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Storytelling : agent de voyages, raconte-moi une histoire… mais pas des salades

Chronique 6 de "JC les bons tuyaux"


Après le personal branding, place au storytelling ! Dans le tourisme, raconter ne signifie pas inventer : c’est donner du sens à son expertise, partager les coulisses, assumer ses conseils et aider le voyageur à faire le bon choix. Retrouvez les conseils de Jean-Charles Franchomme !


Rédigé par Jean-Charles Franchomme le Mercredi 2 Septembre 2026 à 07:38

Image générée par IA Chat GPT
Image générée par IA Chat GPT
Dans le premier épisode, on a parlé de personal branding : l’image que tu laisses, la façon dont on t’identifie, ce qui donne envie de te faire confiance.

Aujourd’hui, on passe au deuxième pilier : le storytelling. Et non, le storytelling, ce n’est pas raconter des histoires pour enjoliver la réalité façon bande-annonce de Titanic, coucher de soleil, violons et promesse de bonheur éternel en supplément bagage.

Le storytelling, c’est beaucoup plus simple. C’est donner du sens à ce que tu fais. C’est transformer une information en message vivant, une offre en projection, un conseil en contenu utile, une galère en leçon, une expertise en preuve concrète.

En clair, ce n’est pas inventer une histoire. C’est savoir raconter la bonne. Et dans le tourisme, autant dire qu’on ne manque pas de matière.

Ton rôle, c’est de remettre du sens

Une fiche produit informe. Une histoire fait comprendre.
Dire : « Hôtel bien situé avec piscine. » C’est une information.

Dire : « Cet hôtel, je le recommanderais surtout à une famille qui veut poser les valises, éviter les longs trajets et profiter d’un vrai confort sans passer ses vacances dans les transports. »
Là, tu racontes déjà quelque chose. Tu donnes un contexte.Tu aides le client à se projeter. Tu transformes une fiche technique en conseil.

Et c’est exactement là que le storytelling devient utile. Parce qu’aujourd’hui, le voyageur est noyé sous les comparateurs, les avis Google, les vidéos TikTok, les plateformes, les influenceurs et les promesses de “meilleur prix”. Il voit tout.

Mais il ne comprend pas toujours ce qui est vraiment fait pour lui. Ton rôle, c’est de remettre du sens. Un peu comme dans Men in Black : tout le monde voit la scène, mais peu savent vraiment ce qui se cache derrière.
Dans le voyage, derrière une belle offre, il y a souvent un détail qui change tout.

Et ce détail, c’est souvent toi qui le repères.

Retrouvez tous les bons tuyaux de JC en cliquant ici

Faire de la pédagogie

Un bon storytelling ne commence pas par : « Qu’est-ce que je vais raconter ? »
Il commence par : « Qu’est-ce que je veux faire comprendre ? »
Exemple. Tu veux expliquer qu’une agence n’est pas forcément plus chère qu’une réservation en direct.

Tu peux écrire : « Passer par une agence ne coûte pas toujours plus cher. » C’est vrai, mais ça ne fera pas lever une salle comme un refrain de Freed from Desire.

Tu peux aussi raconter : « Cette semaine, un client est arrivé avec trois onglets ouverts, deux hôtels comparés, un vol repéré et une vraie question : est-ce que je suis en train de faire une bonne affaire ou une bêtise ? En reprenant le dossier point par point, on s’est rendu compte que l’hôtel le moins cher était à 45 minutes de tout, que le vol retour imposait une nuit supplémentaire et que les bagages n’étaient pas inclus. À la fin, le meilleur prix n’était pas celui qu’il croyait. »

Là, tu n’es plus dans l’argument. Tu es dans la démonstration. Et c’est beaucoup plus fort.

Raconter un hôtel, c’est raconter une expérience

Dans notre métier, les détails sont indispensables : dates, vols, horaires, pension, transferts, catégorie d’hôtel, conditions. Mais ce n’est pas toujours ce qui déclenche l’intérêt.

Une offre brute dit : « Séjour 7 nuits en all inclusive, vols directs, transferts inclus, hôtel 4 étoiles. »

Une offre racontée dit : « Tu veux partir en famille sans réfléchir à chaque repas, chaque transfert et chaque dépense sur place ? Cette formule est faite pour ça : tu arrives, tu poses les valises, les enfants filent à la piscine, et toi tu peux enfin souffler. »

Le voyageur ne lit plus seulement une prestation. Il se voit dedans. Comme dirait Forrest Gump, une offre, c’est parfois comme une boîte de chocolats : ce qui compte, ce n’est pas seulement l’emballage, c’est de savoir ce qu’il y a dedans… et si le client va aimer le goût.

Le meilleur storytelling part souvent du client

On croit souvent que raconter son métier, c’est parler de soi. Erreur classique. Le meilleur storytelling part souvent du client.

Celui qui veut du soleil, mais pas trop chaud. Celui qui veut partir loin, mais n’aime pas les longs vols. La famille qui veut un hôtel sympa, mais surtout pas un club usine. Le CSE qui veut faire plaisir au plus grand nombre sans exploser le budget.

Voilà tes meilleurs points de départ. Parce que derrière chaque demande client, il y a souvent une problématique que beaucoup d’autres voyageurs rencontrent aussi.

La vraie question devient : « Ce que j’ai expliqué aujourd’hui à un client, est-ce que ça pourrait aider d’autres voyageurs demain ? »

Très souvent, la réponse est oui. Le héros de ton storytelling, ce n’est pas toi en mode générique de Walker Texas Ranger. Le héros, c’est le voyageur que tu aides à faire le bon choix. Toi, tu es celui qui évite qu’il parte dans le mauvais épisode.

Les coulisses : ton meilleur scénario

Les voyageurs voient rarement l’envers du décor.

Ils ne voient pas toujours les heures passées à comparer deux plans de vols, vérifier une correspondance, contrôler l’emplacement réel d’un hôtel, anticiper un transfert compliqué, relancer un réceptif ou rassurer un client inquiet.

Ils ne voient pas non plus l’après-réservation : grève, annulation de vol, changement d’horaire, cas de force majeure à destination, météo qui bloque un programme ou client à accompagner dans l’urgence.
Et pourtant, c’est là que se trouve une grande partie de notre valeur.

Les coulisses, ce sont aussi tes retours d’éductour, tes visites d’hôtels, tes repérages, tes rencontres avec les réceptifs, tes salons professionnels, mais aussi ton quotidien d’agent de voyages.

Pas seulement les moments carte postale avec cocktail en terrasse. Aussi les moments moins glamour, mais tellement révélateurs.

Le storytelling permet de rendre visible ce qui est invisible, sans te transformer en Jack Bauer dans 24 heures chrono. Pas besoin de courir dans l’agence avec un compte à rebours à chaque modification aérienne.

Exemple : « Aujourd’hui, j’ai passé plus de temps à déconseiller une option qu’à en vendre une. Sur le papier, elle semblait parfaite. Mais en regardant les horaires, les distances et le profil des voyageurs, ce n’était pas cohérent. Parfois, notre métier, ce n’est pas seulement trouver une bonne idée. C’est éviter une mauvaise décision. »

Autre exemple : « Aujourd’hui, le sujet n’était pas de vendre du rêve, mais de gérer une réalité : une grève, un vol modifié, un transfert à revoir et des voyageurs à rassurer. Ce n’est pas le contenu le plus glamour, mais c’est exactement là que l’accompagnement prend tout son sens. »

Et puis, il y a aussi ce que l’on fait parfois sans le facturer : un conseil, une orientation, une vérification rapide, une aide en cas de galère, un peu de pro bono parce qu’on sait que la personne en face a besoin d’un vrai regard professionnel.

Là encore, il ne s’agit pas de se poser en sauveur. Il s’agit de montrer que notre métier repose sur une culture de service, de conseil et de responsabilité.

Dans le tourisme, notre rôle n’est pas de dire oui à tout. Notre rôle, c’est de conseiller. Et parfois, conseiller, c’est dire non.

Non, cette destination n’est pas idéale à cette période. Non, cet hôtel ne correspond pas au profil. Non, cette offre moins chère cache peut-être des contraintes.

Raconté intelligemment, ce « non » devient une preuve d’expertise.

« On me demande souvent si je peux trouver moins cher. La réponse est oui, parfois. Mais mon vrai rôle, ce n’est pas seulement de trouver moins cher. C’est de trouver juste. Et parfois, le moins cher devient très cher quand il ne correspond pas au voyageur. »

Dans Ocean’s Eleven, le plan fonctionne parce que chaque détail est pensé. Dans le voyage, c’est pareil.

Le storytelling doit rester sincère !

Le storytelling ne veut pas dire écrire un roman. Un bon récit peut tenir en quelques lignes.

« Elle voulait absolument un hôtel en bord de mer. Après discussion, elle voulait surtout pouvoir tout faire à pied. Ce n’était donc pas la plage qu’il fallait chercher en priorité, mais le bon quartier. C’est aussi ça, notre métier : comprendre la vraie demande derrière la demande. »

Court. Clair. Utile.

Une correspondance trop courte, un hôtel excentré, un transfert mal anticipé ou une offre qui cache des contraintes peuvent devenir des contenus utiles.

Bien sûr, on anonymise et on respecte les clients. Mais on tire une leçon.

« Cette semaine, un voyageur pensait avoir trouvé une super offre. Sur le papier, oui. Dans la réalité, l’aéroport d’arrivée était à deux heures de la ville, le transfert coûtait une fortune et les horaires faisaient perdre quasiment une journée sur place. Une bonne offre, ce n’est pas seulement un prix. C’est un ensemble cohérent. »

Le storytelling consiste plutôt à expliquer à qui une destination correspond… et à qui elle ne correspond pas.

« Cette destination, je la conseillerais à ceux qui aiment prendre leur temps et profiter d’une vraie ambiance locale. En revanche, si tu cherches une animation permanente et des soirées très festives, ce n’est peut-être pas le meilleur choix. »

Le storytelling doit rester sincère ! C’est le point clé.

Le storytelling fonctionne quand il est sincère. Il ne doit pas transformer un agent de voyages en personnage fabriqué, mais révéler ton regard, ton expérience, tes convictions et ta manière de travailler.

Conclusion : raconte juste, raconte vrai

Au fond, le storytelling, ce n’est pas raconter plus. C’est raconter mieux.

Derrière chaque offre, chaque hôtel ou chaque destination, il y a une réflexion. Notre métier n’est pas seulement de réserver. C’est d’écouter, comprendre, conseiller, sécuriser et accompagner.

Si nous ne racontons pas notre valeur, d’autres la résumeront à notre place. Alors autant reprendre la main.

Avec sincérité, pédagogie, personnalité et terrain. Parce qu’un bon storytelling ne sert pas à inventer une belle histoire. Il sert à raconter la vraie valeur de ton métier.

JC, de son vrai nom Jean-Charles Franchomme, évolue dans le tourisme depuis plus de 20 ans.

Depuis 2024, il est cadre commercial groupes et web chez Steam Evasion, où il met à profit sa double compétence terrain et digitale.

Il est aussi le fondateur de la communauté Facebook "100% voyages bons plans et expertises" qui rassemble 3 800 voyageurs.

Entrepreneur dans l’âme, il a également co-fondé deux groupes Facebook influents dans le secteur : CDMV (Collectif de Défense des Métiers du Voyage) et Helpdesk des Pros du Tourisme, devenus des espaces d’échange incontournables pour les professionnels.

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