissances occidentales, de l’autre.

La guerre en Ukraine et les tensions très fortes entre la Chine et Taiwan montrent à quel point notre civilisation est à un point de bascule. Et le tourisme dans tout cela ? Après ce tableau, le voyage peut paraître bien futile, non vital et donc quantité négligeable.

Néanmoins, il reste essentiel car c’est un puissant vecteur de compréhension et de lien entre les peuples. Nous sommes par nature une profession qui accepte et s’enrichit des différences.

Aujourd’hui, les voyageurs, conscients de l’impact du secteur (8% des émissions mondiales de CO2) aspirent à une nouvelle façon de voyager. En effet, 80% des voyageurs internationaux souhaitent faire du tourisme durable une priorité.

56% souhaitent vivre des expériences authentiques et représentatives de la culture de la destination. 71% veulent que leur argent profite aux locaux et enfin 80% estiment que la responsabilité de réduire l’impact du secteur revient aux professionnels du tourisme. (*)

Le tourisme de demain sera donc durable ou ne sera pas. La durabilité est le nouveau standard qui donnera aux professionnels un avenir viable. Nous devons agir, changer nos modes de fonctionnement, nos productions et privilégier la collaboration, la transparence et l’intégrité. En effet, rappelons-le, 8 voyageurs sur 10 manquent d’informations sur le tourisme durable.

Cette méconnaissance pousse, à court terme, certains acteurs à surfer sur la vague du voyage responsable, en repeignant simplement en vert leur façade et en lançant quelques produits éco responsables sur-marketés.

(*) Etude Booking The Future of Travel menée auprès de 24000 voyageurs et 31 pays (2021)

Le tourisme en pleine évolution et en pleine mutation.

C’est la tentation du Green Washing. Le risque est grand que ces quelques tentatives débouchent finalement sur un Travel Bashing. Il est donc de notre responsabilité en tant qu’acteur de la filière, chacun à notre échelle, de nous engager dans une vraie démarche de certification durable en toute transparence avec les voyageurs.

La posture de certification durable oblige chaque entreprise à intégrer toutes les dimensions de la durabilité (environnementales, sociales et sociétales) au cœur même de sa stratégie entrepreneuriale et à élaborer des produits touristiques réellement plus respectueux des femmes, des hommes et de l’environnement.

Les voyageurs sont des personnes intelligentes, instruites et curieuses qui appellent cette démarche et souhaitent voyager « en conscience ». Tout le monde appelle de ses vœux des voyages plus longs, plus authentiques, moins fréquents et moins émetteurs de CO2. Cela ressemble beaucoup à un appel à plus de sobriété.

Pour les agences réceptives, artisans du voyage dans les destinations, la désintermédiation continue son œuvre de façon inéluctable et ne facilite pas la transition vers un tourisme authentique et plus responsable.

Aujourd’hui tous les services terrestres ont été désintermédiés avec des « Service Bank » mono-service (hôtels, transferts, location de voiture, guides indépendants, excursions à la journée, billetterie etc…). Ces plateformes facilitent l’accès à une offre pléthorique et réservable instantanément mais elles contribuent également à standardiser le voyage et en faire un produit de consommation vide de sens.

Les Tour Opérateurs (TO) et les agences, eux, subissent une pression grandissante des voyageurs pour proposer des tarifs compétitifs et instantanés. Aussi, ils tendent de plus en plus à s’intégrer avec ces services banks et à diminuer leur part d’achat chez les réceptifs dans les destinations. La réservation d’hôtels est le service qui est le plus désintermédié avec une comparaison quasi systématique entre les tarifs des Bed Banks B2B, les tarifs des hôtels en direct et les contrats du réceptif.

La désintermédiation continue du tourisme

Le cercle vicieux s’engage alors : les revenus des réceptifs diminuent dans les destinations (privés de l’hébergement notamment), leur rentabilité et leur capacité à investir dans des nouveaux produits et services également. Ayant une capacité d’investissement réduite, le réceptif ne peut plus innover et proposer des produits inédits et différenciants, et encore moins investir dans sa transition durable.

Si la tendance s’accentue, les TO iront acheter directement auprès des excursionnistes locaux par le biais de Service Banks comme Viator ou Bokun. Les TO ne pourront plus se différencier des “service banks” qui deviendront leur source principale d’approvisionnement.

Les voyageurs le comprendront vite et se détourneront graduellement des offres des TO. Aujourd’hui, il est nécessaire et vital de digitaliser la supply et la distribution des réceptifs dans la filière. Les réceptifs ont besoin d’une solution techno qui digitalise leur activité, pour leur permettre de gagner en productivité et qui les connecte à leurs partenaires naturels, les Tour Opérateurs. Tous deux pourront ainsi réserver instantanément des voyages plus authentiques et plus durables. Cette solution permettrait alors de réintermédier la filière Hôtels - Réceptifs - TO - Voyageurs.

Cette solution faciliterait également la valorisation des engagements environnementaux et sociaux des prestataires locaux, en toute transparence, depuis le réceptif, jusqu’au voyageur, en passant par le TO.
Ce serait l’alliance de la technologie, qui donne accès à l’instantanéité, et du sens, qui permet de créer des expériences de voyages authentiques et respectueuses des femmes, des hommes et de l’environnement. Ce serait une solution qui, plus que de connecter des plateformes entre elles connecterait des individus. Et ce faisant, faciliterait la transition écologique et sociale du secteur de la destination jusqu’au marché.

Cette plateforme, nous l’avons développée : c’est KOOB (BooK à l’envers pour “a different way to book”), que nous lançons aujourd’hui afin d’influencer la filière et de co-construire ensemble un tourisme plus durable, plus authentique, plus transparent et plus instantané.

En tant qu’homme, je suis avant tout un père et ensuite un entrepreneur. Je suis profondément attaché au tourisme et je me sens pleinement responsable de ma contribution au monde de demain. Quelle contribution voulons-nous apporter modestement à ce monde dans lequel mon fils et nos enfants devront vivre ?

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