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France, Italie : randonnée dans le Mercantour frontalier

Deux jours sur le GR52, entre lacs d'altitude, refuges, faune sauvage et passage en Italie


Au sud de l’arc alpin français, ce massif adossé au Piémont italien inclus dans un Parc national offre son décor de hautes cimes arides sous climat méditerranéen. Des paysages ensoleillés à découvrir au gré de sentiers de randonnée, via une incursion chez nos voisins transalpins, en 2 jours par le GR52 depuis la Haute Vallée de la Vésubie.


Rédigé par Jean-François RUST le Lundi 3 Août 2026 à 07:00

Randonnée dans le Mercantour frontalier - Photo JFR
Randonnée dans le Mercantour frontalier - Photo JFR
Au sud de l’arc alpin français, le massif du Mercantour, adossé au Piémont italien et protégé par un Parc national, déploie un décor de hautes cimes façonné par les influences alpines et le climat méditerranéen.

Au départ du Boréon, dans la haute vallée de la Vésubie, une boucle de deux jours sur le GR52 permet de découvrir l’un des secteurs les plus emblématiques du massif.

Entre refuges, lacs d’altitude, passage en Italie, faune sauvage et paysages minéraux, l’itinéraire cumule près de 1 200 mètres de dénivelé positif et offre une immersion au cœur d'une montagne préservée.

Il est 17h30 quand nous empruntons le GR52 en direction du refuge de la Cougourde. 15 minutes après, un panneau indique l’entrée dans le Parc national du Mercantour.

Au chalet Vidron, à 1 770 m d’altitude, après une passerelle en bois, une courte incursion vers la gauche mène à la rive du Boréon. En suivant une sente vers l’amont, apparait soudain une très belle cascade, bondissant de rochers en rochers.

Cime de la Cougourde, 2 892 m

Le GR52 poursuit son ascension. Des odeurs d’écorce fraiche nous accompagnent alors que nous traversons un sous-bois de résineux. Laissant à droite le chemin vers le lac de Trécolpas, nous grimpons dans un chaos de rochers vers le refuge.

Des sons de clarines nous alertent : un troupeau de vaches broute dans ces hauteurs. Nous les croisons avant que ne se découvre devant nous, imposante et majestueuse sous le soleil couchant, l’une des cimes de la Cougourde (2 892 m). L’impressionnante « courge » de gneiss, ainsi nommée en raison de sa forme, dresse devant nous sa face abrupte haute de 400 m.

Nous arrivons au refuge, accueillis par le gardien. Cela fait treize ans qu’il travaille ici. Ce Queyrassien vit 4 mois par an au refuge, gérant le reste de l’année les réservations pour l’été suivant, tout en étant pisteur-secouriste à la station de Pelvoux en hiver.

A table, aux côtés de « pros » de la montagne rompus aux codes de la vie en refuge, nous partageons une copieuse blanquette de veau avec du riz accompagnée de vin rosé. Restera à trouver le sommeil dans la chambre commune, où huit dormeurs doivent supporter les clarines des vaches qui, elles, n’ont pas pris le parti de s’allonger pour la nuit…

Lac de Trécolpas

Au réveil, le ciel absolument dégagé annonce une magnifique journée. Petit-déjeuner avalé, nous quittons le refuge. Les près de 600 m de dénivelé de la veille se ressentent dans les jambes, mais nous filons en 30 minutes jusqu’au lac de Trécolpas.

Le soleil s’est levé sur ce plan d’eau d’altitude aux eaux bleues, entouré d’une ligne de crêtes acérée. On profite de ce moment paisible avant d’attaquer la plus rude montée de la journée, 300 m de dénivelé sec pour franchir justement la ligne de crêtes par le Pas des Ladres et basculer sur une autre vallée, celle de Fenestre.

Col de Fenestre, l’Italie !

A droite, le GR52 dévale vers le refuge de la Madone de Fenestre. A gauche, un autre conduit en 30 minutes au col de Fenestre. Impossible de manquer ce passage, frontière entre la France et l’Italie. Nous nous y rendons, curieux de fouler du pied le sol transalpin.

Une casemate et un bâtiment militaire ruiné rappelle combien ce lieu fut surveillé lors de la guerre 39-45. Le col de Fenestre est le point haut de cette randonnée, à 2 474 m d’altitude. Par un vallon de rochers, il fait basculer vers le Parco naturale Alpi Maritime, pendant italien du Parc du Mercantour. Le rifugio Ellena-Soria se trouve à 1h20 de là.

En 1943, le col a aussi été témoin d’un épisode douloureux. Des centaines de Juifs réfugiés à Saint-Martin-Vésubie, zone d’occupation italienne où ils étaient assignés à résidence, décident de fuir vers l’Italie, sachant que l’ennemi SS va arriver. Par le col de Fenestre, plus de 600 Juifs basculent côté transalpin. Beaucoup seront toutefois arrêtés puis déportés à Auschwitz, où la plupart mourront.

Lac de Fenestre et cime du Gélas

La suite se déroule par un sentier qui rejoint en contrebas le second lac du circuit, celui de Fenestre. Sous un ciel méditerranéen et dans un décor de versants jaunis par les chaleurs de l’été, il livre ses eaux vertes scintillantes sous le contrejour du soleil.

Une lentille d’eau dominée par la cime du Gélas, point culminant du Mercantour, à 3 143 m d’altitude. Le cri d’un rapace résonne dans l’amphithéâtre, des oiseaux noirs volent dans le ciel, d’autres font entendre leur chant, tandis qu’une marmotte déboule sous nos pieds : tel est le spectacle réjouissant offert par cette section de l’itinéraire.

Dans cette descente vers le refuge de la Madone de Fenestre (1 905 m) a lieu une belle rencontre. Un chamois, broutant de l’herbe, se trouve au bord du chemin. Plus de 10 000 d’entre eux sont présents sur le territoire du Parc, une jauge qui rend leur observation en randonnée plus que probable.

Laissant à droite la cime de l’Agnellière, nous gagnons la Madone de Fenestre, son sanctuaire religieux et son refuge. Puis une pause repas qui était la bienvenue.

Soudain, 1 000 moutons

Reste à entamer l’itinéraire retour. Tracé en balcon au dessus du vallon de la Madone de Fenestre, il offre un paysage mêlant montagnes sèches et pentes forestières entaillées de ravines. Une nouvelle montée assez raide nous fait passer de la côte 1 900 m à 2 200 m.

Une fois à flanc, le sentier à découvert nous mène à la rencontre d’un troupeau de… 1 000 moutons et chèvres. Croisés dans le vallon de la Pounche, un corridor de pierraille, ce face à face d’apparence anodine s’avère compliqué par la présence de patous.

Nous décidons de stopper plutôt que de risquer une attaque. Par chance, un sifflement lointain intime aux chiens de rester tranquilles : c’est le berger. Il faut attendre quelques minutes qu’il approche afin d’entamer le dialogue et qu’il invite à avancer au milieu du troupeau et des chiens. Affalés, sous l’autorité de leur maître, ils regardent passer le marcheur l’œil mauvais, regrettant ne pouvoir lui entamer les mollets.

Passé cet instant, nous devisons. Le berger a été photographe et s’est reconverti comme gardien de moutons. « Ils passent la nuit plus haut, sans enclos mais sous la surveillance de neuf patous ».

Les éleveurs en ont décidé ainsi, malgré les risques que représente la présence du loup gris, revenu en France depuis l’Italie au début des années 1990. « J’en vois tout le temps. Il y a quelques jours, l’un d’eux a tué une brebis ». Nous nous séparons, le berger emportant un agneau sous un bras pour aller l’hydrater dans sa cabane.

Traces de la tempête Alex

Nous progressons sur le sentier en direction de la Cime du Pisset (2 223 m), point de repère de l’itinéraire retour. Nous parvenons à cette bosse après avoir traversé un couloir d’éboulis, le vallon de l’Agnellière. A gauche, un sentier se précipite dans la vallée pour rejoindre la route reliant Saint-Martin-Vésubie à la Madone de Fenestre.

La Cime du Pisset, dôme ouvrant une vue à 180° sur les sommets du Haut Boréon, permet de toucher du doigt l’ampleur de la catastrophe de la tempête Alex. Ici, un pan entier de la montagne s’est effondré, contribuant aux dévastations constatées à Saint-Martin-Vésubie.

A la cabane de Maïris, nous croisons des randonneurs partis en sens inverse rejoindre le refuge de la Madone de Fenestre. Ce sont quelques-uns des très rares marcheurs croisés lors du périple. Maïris signe le début de la descente finale vers le parking du Haut-Boréon. Une dégringolade abrupte en « mille » lacets.

Nous y retrouvons la fraicheur de la forêt de mélèzes et de pins, avant de rejoindre le chemin de la veille et la vacherie du Boréon. Fin d’une virée pédestre de 48h remarquable, dans le silence et la beauté du Mercantour.

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