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Bleisure : des voyageurs affaires de plus en plus nombreux... Vraiment ? 🔑

Des observations diffĂ©rentes d’un professionnel du tourisme Ă  l’autre


A n’en pas douter, la crise sanitaire et l’essor du tĂ©lĂ©travail ont entrainĂ© dans leur sillage le bleisure en offrant la libertĂ© de s'organiser, de prendre du temps, de prioriser. Bleisure ? Contraction de « business » et « leisure » , est l’art de combiner voyages d’affaires et tourisme. Et ses adeptes seraient de plus en plus nombreux. Vraiment ?


Rédigé par le Mardi 13 Décembre 2022 à 00:05

Trouver un Ă©quilibre entre vie privĂ©e et vie professionnelle est dans l’air du temps.

En 2017, une Ă©tude menĂ©e par CSA affirmait que 85% des voyageurs français profiteraient de dĂ©placements d’affaires pour voir du pays .

Au lendemain de la crise sanitaire, le phĂ©nomĂšne, vous l’aurez compris : ce n’est pas nouveau, mais ça se rĂ©pand et ça s’accĂ©lĂšre.

Ainsi, selon une Ă©tude menĂ©e par Eurostar sur la reprise des voyages d’affaires entre Londres et Paris, plus d’un quart des voyageurs d’affaires ressentent le besoin de rattraper le temps perdu pendant la pandĂ©mie en prolongeant leurs voyages d’affaires, et 86 % envisagent cette approche en 2022.

« Au cours des deux derniÚres années, nous avons tous apprécié la flexibilité du télétravail et beaucoup cherchent à protéger le temps supplémentaire pour les loisirs ou la famille que cela permet.

Pour les voyageurs d’affaires rĂ©guliers, la possibilitĂ© de prolonger les voyages d’affaires pour explorer une nouvelle destination et passer du temps avec des amis et de la famille est une prioritĂ© cette annĂ©e »,
explique François Le Doze.

Une tendance confirmĂ©e par StĂ©phanie Essondo, directrice de l’agence Steph’yTravel Agency :« Des clients profitent de leur voyage d’affaires pour prolonger leur sĂ©jour d’une ou deux nuits de loisir. C’était ponctuel avant la crise sanitaire. »

MĂȘme constat chez Visamundi, agence spĂ©cialisĂ©e dans l'obtention de visas Ă  distance.

« Les entreprises doivent de plus en plus composer avec cette forme de tourisme parce que c'est tout simplement une demande, une attente, notamment des nouvelles générations.

C'est une façon de fidéliser un collaborateur et d'en attirer de nouveaux »,
explique Alexia Duclaud, responsable marketing de Visamundi.

« Une entreprise qui autorise le bleisure se soucie du bien-ĂȘtre de ses collaborateurs, leur permet de lier l'utile Ă  l'agrĂ©able, de rehausser leur moral et de rĂ©duire le taux de stress que peut provoquer un dĂ©placement professionnel. Un collaborateur serein est un collaborateur plus productif », assure-t-elle.

Pour certains, le calcul des Ă©missions de carbone gĂ©nĂ©rĂ©es encouragera les longs sĂ©jours et par la mĂȘme occasion le « bleisure ».

« Cette pratique montre, d'une certaine maniÚre, la volonté des professionnels de rester un maximum de temps dans la destination pour optimiser le coût de leurs déplacements, au sens propre comme au figuré, développe Alexia Duclaud de Visamundi.

Cela permet aux personnes qui ne pourraient pas se le permettre de profiter d'un court séjour de loisirs, sachant qu'elles pourraient déjà faire des économies sur les frais logistiques (déplacement, hébergement...), pris en charge par les entreprises dans le cadre du déplacement professionnel. »


Un créneau pour les hÎteliers

Les professionnels de l’hĂŽtellerie ont choisi de rĂ©pondre Ă  cette requĂȘte des voyageurs d’affaires.

15 % des hĂŽteliers mondiaux ont rĂ©orientĂ© leurs opĂ©rations pour proposer des forfaits « bleisure » ou « work, stay, play » aux particuliers afin de stimuler la demande, selon une enquĂȘte menĂ©e par Amadeus.

Ainsi, sur un week-end, le groupe BarriÚre propose la nuit précédente ou la suivante à un tarif attractif.

« C’est dans la continuitĂ© de cette frontiĂšre qui s’amenuise entre je suis au travail et je profite de mon week-end », souligne Emmanuelle Anglade, directrice gĂ©nĂ©rale commercial, marketing et technologie du groupe BarriĂšre.

« Le Groupe Accor a anticipé ces nouveaux schémas de réservation et propose déjà, au travers de ces différentes marques et solutions de Workspitality, des offres adaptées à ces besoins », souligne Markus Keller, Senior Vice President Sales & Distribution, Accor.

Lire aussi : Covid : quand les hĂŽtels deviennent des bureaux

Quid de la sécurité ?

Au lendemain de la crise sanitaire, le devoir de sĂ©curitĂ© (duty of care) est la principale prĂ©occupation des acheteurs "voyages", selon une Ă©tude menĂ©e par BDC Travel. Alors, comment conjuguer bleisure et sĂ©curitĂ© ? Qu’en est-il en interne ?

« Si un collaborateur souhaite revenir plus tard d’une mission pourquoi le refuser ? C’est Ă  lui de s’assurer qu’il est couvert au-delĂ  de la date Ă©tablie et de prendre en charge les frais. C’est sa responsabilitĂ©. Ça lui permet d’avoir la main sur ses dĂ©placements en termes de confort, de partage communautaire sur des avis », rĂ©pond Michael Lellouche, travel manager de Campus France

Lire aussi : Parole de travel manager : "Le mĂ©tier d’agent de voyages n’est pas mort, loin de lĂ ...".

« Sur notre plateforme, l’entreprise a la possibilitĂ© de prĂ©ciser si elle autorise le salariĂ© ou non Ă  prolonger son dĂ©placement pro pour du perso. Elle exerce un contrĂŽle lĂ -dessus et peut refuser. Si elle accepte, elle s’organise ensuite avec le salariĂ© pour prendre les dispositions nĂ©cessaires.

Le salarié continue à profiter de nos services 24H/24 et 7/7 »
, explique Brice Huet, Ă  la tĂȘte de la plateforme de rĂ©servation Okarito by Swile, qui observe « de plus en plus de retours le samedi ou dimanche. »

« La seule chose que nous autorisons est de prendre un billet retour plus tard que prĂ©vu, comme l’entreprise doit le billet retour Ă  ce salariĂ© (exemple : deux jours aprĂšs pour bĂ©nĂ©ficier du WE) Ă  condition que le prix de celui-ci soit infĂ©rieur ou Ă©gal Ă  celui qu’il aurait dĂ» prendre Ă  l’initial.

Pour le reste le voyageur se débrouille, nous ne prenons pas en charge des frais annexes »,]i explique Marie Boulliat, responsable de projets mobilité chez Lidl.

Lire aussi : Parole de Travel Manager : "L’impact RSE prend de plus en plus d’ampleur"

Un constat loin d’ĂȘtre partagĂ© par tous

Les Ă©tudes faisant part d’un essor du bleisure, sont nombreuses. Mais en interrogeant les professionnels du voyage d’affaires, les avis divergent.

« Cela fait une vingtaine d’annĂ©es que l’on essaye de vendre des produits loisirs Ă  nos clients affaires, sans succĂšs. Pourtant, le fichier clients est important, mais c’est trop compliquĂ© de mettre en Ɠuvre un mode opĂ©ratoire diffĂ©rent du contrat cadre.

Avec la CNIL, les donnĂ©es ne peuvent pas ĂȘtre utilisĂ©es Ă  des fins commerciales »,
exprime Jean-Pierre Lorente, PDG de Selectour Bleu Voyages.

« Je n’y crois pas. Les voyageurs d’affaires voyagent gĂ©nĂ©ralement seuls et sont pressĂ©s de rentrer chez eux, une fois avoir rĂ©pondu au motif de leurs dĂ©placement. Au contraire, les sĂ©jours sont plutĂŽt rĂ©duits. Je ne suis pas sĂ»r que ce soit autorisĂ© par les entreprises, je pense que ce serait mal vu », prĂ©cise Jean-Pierre Lorente.

Une tendance « trĂšs Ă  la marge », aussi chez SuccĂšs Voyages, rĂ©pond Sabine Guilleminot co-fondatrice de l’agence.

MĂȘme constat chez le gĂ©ant American Express GBT.

« Amex GBT est une TMC qui sert exclusivement les besoins affaires de ses clients et il se peut en effet que nous ne soyons pas identifiés comme naturellement candidat à répondre à des besoins bleisure.

Nous avons toute de mĂȘme certains de nos clients qui ont encadrĂ© la pratique mais cela reste marginal »,
explique Antoine Delesalle, directeur des ventes chez American Express Global Business Travel.

« Le bleisure n’est pas un sujet d’actualitĂ© dans les appels d’offres des sociĂ©tĂ©s qui nous sollicitent et nous n’avons jamais Ă©tĂ© approchĂ© pour construire une offre de ce type par nos clients.Les entreprises restant trĂšs concentrĂ©es sur les aspects de duty of care et de sĂ©curitĂ©, le bleisure, qui fait naĂźtre de nombreuses questions autour des assurances notamment n’est pas le sujet de prĂ©occupation des directions achats.

Nous ne sommes d’ailleurs pas non plus sollicitĂ©s pour intĂ©grer cela dans l’écriture de PVE »,
ajoute le directeur des ventes d’Amex.

Le bleisure existe depuis de trĂšs nombreuses annĂ©es et mĂ©rite, peut-ĂȘtre, d’ĂȘtre dissociĂ© des nouvelles tendances telles que le tĂ©lĂ©travail ?

« Le tĂ©lĂ©travail apporte une vraie flexibilitĂ© et permet Ă  certaines populations de travailler librement en dehors de leur lieu premier d’habitation. Ce phĂ©nomĂšne prend de l’ampleur mais ne peut pas forcĂ©ment ĂȘtre liĂ© Ă  du bleisure.

On voit en effet de plus en plus de collaborateurs qui dĂ©cident de travailler d’un nouveau lieu, chez des amis, de la famille ou en rĂ©server un hĂ©bergement pour travailler dans un environnement dĂ©paysant.

Il est assez normal que les hĂŽteliers Ă  l’origine de certaines de ces Ă©tudes voient de nouveaux modes de consommation et les accompagnent d’ailleurs avec des services toujours plus adaptĂ©s aux collaborateurs nomades. Pour autant, parle-t-on ici de bleisure ou simplement de tĂ©lĂ©travail ? »
, s’interroge Antoine Delesalle, directeur des ventes chez American Express Global Business Travel.

Difficile, lĂ  encore, de mesurer l’ampleur du phĂ©nomĂšne...

Caroline Lelievre Publié par Caroline Lelievre Journaliste - TourMaG.com
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Tags : bleisure
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