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Voyage d’affaires en 2027 : la croissance du marché sera portée par la hausse des prix

Un volume d’affaires estimé à 32,7 milliards d’euros en 2027 (+3,5%)


Alors que la demande française pour les déplacements professionnels devrait afficher une stabilité l’année prochaine, les incertitudes géopolitiques se traduiront par une nouvelle hausse des prix. De quoi pousser les fournisseurs et les distributeurs à poursuivre leurs transformations, et amplifier le mouvement de consolidation pour répondre aux enjeux technologiques et sécuritaires.


Rédigé par le Jeudi 17 Septembre 2026 à 17:20

Le baromètre du voyage d'affaires, lors du salon IFTM. Photo: TB
Le baromètre du voyage d'affaires, lors du salon IFTM. Photo: TB
Devenu un rendez-vous immuable, le baromètre annuel IFTM-EPSA du voyage d’affaires est attendu avec impatience par les agences spécialistes du voyage d’affaires et les entreprises.

Dans un contexte de tensions géopolitiques et économiques, la salle de l’IFTM était bien garnie en ce 16 septembre, pour la présentation de l’édition 2026/27.

Les prévisions sont d’autant plus difficiles que les incertitudes de 2026 risquent de se poursuivre en 2027, avec un petit supplément : les élections présidentielles et sans doute législatives en France !

C’est dont avec beaucoup de prudence que le cabinet de conseil en déplacements professionnels EPSA a dévoilé ses pronostics.

L’année 2026 devrait s’achever sur un marché français du voyage d’affaires de 31,6 milliards d’euros, en progression de 2,3%. Pour 2027, EPSA prévoit 32,7 milliards d’euros, en croissance de 3,5% par rapport à 2026.

Interrogation sur les prix de l’aérien

Cette tendance est toutefois en trompe-l’œil alors que la prévision de croissance du PIB français pour 2026 a été abaissée à 0,4% par la Banque de France, qui espère une légère reprise en 2027, à 0,9%.

La croissance du marché du voyage d’affaires devrait en effet être largement tirée l’inflation, quand « la demande devrait afficher une quasi-stabilité, avec -0,2%. Depuis 2020, clients et fournisseurs ont appris à composer avec les crises qui se succèdent » commente l’EPSA.

La plus grande incertitude réside dans les prix de l’aérien, alors que le prix du kérosène flambe à nouveau et que les compagnies achètent leurs stocks de carburant pour l’année prochaine.

EPSA estime que les prix de l’aérien pourraient bondir entre 3,7% et 4,4% au niveau mondial en 2027, et entre 4,2% et 4,5% sur le seul marché domestique, avec un indice de confiance sur cette prévision de seulement 6/10 tant les incertitudes persistent.

Le coût du carburant en progression de 53 % !

Déjà sur le premier semestre 2026 versus 2025, les prix du long courrier se sont envolés de 4,8%, contre 1,9% pour le moyen-courrier et 2,6% en France, du fait du prix du kérosène bien sûr (le coût en carburant par heure de vol pour un Airbus A320 néo a augmenté de 53% en septembre comparé à janvier 2026) mais aussi de la hausse des taxes aéroportuaires.

Il faut y ajouter une demande internationale toujours forte mais « avec des comportements d’achat qui ont changé pour les entreprises, à travers des réservations plus tardives » constate David Marey chez Air France.

A noter aussi la pénétration de NDC qui demeure faible : « environ une réservation sur trois en France est réalisée par ce biais pour le voyage d’affaires chez Air France, contre 60% pour le loisir. Il faut poursuivre le travail de pédagogie » ajoute-t-il.

Lire aussi : Voyage d’affaires : comment les travel managers revoient leurs critères pour maîtriser les coûts

La mutation du ciel européen s’accélère

Au final, le trafic aérien pour l’ensemble de l’année 2026 devrait atteindre 5,1 milliards de passagers dans le monde. Même si en France, il recule légèrement de 0,8% au premier semestre.

Dans ce contexte, IATA s’attend à une baisse de 50% des bénéfices des compagnies aériennes en 2026, avec à la clé une poursuite de la consolidation du ciel mondial.

Rien qu’en Europe, le groupe Lufthansa contrôlera 90% de l’italienne ITA Airways début 2027.

Le fonds d’investissement américain Apollo a mis la main sur easyJet en août dernier et l’entrée d’Air France-KLM ou Lufthansa au capital de Tap Portugal, dans le cadre de la privatisation de cette dernière, devrait être validée dans les prochains mois.

Train : la concurrence se fait attendre

Pour le train, la progression des prix en 2027 devrait être plus contenue, entre 1,4% et 1,7% en France, et entre 1,8 et 2,2% en Europe.

En cause, l’augmentation du coût des péages pour l’utilisation des infrastructures et une hausse de la demande qui se poursuit, avec le besoin des entreprises de décarboner leurs déplacements professionnels.

Et ce alors que l’augmentation de l’offre patine : l’ouverture à la concurrence, qui pourrait influer sur les prix, tarde à se mettre en place. Sur Paris-Lyon, l’arrivée de Trenitalia s’est traduite par une hausse de trafic de 20% en six ans, pour une baisse du prix moyen de -10%.

Et les TGV de nouvelle génération promis par la SNCF entre Paris et Marseille pour les JO de 2024, aux capacités plus importantes, se font toujours attendre. Le transporteur espère désormais une mise en service avant la fin de l’année.

Dix rames ont été livrées à ce jour (sur un total de 115 commandées) mais des problèmes techniques retardent leur mise en service commerciale.

Sur l’ouest (Bretagne, Bordeaux…), il faudra attendre au moins 2028 pour que la concurrence influe éventuellement sur les prix, avec les premiers trains de la nouvelle compagnie Velvet qui vient d’obtenir sa licence d’exploitation et a commandé 12 rames.

Hôtels: la nécessaire anticipation

Dernier élément majeur pour les dépenses professionnelles des entreprises : l’hôtellerie. EPSA anticipe une évolution des prix comprise entre 1,7% et 1,9% pour la France en 2027, 3,1 et 3,7% en Europe et 1,9% et 2,4% pour le monde, portée par une solide demande internationale.

La durée moyenne de séjour dans le voyage d’affaires reste stable depuis 2024, à 1,8 jour, avec un prix moyen corporate de 130,8 € (stable vs 2025).

Soucieuses de mieux maîtriser ce poste, les entreprises et TMC (travel management company) ont compris l’intérêt qu’elles avaient à anticiper les réservations quand elles le pouvaient pour obtenir de meilleurs tarifs. En 2026, l’anticipation moyenne était de 17 jours.

Pour autant, de nombreux éléments extérieurs compliquent la donne et doivent inciter les travel managers à réaliser une veille toujours plus attentive : organisation de salons ou d’événements (notamment sportifs ou concerts) qui font flamber les prix.

Céline Dion booste la fréquentation des hôtels parisiens

C’est le cas actuellement à Paris avec Céline Dion, qui a fait bondir les taux d’occupation de 15 à 20 points. Et à Barcelone, la régulation des logements de type Airbnb se traduit par des tensions sur les prix dans les hôtels (tarif corporate en hausse de 20% au premier semestre, avec une nuit à 227 €).

Par ailleurs, les fluctuations sont importantes selon les villes d'un même pays, et les tarifs corporate négociés n’évoluent pas toujours comme les tarifs publics, selon les stratégies des hôtels et les négociations.

A Paris, ville la plus chère de France, le prix moyen d’une nuit corporate avec petit déjeuner a augmenté de 2% au premier semestre 2026 (à 178 €), quand le prix public diminuait de 1,5% (265 €). A Lyon (qui accueillait le salon Sirha du food service et de l’hospitalité en 2025 mais pas en 2026) ou Toulouse, la situation est inversée.

Lire aussi : « Gig tripping », le voyage musical qui fait rêver les professionnels

Amex GBT/CWT : la fusion qui rebat les cartes

Enfin, dans ce contexte toujours incertain, la consolidation est également de mise chez les TMC, pour mieux contrôler les coûts et fournir un service global à leurs clients.

Le rachat de Carlson Wagonlit Travel (CWT) par Amex GBT en 2025 a donné naissance à un nouveau géant, dont le volume d’affaires devrait passer de 31 milliards d’euros l'année dernière à 44 milliards (intégration de CWT incluse) cette année.

Il faut y ajouter l’alliance signée entre AMEX GBT et SAP Concur en 2025, avec le lancement de l’offre « Complete », une nouvelle solution codéveloppée et reposant sur l’intelligence artificielle, qui permet de combiner réservations, services, paiements et gestion des dépenses.

Loin derrière, le top 5 des TMC inclut BCD Travel (21 milliards), Navan (7,8 milliards), Flight Centre Travel Group (7,7 milliards) qui détient FCM Travel en France et CTM (6 milliards) selon le classement établi par EPSA.

De nouveaux rachats en projet ?

Le géant né du rapprochement entre Amex GBT et CWT peut toutefois faire peur et se traduire par de nouvelles opportunités, avec certaines entreprises effrayées par un tel fournisseur ou la fusion des deux.

« Après une année d’observation, nous sommes sollicités pour des appels d’offre de multinationales et des entreprises du CAC 40. Et alors que la norme était jusqu’à présent des contrats de trois ans, on constate une nouvelle tendance pour des contrats plus longs, de 3 à 5 ans » commente Christophe Hamonic, DG de FCM Travel France (240 M€ de volume d’affaires pour l’exercice 2025/26).

Ensemble, les cinq leaders ne pèsent toutefois que 5,3% de la gestion des dépenses mondiales de voyages d’affaires (estimées à 1600 milliards d’euros en 2025), laissant la porte ouverte à de nouveaux entrants entièrement digitaux et à de nouveaux rapprochements.


Conseils, sécurité, protection des données…

Ainsi le groupe Marietton Développement envisage des acquisitions de TMC à l’étranger d’ici la fin de l’année, notamment aux Pays-Bas, en Italie et au Portugal, afin de renforcer son positionnement européen et mieux servir ses clients.

Lirea aussi : Marietton : des acquisitions de TMC attendues d’ici peu


Car les entreprises réclament de nouveaux engagements et services des TMC, qui nécessitent des moyens importants. « Elles souhaitent des conseils pour mieux acheter et faire évoluer leurs comportements dans un contexte de hausse des prix » ajoute Christophe Hamonic.

Elles manifestent également de nouvelles attentes, en particulier en matière de protection et souveraineté des datas et de géo-sécurité des collaborateurs. « Par exemple, nous sommes capables d’identifier tous les salariés d’une entreprise dans une zone précise en 15 à 45 minutes, et de mettre en place un plan de sécurisation en 1h30 » complète le DG.


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Tags : iftm 2026
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