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150 ans de « colos » : une exception à la française à sauvegarder [ABO]

Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)


Au moment où l’on célèbre les 90 ans des congés payés, l’on se doit de célébrer un anniversaire moins connu, mais qui devrait être cher à tous ceux qui ont eu la chance d’occuper leurs vacances par des séjours mémorables. Lesquels ? Les « colonies » bien sûr ! Celles chantées par Pierre Perret à une époque (les années soixante) où, excusez du peu, 4 millions d’enfants en profitaient ! Mais l’histoire est cruelle, et les « colos » d’hier et d’avant-hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Tout aussi joyeuses et éducatives, celles de notre époque vouée à un tourisme de masse triomphant voient le nombre de participants diminuer d’année en année alors que jamais notre monde n’a eu autant besoin d’elles. Une étude d’Ifop pour la JPA (Jeunesse au plein air) réalisée sur des adultes, aide à faire le point sur une formule dans laquelle la France excelle depuis un siècle et demi et qu’elle tente coûte que coûte de préserver.


Rédigé par le Vendredi 19 Juin 2026 à 07:26

La « colo » devrait avoir de beaux jours devant elle. A condition que le pouvoir politique admette la nécessité de ne pas détruire un « jouet » qui a mis 150 ans à se développer… - DepositPhotos.com, gpointstudio
La « colo » devrait avoir de beaux jours devant elle. A condition que le pouvoir politique admette la nécessité de ne pas détruire un « jouet » qui a mis 150 ans à se développer… - DepositPhotos.com, gpointstudio
Que s’est-il passé ? Depuis une époque douloureuse où les villes asphyxiées par l’installation d’usines, d’ateliers et de transports divers, ne recelaient plus un air respirable, des âmes sensibles suivant le modèle mis en place en Suisse (voir encadré) eurent l’idée d’envoyer à la campagne des enfants malingres, chétifs, désœuvrés et livrés à eux-mêmes dans un espace urbain ouvert à tous les dangers, donc risquant de « mal tourner » !

Reçus soit dans des familles d’accueil, soit dans des centres collectifs histoire de se faire une santé physique, ces jeunes profitèrent aussi des valeurs prônées par les mouvements d’éducation populaire qui, au fil des années, tentaient de façonner un tourisme accessible et profitable à tous.

La machine était lancée.

Répondant à la vocation hygiéniste de l’époque, l’Etat et la collectivité participaient au financement de tels séjours qui, dans les années soixante, accueillaient plus de 4 millions de jeunes Français. Un record jamais égalé depuis !


Une décrue continue

Au contraire ! L’histoire glorieuse des « colos » n’est pas linéaire.

Entre 2018-2019 et 2024-2025, près de 132 000 départs de mineurs ont été rayés des listes des jeunes vacanciers. Soit une baisse de 9%.

Sur la seule année passée observée, le nombre de départs en séjours avec hébergement recule de 4%, soit de 50 000 départs, alors que la population augmente. Mais, pourquoi cette hémorragie ?

Un problème financier chronique

Une récente enquête Ifop concernant des enfants de 5 à 19 ans, comme tant d’autres au fil des années, invoque cette fois encore, le coût des « colos » !

Pour 52% des parents d’enfants, c’est bel et bien le cas.

Et cela d’autant plus que le paradoxe de la formule réside dans le fait que les classes les plus modestes sont aidées financièrement en fonction des quotients familiaux, alors que la classe moyenne supérieure, en particulier celle qui ne dispose pas de Comités d’entreprise, ne l’est pas.

Une singularité qui fait baisser drastiquement le nombre de partants, surtout quand on sait qu’un séjour qui s’appuie sur une activité nécessitant équipements et personnels très qualifiés (voile, équitation, ski, golf… et séjours linguistiques) avoisine les 400 à 500 euros la semaine, voire plus !

Une somme que peu de familles peuvent débourser, surtout quand elles ont deux ou trois enfants à envoyer en vacances ! Et qu’elles ont ensuite les séjours familiaux à payer.

Quand on sait que le budget moyen pour un foyer pour les vacances estivales se situe autour de 2 000 euros, le calcul est vite fait.

On sacrifie la « colo » et l’on se dépanne comme on peut pendant une partie des vacances avant de s’offrir quelques jours ensemble.

Ainsi, depuis 2020, on enregistre 7% de départs supplémentaires en famille. Une bonne nouvelle confortant la nécessité pour parents et enfants de se retrouver dans un cadre délivré de contraintes.

Mais, dans le même temps, un tiers des enfants et des jeunes âgés de 5 à 19 ans ne sont pas partis du tout en vacances en 2025. Une mauvaise nouvelle qui représente 4,2 millions d’enfants et de jeunes et souligne les inégalités sociales d’un pays comme le nôtre.

Lire aussi : Les colonies de vacances menacées par le budget 2026 ?

La sécurité en question

Autre frein à l’envoi d’enfants en « colos », celui concernant la sécurité en général.

Sécurité sanitaire et sécurité liée à des risques de maltraitance de la part de l’encadrement. Une crainte intensifiée par le climat dans lequel est plongée la France à l’heure actuelle.

Certes, les cas sont rares. A moins qu’ils ne soient pas encore révélés. Mais, l’anxiété est réelle et pénalisante pour une formule qui est pourtant soumise à des règles drastiques en matière d’encadrement, activités de loisirs et éducatives.

Autre obstacle au départ, le rejet des séjours collectifs par certains enfants. Généralement les plus jeunes qui, soit ont fait une mauvaise expérience, soit ont entendu leurs proches en parler, soit préfèrent rester chez eux ou chez leurs grands-parents. Lesquels ne l’oublions pas, offrent une solution de « gardienage » très utile aux jeunes couples ne disposant pas d’autant de temps libre que leurs enfants.

N’oublions pas non plus que les 5 semaines de congés ne suffisent pas à prendre en charge des enfants dont les congés sont de 16 semaines !

Malgré tout, une image positive et des bénéfices évidents

Et pourtant, malgré ces freins, le paradoxe des séjours en « colo » veut que leur image reste particulièrement positive : 75% de la population, qu’elle ait ou non des enfants, est d’autant plus favorable à la formule qu’elle a participé elle-même à une « colo » !

On se souvient à vie des départs avec « les copains » et la sensation de liberté qu’ils procurent. On se souvient à vie des larmes déversées lors du retour…

Plus précisément, notons que les bénéfices de la « colo » sont les suivants :

- découvrir des activités nouvelles : 91%
- faire l’apprentissage de la vie collective : 90%
- favoriser les liens et rencontres : 90%
- découvrir de nouveaux territoires, langues, cultures : 88%
- gagner en autonomie : 87%

On y ajoutera l’activité physique, la confiance en soi, la tolérance et l’acceptation des différences. Mais aussi la déconnexion plébiscitée par les adultes pour leurs enfants.

D’où une attente très forte envers les pouvoirs publics dont l’écrasante majorité considère qu’ils sont un véritable outil éducatif, social et citoyen qui mérite d’être davantage soutenu !

Même attitude de la part des jeunes adultes également sondés par l’Ifop : 91% d’entre eux considèrent que les séjours collectifs apportent un cadre éducatif complémentaire à l’école !

Fort de cette image favorable, la « colo » devrait donc avoir de beaux jours devant elle. A condition que le pouvoir politique admette la nécessité de ne pas détruire un « jouet » qui a mis 150 ans à se développer…

Le « tour des colos » : une démarche estivale de la JPA

Et pour que leurs opinions soient mieux prises en compte, en juillet, Jeunesse au Plein Air lance une grande aventure collective nationale : le Tour des Colos.

Cet événement inédit traversera la France pendant 4 semaines pour mettre à l’honneur les séjours collectifs, notamment les colonies de vacances et les camps scouts.

Cette initiative vise également à valoriser les histoires individuelles et collectives qui se construisent au sein de ces séjours, ainsi que la richesse et la diversité des lieux qui accueillent les enfants pendant leurs vacances.

Chaque étape donnera lieu à la visite d’un centre de vacances et un temps d’échange consacré aux enjeux actuels du secteur, réunissant élus, acteurs associatifs et partenaires engagés et un temps d’échange avec les enfants.

À travers cette tournée estivale, Jeunesse au Plein Air, ses comités départementaux et ses confédérés souhaitent reouvrir le dialogue autour d’un enjeu fondamental : le droit aux vacances pour toutes et tous.

Pour toute question, vous pouvez prendre contact avec Lauriane Dupressoir, par mail à l.dupressoir@jpa.asso.fr ou par téléphone au 06 67 02 02 54.

L’invention des colonies de vacances

« Les colonies de vacances sont nées à la fin du XIXe siècle. Si certains chercheurs proposent différentes origines aux « colos » en s’appuyant sur des structures existantes auparavant, c’est souvent le pasteur Bion qui en est présenté comme l’inventeur. Ce serait d’ailleurs lui qui leur a donné leur nom, « Ferienkolonien ».

En 1876, ce pasteur de Zurich constate que des enfants de la ville étaient en mauvaise santé alors que les enfants de la campagne étaient en meilleure santé. Il décide alors d’amener 68 enfants de Zurich sur le plateau d’Appenzell durant les mois d’été et continue sur sa lancée les années suivantes, impulsant un mouvement imité dans de nombreux pays d’Europe.

Très vite, il a existé deux types de colonies : le placement familial, par groupes de deux ou trois enfants dans une famille, le plus souvent paysanne et la colonie collective où les enfants logent tous dans la même structure.

Organisée en 1881 par le pasteur Lorriaux, la première colonie de vacances française (de type placement familial) a été soutenue par des Caisses des Écoles, notamment Parisiennes sous le nom de colonies scolaires. Elles étaient laïques, puis se sont diversifiées parmi les pratiquants des autres religions… »

Extrait de « Enfances et jeunesse infos »

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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