logo Futuroscopie  




Tourisme : peut-on réinventer le climat ? [ABO]

Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)


Alors que le débat sur la climatisation flambe et que notre pays une nouvelle fois brille par son incapacité à résoudre des épisodes climatiques insupportables pour la population, les scientifiques travaillent et tentent de mettre au point des solutions qui, à l’avenir, pourraient régler une partie du problème. On appelle ces techniques : la géo ingénierie. Très touché par le réchauffement touchant désormais les régions tempérées et les excès du thermomètre sévissant sur des destinations désertiques, le secteur touristique aura des choix à faire et des solutions à trouver afin de ne pas passer à côté de son avenir. Mais, il n’est guère évident de réinventer de toutes pièces ce que l’on a détruit.


Rédigé par le Vendredi 3 Juillet 2026 à 07:14

Tourisme : peut-on réinventer le climat ? - Depositphotos.com  Auteur IgorVetushko
Tourisme : peut-on réinventer le climat ? - Depositphotos.com Auteur IgorVetushko
Le moment est grave.

Ce 1er juillet, on apprend que la température moyenne des océans est montée à 20,98°. Du jamais vu ! Aussi grave, on prévoit pour cette fin de semaine une troisième canicule ? De quoi faire trembler bon nombre de vacanciers pour qui le réchauffement climatique est devenu une réalité, les obligeant à se poser des questions qu’ils ne s’étaient jamais posées avant.

Il est désormais clair que l’on se demande si on ira demain passer le printemps en Andalousie et abandonner les champs de neige à quelques privilégiés ? Visitera-t-on également les friches que sont devenus les Émirats et leurs constructions pharaoniques ?

Assisterons-nous à des événements de plein-air entièrement climatisés ? Déserterons-nous les centres des villes européennes devenus irrespirables ? Revendra-t-on à petits prix de luxueuses résidences secondaires du Lubéron ou du Centre-Var ?

… Ces questions comme nous l’avons écrit, se posent depuis plusieurs décennies sans que l’on en ait pris conscience de l’urgence. Voilà pourquoi, les politiques en sont à jouer nos prochaines élections sur un débat de ventilateurs !

Fort heureusement, les scientifiques pour leur part n’ont pas chômé. En quête de solutions, ils se livrent à des recherches regroupées sous le terme de géo-ingénierie. Un terme large désignant « les interventions délibérées à grande échelle sur les systèmes naturels de la terre afin de lutter contre le changement climatique ».

Encore peu connues du grand public, notamment en France, ces technologies sont le fruit de recherches bien plus intensives au Canada, Allemagne, USA, Grande Bretagne et surtout en Chine. Et, certains climatologues, y compris de renom, envisagent leur déploiement à grande échelle afin d’éviter un réchauffement trop important.


Deux grandes catégories de solutions

Mais, il convient de distinguer deux grandes catégories de techniques qui sont fondées sur des approches très différentes et présentent des risques divers.

La première catégorie porte sur les solutions consistant à retirer le CO₂ de l'atmosphère afin d’en diminuer la quantité. Connues, elles consistent donc par exemple à reboiser les forêts, les tourbières, planter des arbres ou restaurer des écosystèmes qui absorbent naturellement le CO₂. Mais, elles consistent aussi à capturer directement du CO₂ dans l'air avec des usines filtrant l'air pour en extraire le dioxyde de carbone, qui est ensuite stocké sous terre. Vous suivez ?

Transformer des déchets végétaux en un charbon stable que l'on enfouit dans les sols est également une solution qui, par ailleurs améliore la qualité des terres agricoles. Tandis que l’on sait altérer et répandre des roches broyées (comme le basalte) sur les sols afin d'accélérer des réactions chimiques qui captent le CO₂ !

A lire aussi : Canicule : 30 ans que ça dure, que fait-on ?

Deuxiéme solution : on réfléchit d’avantage la lumière du soleil

Les techniques regroupées dans cette autre catégorie ne retirent pas le CO₂ mais cherchent à diminuer la quantité de chaleur absorbée par la terre.

En voici des exemples plus ou moins connus comme l’injection d'aérosols dans la stratosphère afin de diffuser de très fines particules permettant de réfléchir une partie du rayonnement solaire.

On peut également procéder à l’éclaircissement des nuages marins en pulvérisant de l'eau de mer pour rendre certains nuages plus réfléchissants. Ou, plus simple, on peut repeindre les toits en blanc ou utiliser de matériaux très réfléchissants afin d’obtenir des baisses de températures de plusieurs degrés. Quant aux nuages élevés qui retiennent la chaleur…On sait les modifier.

Pour autant, toutes ces solutions ne sont pas sans risques et font débat parmi les communautés de scientifiques qui, à travers le monde, expérimentent ces solutions.

Pour être plus clairs, voici quelques exemples des expériences en cours dans les destinations touristiques les plus touchées par un phénomène complexe qui ne nous épargnera pas… Et qui nous épargnera d’autant moins que les investissements nécessaires sont particulièrement lourds et risqués.

Les solutions en marche dans le monde

  • La Chine exploite le plus vaste programme mondial d'ensemencement des nuages pour provoquer la pluie ou la neige dans certaines régions. La Grande Muraille verte constitue pour sa part un vaste programme de reboisement visant à freiner la désertification, stocker du carbone et protéger les sols. Enfin, l’empire du Milieu développe aussi la recherche sur l'injection d'aérosols stratosphériques.

  • Dubaï et les Emirats conçus et construits pour être des destinations touristiques à plein temps, utilisent régulièrement l’ensemencement des nuages pour créer des pluies artificielles Une technologie souvent citée comme un exemple de géo-ingénierie météorologique, même si elle agit à une échelle régionale plutôt que planétaire.

  • Le Qatar utilise plutôt des technologies de réduction des émissions avec de la capture et stockage du carbone dans les installations de gaz naturel. Le pays mène aussi des recherches sur le verdissement des zones désertiques et l'agriculture adaptée aux climats arides.

  • En Islande : les installations Orca et Mammoth capturent directement le CO₂ de l'air et le stockent dans des roches basaltiques.

  • Aux États-Unis : le projet SCoPEx (de Université Harvard) a étudié l'injection d'aérosols dans la stratosphère, mais les essais en extérieur ont été suspendus.
  • En Australie : des chercheurs expérimentent l'éclaircissement des nuages marins pour protéger la Grande Barrière de corail du réchauffement.

  • L’Arabie saoudite en plein doute, recule. L'Arabie saoudite dont les ambitions touristiques n’ont échappé à personne, ne mène pas de programme de géo-ingénierie climatique à grande échelle. En revanche, elle investit massivement dans des technologies de modification locale de l'environnement et dans des infrastructures qui s'en rapprochent. Sûre d’elle, elle a donc investi dans le projet de Trojena, prévu pour accueillir les Jeux asiatiques d'hiver en 2029, sans le cadre de la station de NEON.

    Mais, devant les difficultés rencontrées par la mise en place d’un vrai système de neige de culture, le Royaume, malgré ses milliards, a annoncé qu’il reportait à une date ultérieure indéterminée la tenue des Jeux.
    Non seulement, l’alimentation en eau et sa gestion grâce à des techniques de déssalement, de stockage, de recyclage sont complexes. Mais, la réinvention du climat local ne va pas de soi.

    En remplacement, l’Arabie saoudite annonce la tenue d’événements sportifs d’hiver moins importants dans les années à venir, afin au moins de rester sur le devant de la scène…

Gérer le bien commun : un leurre !

Enfin, outre les difficultés techniques, n’oublions pas les fondamentaux qui animent les comportements humains. En bref :

Pour Aristote, « ce qui est commun à tous fait l'objet de moins de soins, car les hommes s'intéressent davantage à ce qui est à eux qu'à ce qu'ils possèdent en commun avec leurs semblables ».

Pour le philosophe allemand Friedrich Nietzsche, le bien commun est un oxymore : « le mot renferme une contradiction : ce qui peut être commun n’a jamais que peu de valeur ».

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

Lu 194 fois

Tags : futuroscopie
Notez

Nouveau commentaire :

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitôt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus

Dans la même rubrique :
< >












































TourMaG.com
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Bing Actus
  • Actus sur WhatsApp
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias