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De directeur d’hôpital à agent de voyages, Jean-Baptiste Tolsa veut moderniser l'image du métier

« Il est devenu socialement gênant de passer par une agence de voyage. »


Après une carrière dans la santé, Jean-Baptiste Tolsa a créé Odyssélux en 2023. Sans formation spécifique au tourisme, mais avec une solide expérience en droit, en gestion et 70 pays visités, l’entrepreneur pose un regard décalé sur le métier d’agent de voyages. De la garantie financière au business model, en passant par l’image des agences, il milite pour davantage de souplesse et de transparence.


Rédigé par le Vendredi 11 Septembre 2026 à 07:24

« Je vends ce que j’ai vu et ce que je connais. J’aime découvrir des destinations alternatives. Je suis allé à São Tomé cette année, une merveilleuse destination contre-tourisme, pour voyager autrement », précise Jean-Baptiste Tolsa, fondateur de l'agence Odyssélux. @odysselux
« Je vends ce que j’ai vu et ce que je connais. J’aime découvrir des destinations alternatives. Je suis allé à São Tomé cette année, une merveilleuse destination contre-tourisme, pour voyager autrement », précise Jean-Baptiste Tolsa, fondateur de l'agence Odyssélux. @odysselux
Changer de secteur professionnel n’est jamais un long fleuve tranquille. Pour Jean-Baptiste Tolsa, le passage de la direction d’un hôpital à la création d’une agence de voyages aura même pris des allures de parcours du combattant.

À l’origine de cette reconversion, un voyage de noces en Nouvelle-Zélande. Son meilleur ami lui montre un devis qu’il juge particulièrement élevé et difficile à comprendre. Le futur agent de voyages se penche alors sur les chiffres et estime à près de 50 % la marge brute appliquée au voyage.

« À cette période, à l’hôpital, c’était très compliqué. C’était aussi un moment où je ne me retrouvais plus vraiment dans le monde de la santé. Je lui ai donc proposé de créer son voyage », raconte Jean-Baptiste Tolsa.


Une création d’agence semée d’obstacles

En 2023, il se lance donc dans la création d’Odyssélux, sans reprendre de formation spécifique au tourisme. Son parcours lui fournit toutefois quelques bases solides : école de commerce, master 2 en droit des sociétés et master 2 en gestion des établissements de santé.

« La formation au métier d’agent de voyages, je l'ai faite sur le tas, tout seul », explique le fondateur de l’agence. Le plus compliqué ne sera finalement pas d’apprendre le métier, mais de créer l’entreprise, notamment d’obtenir la garantie financière.

« Pour un nouvel arrivant, c’était très simple : je n’ai eu que des refus pour obtenir la fameuse garantie financière », raconte Jean-Baptiste Tolsa.

Après plusieurs démarches, c’est finalement l’APST qui accepte de l’accompagner. Mais au prix, selon lui, d’un parcours particulièrement lourd.

« La procédure a été très longue et bureaucratique. Je pensais quitter la santé parce que c’était trop bureaucratique et un monde un peu vieillissant. Et, en fait, je suis arrivé dans un monde encore plus vieillissant que la santé », déplore le fondateur d’Odyssélux.

La demande de l’APST est, selon lui, particulièrement conséquente : 80 000 euros d’apport, auxquels s’ajoutent environ 20 000 euros d’engagement personnel.

« 80 000 euros, c’est une somme sensationnelle pour un métier qui n’a pas des marges fantastiques », estime le chef d’entreprise.

La création de son agence en France lui prendra ainsi six mois avant même d’avoir commencé son activité.

L’Estonie comme solution de secours

Face à ces difficultés, Jean-Baptiste Tolsa cherche d’autres solutions. Il découvre qu’il est possible de créer une entreprise dans un autre pays européen et monte une agence de voyages en Estonie, comme solution de secours.

« En Estonie, la création de l’entreprise se fait en 24 heures. En une semaine, vous avez vos statuts d’agence et la garantie financière », affirme Jean-Baptiste Tolsa.

Il indique avoir payé environ 500 euros pour la création de la société et 3 000 euros pour la garantie financière. Il ne s’est finalement pas servi de cette structure, la création française ayant abouti.

L’expérience nourrit néanmoins sa réflexion sur le cadre réglementaire français. « Six mois pour créer une entreprise, aujourd’hui, ce n’est pas possible. Six mois, plus la formation, plus l’argent : il va falloir enlever des étapes », considère le fondateur de l’agence.

Pour lui, il ne s’agit pas de remettre en cause la responsabilité des professionnels, mais de simplifier l’accès à l’entrepreneuriat. « Je pense qu’il faut faire un peu plus confiance aux gens qui se lancent, compte tenu des responsabilités qu’ils prennent sur leurs épaules », plaide le fondateur d’Odyssélux.

« Il faut moderniser notre image »

Au-delà des contraintes administratives, le fondateur d’Odyssélux porte un regard critique sur l’image de la profession.

Dans une publication LinkedIn volontairement provocatrice, il écrivait ainsi : « Il est devenu socialement gênant de passer par une agence de voyage. »

Une formule qui fait suite à une interview du chef d’entreprise publiée dans la presse locale. « 80 % des gens ont commenté, grosso modo, que les agences ne servaient à rien. “Moi, je peux trouver tout seul”, “L’IA est meilleure”, etc. », rapporte Jean-Baptiste Tolsa.

Pour le chef d’entreprise, le problème dépasse la question du prix. Il touche à la perception de la valeur ajoutée de l’agent de voyages. « Il y a une vraie question d’image à revoir autour de l’expertise. On fait confiance à l’expert », souligne le fondateur d’Odyssélux.

Sa réponse ? « Montrer davantage le travail réalisé par les professionnels plutôt que de chercher à culpabiliser ceux qui se passent de leurs services. »

Pour lui, les acteurs du tourisme doivent toutefois changer de méthode. Plutôt que des campagnes défensives ou « anti-quelque chose », il appelle à une communication collective et davantage tournée vers la modernité.

« Il faut arrêter de voir l’agence de voyages comme trois personnes derrière un bureau qui ne savent pas trop où elles sont allées et qui vendent des tarifs 50 % au-dessus de ce qu’on peut trouver ailleurs », lance le fondateur de l’agence.

Il plaide notamment pour davantage de présence sur les réseaux sociaux, une meilleure lisibilité des marges et une véritable réflexion autour des influenceurs.

« Il n’y a pas de véritable gestion des influenceurs dans le voyage », considère le fondateur d’Odyssélux. Autre piste : reconnecter les agences aux destinations qu’elles vendent, en développant par exemple des campagnes de promotion territoriale portées par les professionnels français.

Repenser le modèle de l’agence

Cette réflexion sur l’image rejoint celle qu’il porte sur le modèle économique des agences de voyages.

« J’ai l’impression que les agents de voyages voient le monde du voyage côté business, côté agents, et rarement du côté des voyageurs », constate le chef d’entreprise.

À l’inverse, il mise sur une approche très personnelle chez Odyssélux. « Je crée un itinéraire comme je l’aurais créé pour moi si je partais seul », explique le fondateur de l’agence.

L’agence se positionne sur le sur-mesure et privilégie les destinations que son fondateur connaît personnellement. Avec 70 pays visités, Jean-Baptiste Tolsa dispose déjà d’un terrain de jeu conséquent.

« Je vends ce que j’ai vu et ce que je connais. J’aime découvrir des destinations alternatives. Je suis allé à São Tomé cette année, une merveilleuse destination contre-tourisme, pour voyager autrement », précise Jean-Baptiste Tolsa.

Jouer la carte de la transparence

Autre particularité revendiquée par Odyssélux : la transparence sur les marges.

L’idée remonte au fameux devis de voyage de noces qui a déclenché sa reconversion. « J’essaie d’avoir des marges claires et de toujours dire combien je gagne », assure le fondateur d’Odyssélux. Sur un voyage de 5 000 euros, il explique prendre environ 15 % de marge et entend détailler ce que celle-ci rémunère : suivi pendant le voyage, services complémentaires, assurance et outils proposés au client.

Aujourd’hui, l’agence fonctionne encore avec son seul fondateur. Une situation qui devrait évoluer rapidement. « Assez vite, il faut que j’aie des gens qui soient plus experts que moi, notamment sur la vente », annonce Jean-Baptiste Tolsa.


Trouver le bon canal de vente

Pour conquérir de nouveaux clients, Jean-Baptiste Tolsa s’appuie notamment sur les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille. Sa présence sur Internet lui permet d’être identifié comme un expert voyage et de générer des demandes de conseil.

Il a également développé blog et travaillé sur le référencement naturel, après avoir suivi des formations sur le SEO, la création de sites et les réseaux sociaux.

En 2026, il a testé une autre piste : la publicité ciblée. Sans succès. « Je pense que mon erreur, c’est que je vends quelque chose d’assez généraliste. Or, sur les réseaux et dans la vente en général, il faut vendre un produit très spécifique pour que la personne s’identifie très vite », analyse Jean-Baptiste Tolsa.

Une expérience qui nourrit sa réflexion sur la spécialisation. « J’ai l’impression que les agences qui fonctionnent le mieux aujourd’hui sont des agences très spécialisées, qui vendent des choses spécifiques : voyage de chasse, voyage de yoga, voyage chrétien… », observe le fondateur d’Odyssélux.

« Je ne pense pas qu’on soit morts, loin de là »

Après un début d’année 2026 conforme à ses objectifs, l’activité a marqué le pas au printemps avec la guerre au Moyen-Orient, avant de repartir progressivement.

Un comportement qui lui semble révélateur d’une évolution de la demande : les clients voyagent peut-être moins, mais lorsqu’ils partent, ils sont davantage disposés à déléguer.

« On se rend compte que les gens partent de moins en moins, mais quand ils partent, ils partent vraiment. Et ils veulent déléguer à ce moment-là », estime le chef d’entreprise. D’où, une nouvelle fois, l’importance de l’image de la profession. « Je ne pense pas qu’on soit morts, loin de là », affirme Jean-Baptiste Tolsa.


2027 sous le signe de l’IA

Pour 2027, Jean-Baptiste Tolsa entend poursuivre son développement progressivement. Son principal chantier reste encore à trouver : un canal de vente suffisamment clair et efficace.

Il travaille aussi sur l’intelligence artificielle, avec l’idée d’automatiser une partie du processus commercial.

Pas question pour autant de brûler les étapes. Après avoir travaillé sur son blog et testé la publicité ciblée, le fondateur d’Odyssélux compte poursuivre ses expérimentations.

« Comme je suis une petite entreprise, il faut prendre le temps, petit à petit, de construire chaque année un petit truc supplémentaire », conclut Jean-Baptiste Tolsa.

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