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Silverton, le village que les peintres ont sauvé [ABO]


Silverton aurait pu rester une ville fantôme. Puis les artistes sont arrivés. John Dynon y a trouvé une porte de sortie, Michael Jones une manière de respirer. Dans leurs ateliers envahis de couleurs, ils racontent aujourd’hui ce que la mine avait laissé derrière elle : un village, une lumière et une autre façon de survivre.


Rédigé par le Dimanche 26 Juillet 2026 à 09:43

À Silverton, rien ne rouille en paix : tout finit peint. © Sébastien Cros / WeTravelAustralia™
À Silverton, rien ne rouille en paix : tout finit peint. © Sébastien Cros / WeTravelAustralia™
Silverton, fin de journée. La lumière dorée rase les tôles ondulées d’un hangar peint de toutes les couleurs. Un vieux vélo repose contre le mur. Sur la pancarte, deux émeus aux yeux ronds montent la garde : John Dynon Gallery. Open.
À l’intérieur, tout est peinture. Les murs, les poutres, les objets, jusqu’à la moindre poignée. Au milieu de cet univers, John Dynon, 72 ans, porte une chemise à carreaux du Mundi Mundi Bash et le sourire tranquille de ceux qui n’ont plus rien à prouver.
« Je suis le maire, le shérif et la ville », dit-il en riant.
Il n’exagère qu’à moitié. Né à Broken Hill et installé à Silverton depuis une quarantaine d’années, John est devenu l’un des visages de ce village que l’histoire a failli effacer. Car c’est ici, avant même l’essor de Broken Hill, que les premiers filons d’argent, de plomb et de zinc attirèrent les mineurs et les chercheurs de fortune. C’est également dans cette région qu’est née BHP, devenue depuis l’un des géants miniers mondiaux.
Puis le grand filon fut découvert plus à l’est. Les hommes partirent, les commerces fermèrent, les maisons furent parfois démontées pour être reconstruites ailleurs. Silverton se vida progressivement jusqu’à devenir presque une ville fantôme.
« Et puis les artistes l’ont reprise », résume John.
Il est de ceux-là, mais son chemin vers la peinture n’a rien d’une vocation de salon. John a travaillé sous terre, dans les mines. Il y a aussi perdu beaucoup d’amis.
« Je voulais sortir. Je savais dessiner. Alors j’ai commencé à peindre, et je me suis sorti de là. »
La phrase est posée simplement, sans pathos. Pour lui, l’art ne fut pas un passe-temps. Il fut une porte de sortie, une façon de quitter la nuit de la mine sans quitter cette région qui l’avait façonné.
Je lui demande s’il fuit encore quelque chose lorsqu’il peint. Il sourit.
« Probablement. On fuit tous quelque chose, non ? J’ai 72 ans et je suis toujours inspiré. »
Dans un coin de la galerie, quelques motos rappellent une autre histoire de Silverton. Lorsque Mad Max 2 fut tourné dans les plaines environnantes, au début des années 1980, la production cherchait des motards. Tous ses amis obtinrent un rôle. Pas lui. John travaillait alors en trois-huit à la mine et ne put se libérer. Les motos sont restées dans la galerie, comme un clin d’œil à cette occasion manquée et à cette autre vie du village, devenu au fil des années un décor recherché par le cinéma.
Avant de partir, je lui demande ce qu’il dirait à un voyageur français pour lui donner envie de venir jusqu’ici.
Il n’hésite pas.
« L’histoire. Et le plus beau des paysages. Les couleurs, les levers et les couchers de soleil. »

John Dynon
John Dynon


À quelques pas de là, un autre atelier raconte une autre manière d’habiter Silverton. Michael Jones, bonnet vissé sur la tête dans le froid du matin, travaille debout devant son chevalet, pinceau en main.
Sur la toile, une scène de tonte prend forme : un hangar bleu, des tondeurs penchés sur les moutons, la lumière qui descend entre les tôles. Autour de lui, les murs racontent le bush. Un ciel d’orage monumental au-dessus de la plaine, des gommiers rouges, du bétail cherchant l’ombre et des paysages où la présence humaine semble toujours minuscule face à l’espace.
Pourquoi peindre ?
Michael ne cherche pas ses mots.
« C’est ma religion. C’est comme respirer. Je dois le faire. »
Ce qu’il peint, dit-il, c’est la vie du bush. Il en chronique les gestes, les animaux, les métiers, les arbres et les changements de lumière. Ses tableaux ne cherchent pas à embellir le pays. Ils cherchent à en conserver la mémoire, à saisir ce qui disparaît parfois avant même que l’on ait compris son importance.
Et Silverton, qu’est-ce qui la rend si particulière ?
« Le paysage et la lumière. La lumière qui frappe le pays, les arbres, les animaux. »
John Dynon a commencé à peindre pour sortir de la mine. Michael Jones peint parce qu’il ne saurait pas vivre autrement. Deux hommes, deux histoires, deux façons d’expliquer pourquoi les artistes ont trouvé ici bien davantage qu’un décor.
Dans ce village de quelques dizaines d’habitants, l’art n’est pas une activité du dimanche. Il est devenu le langage du lieu, son métier, sa seconde vie après l’argent, le plomb et le zinc...et le tournage des Mad Max...
La mine avait construit Silverton, puis l’avait presque vidé. Les peintres lui ont rendu ses couleurs.

Photos : © Sébastien Cros / WeTravelAustralia™

Michael Jones © Sébastien Cros / WeTravelAustralia™
Michael Jones © Sébastien Cros / WeTravelAustralia™

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