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Ingrid Mareschal (FNTV) : "On sent les difficultés économiques arriver" [ABO]

Cars Macron : "un bilan extrêmement positif"


La hausse des carburants, les annulations liées aux épisodes de canicule et aux incendies, les difficultés de répercussion des coûts et un carnet de commandes qui se contracte : pour la FNTV, l'année 2026 marque un coup d'arrêt après plusieurs années de croissance. Entretien avec Ingrid Mareschal, déléguée générale de la Fédération Nationale des Transports de Voyageurs (FNTV).


Rédigé par le Mardi 1 Septembre 2026 à 06:51

« 78% des entreprises ne sont pas satisfaites des modalités de répercussion des coûts, notamment ceux liés aux carburants », affirme Ingrid Mareschal, déléguée générale de la FNTV - Depositphotos.com, Vbaleha
« 78% des entreprises ne sont pas satisfaites des modalités de répercussion des coûts, notamment ceux liés aux carburants », affirme Ingrid Mareschal, déléguée générale de la FNTV - Depositphotos.com, Vbaleha
TourMaG.com - Quel bilan tirez-vous de l'année 2026 ?

Ingrid Mareschal :
C'est une année difficile économiquement pour nos adhérents.

Nous avions une activité en développement depuis la sortie du Covid, malheureusement la crise géopolitique nous a confronté à des difficultés énergétiques, avec des hausses importantes du coût des carburants et des difficultés à les répercuter.

Cela a entraîné beaucoup d'annulations. La situation a également été aggravée par les épisodes de canicule et les incendies.

TourMaG.com - Pourquoi est-il si difficile de répercuter les hausses de carburant ?

Ingrid Mareschal :
Quand les prix ont commencé à augmenter en mars, beaucoup de prestations avaient déjà été vendues et acceptées. Il n'y a généralement pas d'actualisation du coût au moment de la prestation.

C'est particulièrement vrai pour des clients comme l'Éducation nationale, les associations subventionnées ou les voyages sociaux et éducatifs. Leurs budgets sont contraints et, pour l'Éducation nationale notamment, les budgets sont parfois arrêtés six mois à l'avance.

Il est donc difficile pour une entreprise de demander une réactualisation à un client dont on sait qu'il n'a pas de marge. Les entreprises doivent alors soit maintenir la prestation au prix prévu avant la crise, soit faire face à une annulation.

TourMaG.com - Quel impact cela a-t-il sur les carnets de commandes ?

Ingrid Mareschal :
On sent un fléchissement, avec des prestations qui ne sont plus commandées par rapport à l'année précédente.

La canicule a également eu un impact très fort. Beaucoup d'événements ont été annulés, ainsi que les activités qui y étaient liées. La fin de l'année scolaire a notamment été très difficile, car beaucoup de sorties et de voyages scolaires sont concentrés sur cette période.

Les incendies ont également eu un impact important sur le tourisme dans le Sud-Ouest.


"Eviter de rouler à perte"

TourMaG.com - Quelles solutions existe-t-il pour soutenir les entreprises ?

Ingrid Mareschal :
Nous faisons beaucoup de pédagogie auprès des clients pour expliquer nos coûts et les augmentations que nous subissons. Ce n'est pas une démarche supplémentaire pour les entreprises : l'objectif est simplement d'éviter de rouler à perte.

Quand le coût du carburant augmente fortement, le transporteur peut perdre toute sa marge sur une prestation.

Nous souhaitons également travailler avec l'Éducation nationale sur la question des voyages scolaires. Une convention sur les rythmes de l'enfant préconisait notamment au moins un voyage scolaire par niveau et par classe chaque année.

C'est une mesure importante sur le plan éducatif, mais nous craignons qu'elle reste au stade des bonnes intentions si elle n'est pas accompagnée de décisions concrètes et de moyens.

Transition énergétique : "On ne peut pas mettre un car électrique pour faire 600 km"

Ingrid Mareschal, déléguée générale de la Fédération Nationale des Transports de Voyageurs (FNTV) - FNTV
Ingrid Mareschal, déléguée générale de la Fédération Nationale des Transports de Voyageurs (FNTV) - FNTV
TourMaG.com - La décarbonation constitue un autre enjeu majeur. Où en est la profession ?

Ingrid Mareschal :
Nous sommes encore davantage en retard dans le tourisme, car nous sommes sur des distances plus longues que dans le transport scolaire ou les lignes régulières. Aujourd'hui, nous n'avons pas forcément de solution technologique adaptée.

Un car électrique ne peut pas parcourir 600 kilomètres. Les autocaristes essaient donc notamment d'utiliser des biocarburants dans les véhicules diesel, mais ils ne sont pas reconnus au niveau réglementaire comme un véritable verdissement de la flotte.

TourMaG.com - Le coût de ces alternatives constitue-t-il également un frein ?

Ingrid Mareschal :
Oui. Les biocarburants comme le B100 ou le HVO sont déjà plus chers que le diesel et ils ont eux aussi subi les augmentations du coût de l'énergie.

Pour le HVO, il existe en plus des tensions d'approvisionnement. Les réglementations européennes imposent l'incorporation de biocarburants dans les carburants fossiles, ce qui augmente la demande et réduit les volumes disponibles pour une utilisation pure.

TourMaG.com - Que faudrait-il pour accélérer la transition ?

Ingrid Mareschal :
Il faut parvenir à augmenter l'autonomie des véhicules électriques. La technologie va évoluer, mais nous n'y sommes pas encore.

Et l'autonomie ne suffit pas : il faudra également des systèmes de recharge très rapides. Si un autocar doit s'arrêter trois heures sur l'autoroute pour recharger, ce n'est pas compatible avec les attentes des clients et les temps de trajet.

Il faut donc travailler à la fois sur la technologie et sur le maillage des infrastructures de recharge.

La FNTV demande également une clause de revoyure concernant les objectifs de sortie des motorisations thermiques, afin que les biocarburants puissent être pris en compte. Pour le transport touristique longue distance, le « zéro émission » électrique ne paraît pas aujourd'hui applicable à toutes les activités.

Cars Macron : "Un bilan extrêmement positif"

TourMaG.com - Les cars Macron ont fêté leurs dix ans en 2025. Quel bilan en tirez-vous ?

Ingrid Mareschal :
Le bilan est extrêmement positif. Le dispositif a permis de développer un mode de déplacement supplémentaire pour les clients, qui n'existait pas auparavant et qui est moins cher que certains autres modes, notamment le train.

Le car est complémentaire. Le client arbitre en fonction du temps qu'il est prêt à consacrer au transport et du prix.

En revanche, nous avons un déficit de capacité d'accueil dans de bonnes conditions, avec des gares routières qui n'existent pas ou qui ne sont pas adaptées.

TourMaG.com - Le problème est particulièrement visible à Paris...

Ingrid Mareschal :
Oui. La fermeture de Paris-Bercy a été repoussée et une gare routière a été rouverte temporairement à Porte-Maillot. À plus long terme, l'objectif est de créer un nouveau hub à Saint-Denis-Pleyel.

Aujourd'hui, les conditions d'accueil à Bercy ne sont pas satisfaisantes : problèmes de toilettes, de sécurité, mais aussi difficultés liées à la cohabitation avec les riverains.

Plus largement, la question des gares routières concerne toute la France. Un projet de loi-cadre prévoit notamment d'imposer aux collectivités de plus de 200 000 habitants de disposer d'une infrastructure d'accueil. Mais avec les contraintes budgétaires actuelles des collectivités, rien n'est encore gagné.

BlaBlaCar Bus : "Certains autocaristes se retrouvent dans des situations très compliquées"

TourMaG.com - Que signifie pour le marché la sortie de BlaBlaCar Bus prévue début 2027 ?

Ingrid Mareschal :
C'est une petite surprise. Un repreneur avait souhaité se positionner sur la reprise des activités, mais cela n'a pas abouti. Les activités vont donc progressivement s'arrêter d'ici la fin de l'année, les derniers contrats pouvant aller jusqu'en janvier.

BlaBlaCar travaille avec des autocaristes indépendants auxquels les lignes sont sous-traitées. Certains avaient signé de nouveaux contrats juste avant l'annonce, acheté des véhicules et recruté des conducteurs. Cela les met dans des situations très compliquées.

TourMaG.com - Comment le marché pourrait-il se réorganiser ?

Ingrid Mareschal :
FlixBus avait déjà une part de marché plus importante que BlaBlaCar. On peut donc imaginer qu'il étudiera la reprise de certaines lignes rentables.

Des opérateurs étrangers pourraient également s'intéresser à certaines liaisons, notamment dans le Sud-Ouest vers l'Espagne. Alsa pourrait par exemple être intéressé par certaines lignes.

Emploi : "La situation s'est bien améliorée"

TourMaG.com - Où en est la pénurie de conducteurs ?

Ingrid Mareschal :
La situation s'est bien améliorée. Nous avons beaucoup formé ces deux ou trois dernières années et nous avons progressivement rattrapé notre retard après la crise sanitaire.

Il existe toutefois des difficultés structurelles de recrutement. Nous travaillons donc sur la formation, l'image du métier et l'attractivité, notamment à travers la négociation de la convention collective et les augmentations salariales.

Il faut également sensibiliser davantage les jeunes. Nous sommes en concurrence avec tous les autres métiers.

Une difficulté particulière est l'âge d'entrée dans la profession, puisque le permis nécessaire ne peut pas être passé avant 18 ans. Nous devons donc trouver des solutions pour former les jeunes candidats en amont.

2027 : "On sent les difficultés économiques arriver"

TourMaG.com - Quels sont les autres dossiers qui préoccupent les autocaristes ?

Ingrid Mareschal :
La complexité administrative est un véritable enjeu, notamment pour les voyages à l'étranger. Les entreprises doivent gérer des déclarations de TVA dans différents pays et des réglementations qui peuvent varier d'un État à l'autre.

Nous allons faire un travail important d'accompagnement des entreprises pour leur expliquer ces réglementations. Mais il faudrait aussi réfléchir à une simplification, notamment avec des déclarations de TVA harmonisées au niveau européen pour les entreprises qui traversent plusieurs pays.

Autre sujet de tension : les conditions de stationnement des autocars de tourisme à Paris. La ville souhaite réduire fortement, voire supprimer, la présence des autocars dans la capitale.

La Fédération entend poursuivre les discussions avec la nouvelle municipalité, même si les premières prises de position restent peu favorables au secteur.

TourMaG.com - Quelles perspectives pour 2027 ?

Ingrid Mareschal :
Nous sommes plutôt inquiets. L'année s’annonce dans la lignée de 2026. Aujourd'hui, nous sentons les difficultés économiques arriver.

Selon notre dernier baromètre, 78% des entreprises ne sont pas satisfaites des modalités de répercussion des coûts, notamment ceux liés aux carburants. Une quarantaine d'entreprises se disent également particulièrement inquiètes pour leur avenir et leur trésorerie à six mois.

La FNTV en chiffres :



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