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« Gig tripping », le voyage musical qui fait rêver les professionnels

Les retombées des concerts de Céline Dion à Paris pourraient dépasser 500 millions d’euros !


Vous ne connaissez pas le « gig tripping » ? C’est le terme qui caractérise un nouveau type de voyage, consistant à partir au bout du monde pour découvrir son artiste préféré en concert. En plein boom, le marché attise les convoitises. Mais les agences risquent de rester aux portes des stades et des Arenas…


Rédigé par le Lundi 6 Juillet 2026 à 07:39

Beyoncé lors de son passage au Stade de France, en 2025. Photo: TB
Beyoncé lors de son passage au Stade de France, en 2025. Photo: TB
« Bonjour, pardon, merci » … Non, ne voyez pas dans ces trois mots un quelconque message personnel ! Il s’agit du titre du nouveau single de Céline Dion, sorti le 3 juillet dernier.

Le même jour, une autre icone de la musique sortait son nouvel album; comprenez Madonna qui, à 67 ans, prouve qu’elle est encore capable de faire vibrer les dancefloors.

Deux stars internationales, deux nouveautés… et des concerts en cascade ? C’est déjà une certitude pour Céline Dion qui promet d’enflammer la Paris Défense Arena dès le 12 septembre.

Pour accueillir la chanteuse québécoise et se préparer à une overdose médiatique, la plus grande salle d’Europe se pare de nouvelles couleurs. Depuis le 1er juillet, on l’appelle Plénitude Arena, du nom de la filiale du groupe italien Eni spécialisée dans la transition énergétique.



Des concerts géants… et des touristes par dizaines de milliers

Pour Madonna, c’est encore l’incertitude… Mais la star devrait profiter de son nouvel opus pour organiser une tournée géante. Les fans ont déjà des fourmis dans les doigts, prêts à tapoter des heures sur leur clavier pour dénicher une place…

La dernière fois que Madonna est venue en France, c’était en novembre 2023 pour fêter ses 40 ans de carrière, avec quatre Bercy remplis comme un œuf et des spectateurs qui en parlent encore…

Bercy… ou plutôt l’Accor Arena. En posant son nom sur la salle de l’est parisien il y a déjà plusieurs années, le groupe hôtelier a compris tout l’intérêt d’associer son image à celle classée seconde meilleure salle de spectacle du monde, après le Madison Garden de New York.

Il en profite aussi pour remplir ses hôtels qui bordent l’Arena à chaque nouvel événement. Car ces tournées géantes génèrent désormais des déplacements par dizaines de milliers.

Le concert devient un prétexte au voyage

Ce que les spécialistes du marketing, toujours prompts à inventer de nouvelles expressions, appellent le « gig tripping » (« gig » signifie concert dans le jargon musical). Comprenez cette tendance de voyage qui voit des fans traverser la planète pour voir leur artiste préféré en concert, sur scène.

Ils font d’un concert le prétexte à un voyage, y ajoutant un billet de train ou d’avion, une ou plusieurs nuits d’hôtels et des expériences. Selon une étude de Skyscanner, environ 60 % des voyageurs, notamment la génération Z, se disent prêts à voyager à l'étranger pour assister à un concert ou un festival.

Les retombées sont gigantesques, pour les professionnels du tourisme mais aussi les destinations. Paris ne s’y est pas trompée, devenue l’une des capitales mondiales de ce nouveau « tourisme musical ». Au point d’offrir la Tour Eiffel à Céline Dion comme support publicitaire géant pour annoncer son retour sur scène… Avec un buzz mondial assuré !

Pas (encore) de tarification dynamique pour la billetterie

Déjà en 2024, la série de concerts de Taylor Swift à Paris avait donné le ton. Et l’an dernier, les trois shows de Beyoncé au Stade de France ont enfoncé le clou. Paris était la seule ville européenne, avec Londres, à accueillir la star américaine.

Toute l’Europe, mais aussi des Américains, Brésiliens ou Japonais, ont alors déferlé en France. Sur les 215 000 spectateurs des trois shows, 100 000 étaient étrangers.

Avec un avantage de taille pour la France : la tarification dynamique – devenue la norme dans l’aérien, l’hôtellerie et désormais les parcs d’attractions - n’est pas encore de mise dans l'Hexagone pour la billetterie, quand elle existe à l’étranger.

Résultat : il en coûte moins cher pour un New Yorkais de venir passer trois jours à Paris (ticket, vol et nuitées d’hôtels compris) que d’acheter une simple place pour admirer sa star préférée en chair et en os aux Etats-Unis.

Karaoké géant et poutine pour Céline Dion !

Au final, Beyoncé aurait généré des recettes directes et indirectes de 150 millions d’euros pour l’Ile-de-France, avec notamment 300 000 nuitées réservées à cette occasion.

Pour les seize concerts de Céline Dion du 12 septembre au 17 octobre, Choose Paris Region (l’agence d’attractivité d’Ile-de-France) estime les retombées potentielles à 500 millions d’euros. Certains évoquent même le chiffre d’un milliard !

Autour de la Plénitude Arena, les hôteliers se préparent. Le Mama Schelter - situé à quelques centaines de mètres - annonce même des karaokés pour chanter en chœur « Pour que tu m’aimes encore » et servira de la « poutine » (la spécialité québécoise) dans son restaurant.

Plus largement, le prix des chambres risque de flamber partout dans la capitale, à une époque déjà chargée en salons et congrès. Avis aux participants de l’IFTM, qui se déroulera cette année du 15 au 17 septembre, en pleine Céline Mania…

Lire aussi : IFTM 2026 : une édition autour de la "valeur du voyage"

Live Nation, nouvelle star de l’Hexagone

Ce nouveau marché attise également les convoitises des organisateurs d’événements et rebat les cartes des grands sites franciliens. Le géant français GL Events a pris la gestion du Stade de France il y a quelques mois, avec des ambitions fortes.

Outre les compétitions sportives, le nombre de concerts géants y explose ; plus d’une vingtaine cet été pour tous les goûts, d’Aya Nakamura à David Guetta en passant par Bruno Mars ou encore quatre concerts de The Weeknd cette semaine.

De son côté, l’organisateurs américain de spectacles Live Nation Entertainment (également propriétaire de la plateforme de billetterie Ticketmaster) a fait de la France son nouveau terrain de jeu.

Après avoir racheté La Défense Arena il y a quelques semaines, il vient d’annoncer la signature d’un accord avec France Galop afin de « faire de l’Hippodrome Paris Longchamp une nouvelle destination incontournable des grands rendez-vous musicaux en plein air » en 2027.

Les festivals dopent le tourisme en région

Si Paris décroche la médaille d’or, les autres métropoles régionales se mettent également en ordre de bataille.

L’enjeu est important alors qu’en 2024, la musique « live » (spectacles, concerts, festivals) a attiré 37,9 millions de spectateurs en France et généré 1,6 milliard d’euros de recettes en billetterie (+117% en dix ans).

Outre les tournées (nationales et parfois internationales) dans les Arenas et les stades, de Marseille à Lille et de Lyon à Montpellier, les festivals constituent un enjeu majeur pour les régions.

Parmi les stars, le Printemps de Bourges, le Festival des Vieilles Charrues (Bretagne), le Hellfest (Pays de Loire) ou encore les Francofolies de la Rochelle constituent des valeurs sûres, avec 200 à 300 000 visiteurs pour chacun.

Un secteur fragilisé depuis deux ans

Dans d’autres domaines musicaux, Jazz In Marciac (Gers) ou le Festival Interceltique de Lorient attirent également les passionnés et participent au développement touristique des territoires.

Mais si les concerts géants sont boostés par des vents porteurs, le secteur des festivals (1356 festivals payants en 2024) marque des fragilités depuis deux ans, entre augmentation des charges (sécurité, artistes plus « gourmands »…) et suppression de subventions.

Sans oublier les aléas climatiques, comme fin juin avec la canicule qui a contraint d’annuler plusieurs manifestations majeures partout en France, et notamment Solidays à Paris.

Un nouveau marché pour les agences ?

Reste aux professionnels à s’approprier cette offre culturelle, qui peut constituer un relais de croissance ; pour imaginer un court séjour dans une métropole européenne ou pour mieux vendre la France. Les grandes plateformes sont dans les starting-blocks...

Depuis longtemps, certains autocaristes organisent des sorties à la journée en autocar pour assister à des concerts. A l’instar de Voyages Girardot qui, cette semaine, propose des forfaits (billet, transport et éventuellement hôtel) pour les concerts de The Weeknd au Stade de France.

Désormais, quelques tour-opérateurs en font leur spécialité. Ainsi OnTours (basé à Dole) qui commercialise des forfaits « bus + concert », pour des concerts (Indochine, Muse, ACDC…) et festivals, y compris à l’étranger comme Dour en Belgique ou Sziget à Budapest.

Très rares places !

De son côté, Eventeam (agence officielle des hospitalités au Stade de France) propose une approche VIP (accès privilégié, place en loge partagée, restauration…), par exemple pour applaudir le rappeur PKL ou la star américaine Jay-Z.

Reste, dans un contexte de concentration de la billetterie entre quelques grands acteurs mondiaux comme Ticketmaster, la difficulté pour accéder à la billetterie en nombre.

Ainsi, pour la série de concerts de Céline Dion à Paris, OnTours précise sur son site internet qu’il n’a pas reçu d’accord pour la vente de billets. Il se contente donc de proposer des hôtels secs, à proximité de l’Arena. Encore faut-il réussir à décrocher une place; une mission presque… impossible !


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