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Thierry Marx : "il faut donner le pouvoir aux collaborateurs !" 🔑

Thierry Marx, le président de l'UMIH


C'est un chef iconoclaste, dans le bon sens du terme, aussi bien par ses plats que ses idĂ©es. Thierry Marx ne regarde pas le monde et la cuisine d'avant avec nostalgie, tout comme il ne critique pas les nouvelles gĂ©nĂ©rations que certains mettent au pilori en raison de leur prĂ©supposĂ© manque d'envie, ou d'Ă©coute... Pour le patron de l'UMIH, il est nĂ©cessaire d'arrĂȘter de "mentir Ă  la jeunesse", d'accepter que les "codes changent", offrir une "rĂ©munĂ©ration Ă©panouissante" et rĂ©former nos modĂšles de "formation".


Rédigé par le Vendredi 12 Juillet 2024 à 00:05

Thierry Marx est un peu un ovni dans l'univers du voyage.

Le chef Ă©toilĂ©, qui s'est extrait socialement Ă  la force des bras et de ses recettes, n'a pas hĂ©sitĂ© Ă  taper sur le gouvernement dĂ©nonçant l’hypocrisie de celui-ci au sujet de son projet de loi sur l’immigration.

Il appelait mĂȘme Ă  la rĂ©gularisation des travailleurs immigrĂ©s dans le secteur de la restauration.

Et alors que de nombreux patrons se plaignent dans la distribution et la production touristique de la jeune génération, pour le président de l'UMIH, il est temps de poser un autre regard sur une jeunesse qui "apprend deux fois plus vite que nous."

"Nous avons beaucoup menti Ă  cette jeunesse.

J'ai souvent entendu : ils n'ont pas eu de chance, l'ascenseur social est en panne. Comment a-t-on pu nous vendre cette idée du non-goût de l'effort ?

La réussite sociale est un escalier,
la responsabilité de la République est de faire en sorte que les marches soient réguliÚres pour tout le monde,
" recontextualise Thierry Marx.


"Les métiers de la cuisine et de la salle sont Instagramables", c'est un atout selon Thierry Marx

Au lieu d'opposer les générations, le chef multi-étoilés repose le cadre.

Il définit aussi cette jeunesse comme plus engagée socialement, sans doute un peu plus autocentrée, mais ce n'est pas une génération à exclure, bien au contraire.

A lire : Thierry Marx : "Les politiques se rendent-ils compte de l’état du pays ?"

"Nous avions imaginé la réussite sociale par l'achat d'une maison, pour eux, elle passe par les moyens de se payer un voyage au long court. Les codes ont changé.

Si demain, ils n'ont plus envie de travailler, ce n'est pas une table de ping-pong dans une cantine qui va les retenir.


Pour eux, l'entreprise doit vite les faire progresser. Il faut admettre cette sociĂ©tĂ© au rythme oĂč elle va,
" recadre l'entrepreneur.

D'ailleurs, si les codes moraux et de vie ont changé, ceux du travail aussi.

Il y a encore quelques années, n'importe quel patron aurait hurlé en voyant un serveur ou un chef de partie dégainer son téléphone pour prendre une photo.

Le patron du restaurant ONOR tolĂšre plutĂŽt cet outil.

"Les métiers de la cuisine et de la salle redeviennent attirants, parce qu'ils sont Instagramables.

Je ne peux pas dire à un collaborateur ou collaboratrice de ne pas travailler avec son téléphone. Il fait un travail de photographe. Nous devons faire rentrer cela dans nos référentiels.
"

L'intégration de ces nouvelles habitudes ne se font pas sans contrepartie.

"La formation est complÚtement inadaptée" d'aprÚs Thierry Marx

Tous les apprentis, commis, nouveaux salariés doivent respecter un acronyme : RER, pour Rigueur, Engagement, Régularité.

A la veille des Jeux olympiques, prÚs de 200 000 emplois sont toujours vacants dans le secteur HCR (hÎtels-cafés-restaurant).

Or si le tourisme permet de monter deux par deux l'escalier social, il faut dire que les salariés commencent bas, trÚs bas au niveau des rémunérations et avec des avantages sociaux quasi-inexistants.

"Un cuisinier dĂ©butant percevra un salaire mensuel compris entre 1 250 euros et 1 350 euros net par mois, soit mĂȘme pas au-dessus du SMIC, mais il pourra atteindre plus de 2 200 euros pour un employĂ© expĂ©rimentĂ©," comme le rĂ©vĂšlent nos confrĂšres de Capital.

Alors comment rendre attractives ces professions ?

A lire : Thierry Marx va-t-il rĂ©volutionner l’UMIH ?

La semaine des 4 jours est bien à l'étude, selon Thierry Marx, il faut aussi ne pas rentrer en frontal avec ces nouvelles générations, mais intégrer leurs codes, puis... il faut former, à vitesse grand V.

"Aujourd'hui, la formation est complÚtement inadaptée à l'évolution des mentalités et de notre société.

On me dit qu'un CAP dure entre 1 et 3 ans, pour apprendre 80 gestes de base, 4 grandes cuissons des Ɠufs, des poissons, des lĂ©gumes et des viandes, mais aussi les recettes des 5 desserts du patrimoine culinaire français.

Il est indispensable d'obtenir son CAP au bout de 8 mois. Un moment donné, nous devons former plus vite et mieux,
" assĂšne Thierry Marx.

Management : "dur avec les faits, bienveillant avec les gens" Thierry Marx

Une formation et une alternance qui ne doivent pas cacher l'esprit de liberté que possÚdent certains néo-professionnels.

Pour le chef Ă©toile, les acteurs du tourisme doivent ĂȘtre en mesure de laisser partir leurs poulains, s'ils ont d'autres objectifs de vie Ă  ce moment prĂ©cis. Nous l'entendons souvent au grĂ© des salons et confĂ©rences, des patrons qui se plaignent de perdre des alternants, une fois le contrat terminĂ©.

"Nous devons sortir de l'antiquité : j'ai investi sur une personne, je pense qu'elle est à moi. Ce n'est pas vrai et il faut l'accepter.

Je conseille d'inverser la façon de penser, plutĂŽt de se dire : j'ai formĂ© un futur ambassadeur de ma boĂźte et peut-ĂȘtre que quand il va revenir de ce voyage, il sera trĂšs content de retrouver un poste dans mon entreprise.

Dans mes sociĂ©tĂ©s, j'ai toujours fĂȘtĂ© les dĂ©parts de mes collaborateurs,
" poursuit Thierry Marx.

Et cette stratégie semble payante. En moyenne les salariés restent une vingtaine d'années dans les entreprises de l'entrepreneur, avec des allées et venues ici ou ailleurs. Celui qui n'a pas fait de grandes études, ni fréquenté des écoles renommées, est aussi l'apÎtre d'un management bienveillant, appris sur le tas.

"Je n'ai jamais voulu avoir de grands managers issus de grandes écoles de management qui sont plein de poncifs et qui assÚnent des vérités qu'ils n'ont jamais vécues.

Ma façon de manager se résume en une phrase : je suis dur avec les faits, bienveillant avec les gens.

Quand la personne n'est pas dans les ratios annoncĂ©s ou les projections, il faut trouver la solution. Je ne dis pas qu'il faille la virer, rien ne m'impose d'ĂȘtre le bourreau, mais de trouver une rĂ©ponse Ă  ce problĂšme.

La personne est mise devant ses responsabilités,
" explique l'entrepreneur.

"il faut donner le pouvoir aux collaborateurs" explique Thierry Marx

Ce n'est pas la seule clé du succÚs.

Pour le chef parisien, il est indispensable de mener à bien la philosophie de l'empowerment, soit l'autonomisation des équipes.

"Il ne faut pas mettre de pression excessive sur les collaborateurs, mais leur donner du pouvoir.

Le premier exercice que j'avais eu d'un professeur qui m'a marqué et qui s'appelait José Gutman. Il prenait une bouilloire, la remplissait d'eau, il bouchait tous les trous, la branchait et demandait : ça explose quand ?

Personne ne savait et pas plus lui, mais voilà ce qui arrive quand vous mettez trop de pression sur vos équipes, ça va exploser, sauf que vous savez ni quand ni comment.
"

Ce n'est pas le seul enseignement, il conseille aussi d'apprendre à déléguer, manager, savoir bien donner un ordre et surtout faire des retours d'expérience.

L'erreur, bien souvent rĂ©primĂ©e dans le monde moderne, doit ĂȘtre vue en opportunitĂ©.

Dans les mĂ©tiers du tourisme une seule chose prĂ©vaut sur toute : l'expĂ©rience client. Et celle-ci ne peut ĂȘtre bonne que si les salariĂ©s sont Ă©panouis et heureux.

"Avant de parler de qualitĂ© de vie au travail ou de marque employeur, il faut savoir si les gens s'Ă©panouissent avec leur rĂ©munĂ©ration. Des gens Ă©panouis, c'est quand mĂȘme beaucoup plus facile Ă  manager.

Il y a beaucoup d'Ă©lĂ©ments de langage dans ces notions, je pense que nous devons arrĂȘter d'infantiliser nos collaborateurs,"
conclut Thierry Marx.


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