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Le tourisme climatique existe-t-il ? [ABO]

Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)


Si les « réfugiés » politiques, religieux, économiques… ont une existence officielle, ce n’est pas encore les cas des personnes qui quittent leur pays afin d’échapper aux catastrophes climatiques de plus en plus nombreuses qui affectent la planète. Celles-là ont un statut encore non officiel de « déplacés » climatiques ou de migrants. De plus en plus importantes, ces vagues d’ individus dont le nombre est évalué à 250 millions se déplacent pour le moment surtout à l’intérieur de leurs frontières. Essentiellement en Afrique et Asie. Quant aux touristes climatiques, on n’en a bien évidemment pas encore mesuré le volume. Mais ils pourraient bien très rapidement voir leurs effectifs augmenter et adopter des comportements pour le moment encore flous !


Rédigé par le Vendredi 17 Juillet 2026 à 07:19

Berck-sur-Mer a été troublé par les canicules mais bien moins que la façade atlantique ou la Méditerranée. - Photo JS
Berck-sur-Mer a été troublé par les canicules mais bien moins que la façade atlantique ou la Méditerranée. - Photo JS
Suivez-moi : une chaleur épaisse stagne sur Paris pendant que la forêt de Fontainebleau toute proche subit l’un des feux les plus violents de son histoire.

De toute évidence, le grand bûcher souhaité par les armées allemandes, n’a plus besoin de leur folie vengeresse. « Paris ne brûle pas encore » mais presque.

Et les quelques touristes qui traînent leurs pas lents sur le macadam ont du mal à mettre à exécution leurs projets de découverte. Outre les pharmacies, les cinémas, les grands magasins et hôtels de luxe… on ne peut pas dire qu’ils apprécient leur séjour.

En revanche à quelques dizaines de kilomètres au nord, sur les bords de la mer du Nord, d’ immenses plages de sable ravinées par les marées et battues par les vents, assurent à leurs visiteurs une fraîcheur exceptionnelle.

A Berck-plage par exemple, une station dont la réputation s’est construite autour de ses établissements médicaux et son rassemblement annuel de cerfs-volants, des enfants sautillent sur un sable blanc et affrontent les vagues dans un climat idéal qui, cette année, a aussi été troublé par les canicules mais bien moins que la façade atlantique ou la Méditerranée.

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Entre dunes, cerfs-volants et fraîcheur

Comme toutes ses consœurs de la Côte d’Opale, Berck a bel et bien d’autant plus une carte à jouer qu’elle se situe comme Le Touquet, Hardelot, Fort Mahon… à deux petites heures de la capitale et dispose d’un parc d’hébergement de mieux en mieux loti. - Photo JS
Comme toutes ses consœurs de la Côte d’Opale, Berck a bel et bien d’autant plus une carte à jouer qu’elle se situe comme Le Touquet, Hardelot, Fort Mahon… à deux petites heures de la capitale et dispose d’un parc d’hébergement de mieux en mieux loti. - Photo JS
Pour le directeur de la station. il est évident qu’outre les vacanciers de proximité habituels, les rivages du nord deviennent un atout inattendu qu’il va falloir promouvoir.

Et surtout promouvoir auprès d’une clientèle un peu plus éloignée (Bassin parisien) qui souvent n’a aucune connaissance de la région et s’en tient à des clichés périmés donnant la vedette aux mangeurs de moules et aux malades en rééducation.

Comme toutes ses consœurs de la Côte d’Opale, Berck a bel et bien d’autant plus une carte à jouer qu’elle se situe comme Le Touquet, Hardelot, Fort Mahon… à deux petites heures de la capitale et dispose d’un parc d’hébergement de mieux en mieux loti.

Locatif, campings haut de gamme, hôtels… jalonnent la toute nouvelle esplanade en front de mer facilitant non seulement la promenade mais le divertissement. Honorant à merveille son label Famille- Plus, la station déploie des efforts conséquents pour accueillir à la fois les jeunes vacanciers et les jeunes locaux…

Pour autant, comme le soulignent quelques professionnels, on doit veiller à ne pas trop en promettre car ici comme ailleurs l’incertitude climatique règne.

Le climatisme : une vieille histoire

Pouvant provoquer autant de tempêtes, sécheresses, pluies, etc., la météo est-elle un nouveau déterminant dans le choix des destinations, surtout estivales ? C’est ce que l’on dit.

Mais, pour le moment, il est clair que nul ne peut se lancer dans une prospective sûre à 100%. On évoque avec emphase et certitude, des températures urbaines grimpant jusqu’à 50% à l’horizon 2050. Mais, on ne sait pas à quelle sauce nous serons mangés demain.

On alimente les controverses sur le refroidissement artificiel sans entreprendre les chantiers nécessaires à la remise en œuvre d’une véritable politique de tourisme climatique comme elle existait au début du siècle. Partout en France.

Partout dans le monde, dans les colonies en particulier, souvenons-nous que la « gentry » allait passer l’été dans les frondaisons des stations d’altitude. Au Vietnam, au Laos, dans l’Himalaya, en Algérie, Maroc… les étés étaient ainsi acceptables.

Mais, à l’heure où le concept de stations climatiques devrait retrouver de son dynamisme, le tourisme « climatique » a été rayé au profit d’un emballement pour l’activisme sportif et culturel.

A moins qu’il ne revienne par une autre fenêtre de tir, celle du bien-être.

Tourisme polaire, tourisme de riches, tourisme de la dernière chance

Que dire en tous les cas de ce tourisme qui, pour sa part, affiche bien sa vocation consistant à offrir des voyages spectaculaires vers des régions échappant encore en partie aux sécheresses.

Ainsi, l’agence Connaisseurs du voyage, spécialiste des croisières aériennes, promeut « Un tour du monde dans le Grand Nord inédit, au milieu d’une nature encore vierge ». Pendant 23 jours, un avion privé emmène un petit groupe de voyageurs d’Islande en Alaska en passant par le Groenland pour la modique somme de 27 000 euros.

Le Groenland en particulier, favorisé par l’agrandissement de l’aéroport international de Nuuk, sa capitale, se met à faire rêver les dénicheurs de nouvelles destinations.

Tandis que les îles Féroé que nul encore ne sait localiser, promettent aux voyageurs français trois vols par semaine depuis Paris/CDG sur la compagnie Air-Baltic. Jouant sur une température particulièrement fraîche, les îles danoises se rêvent un destin touristique comparable à celui de l’Islande, les erreurs en moins. A quelque 3 heures d’avion de Paris seulement. Une aubaine.

Autre exemple : d’après les estimations de l’agence de voyages étasunienne AdventureSmith Explorations, qui propose des expéditions vers les pôles Nord et Sud, le nombre de voyageurs optant pour une croisière avec vol a augmenté de plus de 4 400 % en vingt ans, passant de 230 en 2004 à plus de 10 000 en 2024 !

Car sur le continent austral aussi, le nombre de croisières croît rapidement. De 22 000 voyageurs au début des années 2000, on est passé à plus de 120 000 aujourd’hui, selon les données de l’Association internationale des voyagistes antarctiques (IAATO).

Pire encore : selon le magazine en ligne Reporterre, « en Antarctique, la température de 15,4°C enregistrée le 6 juin est la plus élevée jamais relevée en juin sur le continent, alors que la péninsule est au seuil de l’hiver austral. Le précédent record était de 13,3°C en 1998.

La température moyenne en juin à la station de mesure argentine d’Esperanza n’est en temps normal que de -6°C à cette période de l’année
».

Aux mêmes dates, la base Marambio, une autre station argentine en Antarctique, a enregistré 11,8°C, et celle de San Martin 9,4°C, alors que, pour la saison, les moyennes y sont de -10,7°C et -5,6°C.

Un touriste climatique à trois vitesses

De l’Antarctique à Berck, outre des milliers de kilomètres, peu de similarités permettent d’édifier un profile unique de touriste climatique.

Sachant que les plus riches vont s’en donner à cœur joie pour découvrir les derniers icebergs et glaciers, au risque de continuer à émettre les tonnes de CO2 coupables de la détérioration du climat, d’autres se contenteront de formuler des exigences plus modestes et plus en phase avec le tourisme durable.

Plutôt attachés à l’Hexagone ou l’Europe, ils se montreront exigeants sur trois points :

- l’eau
- l’ombre des arbres
- la fraîcheur naturelle ou artificielle.

Jouant à cache-cache avec la météo, ce sont probablement surtout des seniors et des familles avec enfants qui opteront comme d’habitude plus pour la mer que la montagne.

Quoique les choses changent plus rapidement que prévu à en croire, autre exemple, la direction du tourisme de la Baie de Somme citée par le Figaro et les stations de Wimereux dont la hausse de recherches atteint 42% ou 37% pour Crozon ! Quant à la montagne, ses massifs se frottent les mains : +87% pour le massif du Devoluy et 55% pour l’Alpe d’Huez…

Parmi les populations impactées par ce nouveau désordre climatique, notons également les résidents secondaires dont beaucoup prévoient d’abandonner certaines régions trop exposées aux vagues de chaleur.

Tandis que les habitants de grandes villes comme Marseille, Nice, Paris, Bordeaux… cherchent déjà ailleurs.

Ce sont donc les mobilités traditionnelles résidentielles et touristiques qui seront au fur et à mesure remises en question… Même si les climato sceptiques revendiquent encore un certain optimisme !

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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