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Gérant d'agence : "L'Etat a pris un tiers de mes gains jusqu’à ma retraite !" [ABO]

La chronique de Daniel Borja, associé fondateur du cabinet Aragor


Dans sa nouvelle chronique, Daniel Borja, expert-comptable et commissaire aux comptes à la tête du cabinet Aragor, s'essaie à un nouveau genre : la fiction... mais appliquée à l'univers fiscal ! Il y évoque, en quelques épisodes choisis, le parcours d'Iris, aujourd’hui retraitée d’une belle agence spécialisée dans les voyages en Méditerranée, et plus particulièrement en Grèce. Une façon ludique de comprendre le rapport à la fiscalité d'un gérant d'agence de voyages, de ses premiers pas dans le métier jusqu'à la mise en place de sa succession.


Rédigé par Daniel BORJA le Jeudi 3 Septembre 2026 à 06:25

Une vie bien remplie est aussi un gage de contribution pour nos finances publiques, le principal coût étant lié à l’arrêt de l’activité et à la transmission - Photos : Bertrand Sampeur et DepositPhotos.com, AndreyPopov
Une vie bien remplie est aussi un gage de contribution pour nos finances publiques, le principal coût étant lié à l’arrêt de l’activité et à la transmission - Photos : Bertrand Sampeur et DepositPhotos.com, AndreyPopov
Iris est née en Andalousie d’un père espagnol architecte et d’une mère française sage-femme. Seconde de la fratrie, son frère aîné Jason la précède de deux ans.

Dans l’année qui suit sa naissance, sa famille décide de s’installer en France, dans la belle ville de Lyon, à la suite d’une opportunité professionnelle pour ses deux parents.

C’est dans cette belle ville, irriguée par deux fleuves, qu'Iris grandit, dans un bel appartement situé sur les pentes de la Croix Rousse, au sein d'une famille unie et heureuse.

Durant son enfance, la jeune fille reste naturellement à la charge de ses parents. Jusqu’à ses 18 ans, ses besoins se limitent à des dépenses de première nécessité et quelques loisirs.

Sur la base d’un budget de consommation moyen de 9 600 euros annuel pendant 18 ans, Iris a ainsi rapporté 18 904 euros non actualisés à l’Etat au titre de la TVA sur sa consommation.

Devenue majeure, elle décide de devenir agent de voyages, ses parents lui ayant transmis le goût de la découverte de civilisations et cultures étrangères.

C’est alors qu’elle décide de suivre un enseignement de qualité dans une école de commerce spécialisée à Aix-en-Provence (je tairai le nom, mais vous l’aurez reconnue !). Doublé d’un MBA, c’est au total 5 années d’études qui vont s’enchaîner lui permettant de se doter d’un solide bagage pour son avenir professionnel.

Afin de soulager ses parents financièrement, Iris travaille pendant les vacances scolaires, générant un revenu exonéré d’impôt et lui permettant d’avoir plus d’aisance financière. Toutefois, aucune aide sociale ne lui est accordée. De ce fait, et comme pour tout étudiant, tout se compte.


Des études... au métier de conseiller voyages

Durant ces 5 années, son budget augmente considérablement et s’élève en moyenne à 2 800 euros mensuel réglé par ses parents pour 2 000 euros et 800 euros grâce à ses revenus complémentaires.

Il faut avouer qu'Iris commence déjà à voyager, ce qui pèse un peu sur son budget mais la conforte dans son choix professionnel.

Sur cette période de 5 ans, Iris a rapporté 14 750 euros non actualisés à l’Etat au titre de la TVA sur sa consommation.

Titulaire de son MBA, la jeune femme se met en quête d’un travail et envoie son CV dans des villes proches d’un aéroport pour pouvoir mieux organiser ses propres voyages.

C’est ainsi qu’elle est sélectionnée par un tour-opérateur à Annecy. Une belle situation pour elle, car proche des aéroports de Genève et de Lyon, lui permettant ainsi de nombreuses options de départs.

C’est dans cette entreprise qu’Iris passe réellement du théorique à la pratique (bien qu’elle ait déjà fait des stages et des missions ponctuelles en étant en phase d’apprentissage). Insérée dans une belle équipe, elle découvre toutes les facettes du métier pendant 5 ans.

Avec un revenu net mensuel moyen de 2 200 euros qu’elle consomme intégralement dans son train de vie, elle déclenche sa première imposition sur le revenu de 1 800 euros annuel (9 000 euros sur la période) et permet à l’Etat de récupérer 7 600 euros de TVA sur les produits de sa consommation.

C’est à ce moment de son existence qu'Iris prend la décision de se lancer dans une création d’agence de voyages.

La création d'une agence de voyages : TVA, impôts sur le revenu et sur les sociétés

Après avoir recherché le lieu idéal pour son implantation, Iris décidé de créer son agence de voyages dans le Vieux Nice, où il fait si bon déambuler avant de se restaurer autour d’un plat typiquement méridional.

Du haut de ses 28 ans, la jeune chef d'entreprise ne possède que très peu d’économies, tout son budget partant... en voyage ! Alors elle sollicite l’entraide familiale et amicale, les plateformes d’aides à l’installation et, bien sûr, un établissement bancaire.

Ayant réuni les fonds nécessaires, elle se lance dans la création ex nihilo avec la prise à bail d’un local, son aménagement et crée une jolie agence aux couleurs méditerranéennes, après avoir obtenu son immatriculation auprès d'Atout France, sa garantie financière, ses outils de gestion et de facturation, son site Internet, etc.

Et c'est ainsi que, de ses 28 ans à ses 65 ans, Iris va gérer son agence avec ses aléas de fortune : crises géopolitiques mondiales, épidémies, gestion du personnel, problèmes informatiques, etc., mais aussi ses sources d’enchantements, telles la découverte de nouvelles destinations avec ses TO référencés, la rencontre avec les clients, le partage d’expérience, etc.

Le niveau moyen de revenu d’Iris tourne alors autour de 2 800 euros nets sur cette période, avec parfois des primes, lui amenant sur toute cette période un revenu moyen net de 4 000 euros.

Au cours de sa carrière, Iris aura permis à l’Etat d’encaisser 118 000 euros de TVA sur sa consommation ainsi que 228 000 euros d’impôts sur le revenu.

Sa société n’aura pas versé beaucoup d’impôts sur les sociétés, hormis les premières années pour constituer son fonds de roulement et rembourser ses emprunts, soit 40 000 euros.

Céder son agence... à quel prix ?

Entretemps, Iris a rencontré la personne avec qui elle aura la chance de concevoir Anaé, son unique fille, qui partage aujourd’hui sa passion des voyages sans pour autant en avoir fait un projet professionnel.

Malheureusement, son idylle amoureuse n’aura pas duré, l’amenant à une séparation au bout de 15 ans de vie commune.

A 65 ans, finalement, Iris décide de céder son agence de voyages pour une somme rondelette de 300 000 euros. Bénéficiant des dispositions d’exonération pour départ à la retraite, elle n’est imposable sur cette somme qu’au titre des prélèvements sociaux, soit 18,6%, échappant ainsi à l’impôt sur le revenu de 12,8%.

Le montant dû à l’Etat au titre de sa cession s’élève donc à 55 800 euros, lui laissant une somme disponible de 244 200 euros.

Propriétaire de son appartement, Iris se rend ensuite chez son notaire afin de prévoir sa transmission à sa fille unique Anaé, et disposer d'un calcul du montant des droits de succession en cas de décès.

Elle lui annonce son patrimoine :

- un appartement à titre de résidence principale évalué à 380 000 euros et intégralement payé au prix de longues années de remboursement d’un crédit sur 20 ans ;

- 520 000 euros de liquidités résultant du fruit de la vente de son entreprise, d’économies (220 000 euros) et de la succession de ses parents (60 000 euros).

Le notaire lui annonce qu’elle n’a droit qu’à un abattement de 100 000 euros pour le calcul des droits de succession, portant ainsi la douloureuse à 182 961 euros !

Ainsi s'établit le bilan de la vie économique d’Iris :

Anticiper une stratégie de transmission

Il ne s’agit pas ici de porter un quelconque jugement sur ce taux, mais simplement d'apporter la démonstration qu’une vie bien remplie est aussi un gage de contribution pour nos finances publiques et que le principal coût est lié à l’arrêt de l’activité et à la transmission qui, dans notre exemple, représentent 35% de la fiscalité totale.

C’est à ce niveau qu’il convient d’agir au plus tôt, pour ainsi anticiper une stratégie de transmission qui prenne en compte les intérêts de la personne qui transmet, comme ceux de celle qui reçoit.

Lire aussi : Pacte Dutreil 2026 : tout savoir sur le dispositif phare pour transmettre son entreprise

L’Etat, dans sa bienveillance, a prévu un certain nombre de mesures pour aider à la transmission et, dans notre cas, Iris a notamment bénéficié d’une exonération d’impôts sur le revenu de 38 400 euros et d’un abattement de 100 000 euros. Mais n’aurait-elle pas pu anticiper sa cession et prévoir ainsi une meilleure gestion de ses capitaux ?

En tout cas, souhaitons-lui une excellente retraite, avec encore un peu de contribution d’impôts sur le revenu…

Daniel Borja, expert-comptable et commissaire aux comptes

Daniel Borja - Photo : Bertrand Sampeur
Daniel Borja - Photo : Bertrand Sampeur
Daniel BORJA est expert-comptable et commissaire aux comptes, basé à Lyon.

Il possède une formation technique en informatique de gestion et en expertise comptable, ainsi qu'un diplôme en gestion fiscale.

Au cours de sa carrière, il a géré successivement deux structures d'expertise comptable et de commissariat aux comptes à Lyon.

Actuellement il occupe les postes suivants :

expert-comptable ;

commissaire aux comptes ;

• fondateur et co-gérant de la structure d'expertise comptable et de commissariat aux comptes ARAGOR installée à Lyon, Gap, La Fare-en-Champsaur et Eygliers avec une équipe d'une quarantaine de collaborateurs ;

• fondateur et co-gérant du groupe TRIPLE ADVISOR, réseau de cabinets d'expertise comptable ;

• fondateur et gérant de la structure BORJA, société spécialisée en accompagnement des dirigeants sur l'optimisation de revenus, l'ingénierie d'entreprise et la transmission.

Daniel BORJA accompagne ses clients dans leur développement, de la création ou l'acquisition jusqu'à la cession/transmission de leur entreprise. Il apporte son soutien, son expérience et son savoir-faire en ingénierie et en stratégie d'entreprise en tant que membre du CODIR de certaines structures.

En plus de ses compétences techniques, il possède également des compétences sectorielles dans le domaine du tourisme et celui de la santé. Son expérience et ses connaissances dans ces domaines font de lui un professionnel qualifié pour répondre aux enjeux et aux défis auxquels font face les entreprises et les professionnels de ces secteurs.

Avec plus de 30 ans d'expérience dans le domaine de l'expertise comptable et du commissariat aux comptes, Daniel BORJA met son savoir-faire au service des dirigeants en adoptant une vision à 360°de l'entreprise. Il conçoit de l'ingénierie dans le respect de la vision du dirigeant pour lui-même, son entreprise et ses équipes, en prenant en compte les aspects comptables, fiscaux, humains et économiques.

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Tags : daniel borja
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