TourMaG.com, 1e TourMaG.com, 1e

logo TourMaG  




Comment le voyage peut-il nous garder alignés ? [ABO]

La chronique de Cathy Bou, fondatrice d'Agapè


Présente au Forum des Pionniers 2026 en Égypte, je ne suis pas revenue avec des réponses. Je suis revenue avec une question. Une seule. Comment le voyage peut-il nous garder alignés ? Cette question m'accompagne depuis que j'ai quitté les rives du Nil. Pourtant, tout avait été pensé avec un professionnalisme remarquable.


Rédigé par le Mardi 21 Juillet 2026 à 07:30

Lors du Forum des Pionniers 2026, sur les bords du Nil, des jouets en plastique apportés par les Pionniers ont été laissés aux enfants Nubiens. Sur le moment, tout semblait généreux. Puis une question est apparue. Étions-nous en train de laisser un souvenir… ou une distorsion ? - Photos : Jules DESPRETZ et Nicolas Demare
Lors du Forum des Pionniers 2026, sur les bords du Nil, des jouets en plastique apportés par les Pionniers ont été laissés aux enfants Nubiens. Sur le moment, tout semblait généreux. Puis une question est apparue. Étions-nous en train de laisser un souvenir… ou une distorsion ? - Photos : Jules DESPRETZ et Nicolas Demare
Le Forum des Pionniers 2026, imaginé par Travel Insight, Travel Evasion et l'ESCAET, avec le soutien du Ministère du Tourisme et des Antiquités d'Égypte et des équipes locales, restera sans aucun doute une belle expérience professionnelle.

Réunir plus de 130 dirigeants du tourisme français dans un pays aussi fascinant que complexe relevait d'un véritable défi.

Les hôtels, les bateaux, les guides, les conférences, les rencontres, la logistique, etc. Tout concourait à faire de cette semaine une expérience exceptionnelle.

Mais parfois, ce sont précisément les plus belles expériences qui nous déplacent.

Pas parce qu'elles sont imparfaites. Parce qu'elles nous obligent à regarder autrement.


Laisser un souvenir… ou une distorsion ?

Je me souviens d'un instant suspendu. Je nageais seule dans le Nil, protégée par un pionnier bienveillant.

Je m'étais éloignée de la rive. Le bruit s'effaçait peu à peu. Devant moi, le fleuve retrouvait sa majesté silencieuse. Derrière moi, la vie continuait.

Des familles nubiennes profitaient de cette journée d'été. Des pionniers riaient avec des bouées et des pistolets à eau en plastique. Trois participants avaient choisi de découvrir le désert à dos de dromadaire. D'autres avaient préféré gravir les dunes à pied, simplement pour voir ce qu'il y avait derrière l'horizon.

En repartant, les jouets ont été laissés aux enfants. Sur le moment, tout semblait généreux.

Puis une question est apparue.

Étions-nous en train de laisser un souvenir… ou une distorsion ?

Faire entrer le vivant dans les décisions

Quelques heures plus tard, une autre scène est venue nourrir cette réflexion.

Lors de la soirée blanche, chacun recevait une guirlande lumineuse. On m'en a tendu une. Je l'ai refusée. Je n'ai rien expliqué. Je n'en ai pas eu besoin.

Le regard de la personne qui me la proposait, comme celui de mon voisin, m'a fait comprendre que le message était passé. Plus tard, de retour sur le bateau, certains avaient suspendu leurs guirlandes au-dessus du Nil. L'une d'elles est tombée dans le fleuve.

Une simple guirlande. Une goutte de plus.

Je me suis alors demandé : À quel moment une "goutte de fée" devient-elle la goutte de trop ?

C'est là que je me suis sentie désalignée. Non pas avec les organisateurs. Avec moi-même. Parce que j'ai compris que mon métier ne consiste plus seulement à accompagner des démarches RSE.

Mon métier consiste à faire entrer le vivant dans la salle où les décisions sont prises.

Une somme de petits gestes qui interpelle

Pendant tout le voyage, j'ai regardé les détails.

Une climatisation soufflant à 17°C dans un couloir largement ouvert sur l'extérieur alors que le thermomètre affichait près de 40°C. Non seulement une dépense énergétique inutile, mais surtout un risque sanitaire pour les personnes passant sans cesse d'un choc thermique à l'autre.

Des bouteilles d'eau entamées puis abandonnées. Des tote bags distribués mais peu utilisés pour les achats locaux.

Des excursions à dos de dromadaire proposées presque naturellement pour vivre un rêve d’enfant alors que la question du bien-être animal devient centrale pour une nouvelle génération de voyageurs, un cauchemar pour adulte.

Pris séparément, aucun de ces détails ne paraît grave. Ensemble, ils racontent quelque chose.

Ils racontent notre manière de décider.

Les grandes transformations naîssent de milliers de petites décisions

Pendant longtemps, j'ai cru que les grandes transformations du tourisme naîtraient de grandes décisions.

Aujourd'hui, je crois exactement l'inverse. Elles naissent de milliers de petites décisions auxquelles plus personne ne prête attention. Une température. Une bouteille. Une guirlande. Une excursion. Une décoration. Un achat. Une signalétique. Une question posée… ou jamais posée.

Le tourisme responsable ne se joue pas uniquement dans les bilans carbone. Il se joue dans cette culture de la décision.

L'Égypte m'a également rappelé ce que notre métier produit de plus beau.

Je revois encore ces longues conversations, installée à l'avant du bateau. Le Nil défilait lentement. Le temps semblait suspendu. Nous parlions stratégie, destinations, métiers, avenir du tourisme. Sans écran. Sans urgence. Simplement entre professionnels passionnés.

C'est cela aussi, voyager. Créer des liens. Déplacer les regards. Accepter que nos certitudes soient bousculées.

Une seule question pour transformer une décision

L'édition précédente du Forum des Pionniers, à Marseille, démontrait qu'il était possible d'organiser un événement exemplaire dans un environnement familier.

L'Égypte racontait une autre histoire.

Celle d'une destination magnifique où les contraintes sont plus nombreuses, les arbitrages plus complexes et les réalités culturelles différentes.

C'est précisément dans ces contextes que la responsabilité prend tout son sens. Non pas rechercher un voyage parfait. Mais chercher, ensemble, à prendre de meilleures décisions. Avec un peu plus de recul. Un peu plus d'humilité. Et surtout un peu plus de vivant.

Avec le recul, une conviction s'est imposée à moi. Si j'avais participé à la préparation de ce voyage, je n'aurais probablement pas proposé de révolution.

J'aurais simplement posé une vingtaine de questions. Avons-nous besoin de ces objets éphémères ? Existe-t-il une alternative locale ? Pouvons-nous sensibiliser les participants à quelques gestes simples avant leur départ ? Pourquoi ne pas expliquer pourquoi certaines activités ne sont plus proposées ? Comment faire de chaque décision un héritage positif pour la destination qui nous accueille ?

Il suffit parfois d'une seule question pour transformer une décision.

Les pionniers ne sont pas ceux qui savent déjà. Ce sont ceux qui acceptent encore de se poser des questions. Les vraies. Celles qui dérangent. Celles qui déplacent. Celles qui empêchent de décider trop vite.

Parce qu'au fond, le tourisme responsable ne commence pas lorsqu'un voyage est terminé. Il commence bien avant. Au moment où quelqu'un, autour de la table, ose demander : "Que pouvons-nous apporter de plus à l'expérience ?"

Pour moi ce serait du sens.

À propos de Cathy Bou

Cathy Bou - Photo : Nicolas Demare, Nidimages
Cathy Bou - Photo : Nicolas Demare, Nidimages
Le parcours de Cathy Bou est celui d'une professionnelle qui a grandi avec le tourisme.

Entrée chez Thomas Cook comme stagiaire dans une agence de voyages à Arcachon, elle y construit pendant près de vingt-cinq ans un parcours riche et évolutif.

D'agente de voyages à responsable de la relation client en région parisienne, elle découvre le métier sous toutes ses dimensions : la distribution, la relation client, la gestion des situations sensibles, le management, la conduite du changement et les premiers enjeux du développement durable.

Animée par une soif d'apprendre et de transmettre, elle choisit en 2015 de se reconvertir et obtient un Master en Management de la Responsabilité Sociétale des Organisations (RSO) au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Cette formation marque un tournant décisif : mettre son expertise du tourisme au service de sa transformation durable.

Elle fonde alors Agapè, un bureau d'études spécialisé dans la stratégie responsable. Depuis, elle accompagne des entreprises, des agences de voyages, des tour-opérateurs, des organisateurs d'événements ainsi que des acteurs de la santé dans la construction de modèles conciliant performance économique, responsabilité environnementale et impact social.

Son parcours l'a conduite à intervenir sur des événements internationaux majeurs tels que la COP21, le G7 de Biarritz, le salon BIG de Bpifrance ou encore le Congrès mondial de la nature de l'UICN, ainsi qu'auprès d'institutions publiques, de grandes entreprises et d'organisations de référence, parmi lesquelles l'Institut Curie.

Rien ne la prédestinait à cette trajectoire. C'est précisément ce regard de praticienne, forgé par l'expérience du terrain autant que par la réflexion stratégique, qui nourrit aujourd'hui ses analyses.

À travers ses chroniques dans TourMaG, elle défend une conviction : le tourisme de demain se construira en conciliant la santé des entreprises, la santé des personnes et la santé du vivant.

À propos d'Agapè

Agapè est un bureau d'études en stratégie responsable qui accompagne les organisations dans leurs démarches de transformation, de certification, d'évaluation environnementale et de montée en compétences.

Le bureau intervient principalement dans les univers du tourisme, de l'événementiel et de la santé, avec une conviction forte : une performance responsable naît de l'équilibre entre les dimensions économiques, humaines, environnementales et de gouvernance.

Elle repose également sur la capacité des dirigeants à comprendre la complexité, à prendre des décisions éclairées et à agir avec cohérence.

À travers ses missions de conseil, d'audit, de formation et le développement de solutions numériques, Agapè aide les organisations à faire de leur engagement responsable un véritable levier de performance, de résilience et de préservation du vivant.

Plus qu'un cabinet de conseil, Agapè développe un écosystème de méthodes, d'outils et de formations destiné à accompagner les décideurs dans les transitions qui façonnent le monde de demain.


Lu 516 fois

Notez

Nouveau commentaire :

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitôt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus








































TourMaG.com
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Bing Actus
  • Actus sur WhatsApp
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias