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Budget 2027 : déficits, dette, stop ou encore ? [ABO]

L'édito de Paula Boyer


Si une approche strictement comptable ne fera jamais un projet d'avenir -mobilisateur- pour ses habitants, quel avenir peut-il y avoir pour la France si elle continue de s'enfoncer dans les déficits publics et les dettes ? Des questions à se poser sérieusement à l'heure où le gouvernement prépare le budget pour 2027, à quelques mois d'une élection présidentielle qui pourrait être décisive.


Rédigé par le Lundi 31 Août 2026 à 07:36

En France comme aux Etats-Unis, établir le budget de l'Etat est devenu un véritable casse-tête© vectorlab/ DepositPhotos
En France comme aux Etats-Unis, établir le budget de l'Etat est devenu un véritable casse-tête© vectorlab/ DepositPhotos
Alors que se profile la rentrée, la préparation du Projet de loi de finances (le PLF) pour 2027 relève plus que jamais du casse-tête : avec la remontée des taux d'intérêt, la France doit depuis la mi-août emprunter à 4,1 % –soit plus cher que l’Italie et l'Espagne- pour boucler ses fins de mois. Du jamais vu depuis 2008 !

A ce rythme, le déficit public atteindra environ 5,9 % du PIB en 2027, puis près de 7 % en 2030 tandis que la charge de la dette de la France augmentera d'environ 10 milliards d'€ par an entre 2027 et 2030.

Ainsi, la dette pourrait dépasser 130 % du PIB en 2030. Ce serait une catastrophe
car chaque euro utilisé pour payer les intérêts des emprunts n'est pas investi dans l'éducation, la santé, la sécurité, les infrastructures ou - dans un contexte accru d'incertitudes internationales- la Défense.

Pas de consensus dans le pays

Le gouvernement Lecornu espère encore éviter d'en arriver là en coupant dans les dépenses publiques.

L'ennui, c'est qu'en France, il n'y a de consensus ni sur le diagnostic ni sur le remède.

Tout au contraire, fin août, les universités d'été de LFI, du PS et des Verts ont confirmé que, pour ces partis, le salut de la France, pays pourtant déjà quasi champion du monde des prélèvements obligatoires (impôts + taxes+cotisations sociales), passe -toujours- par un alourdissement accru de la fiscalité et la fuite en avant dans les dépenses.

A gauche, tous suggèrent -certes, avec des nuances- de taxer très fortement les superprofits des entreprises, éventuellement de réduire les aides publiques dont elles bénéficient, de faire payer plus d’impôts aux "riches", et tout particulièrement aux milliardaires qualifiés de "nuisibles" par la député européenne LFI Manon Aubry. Voire, comme la secrétaire générale de la CFDT, de taxer plus les successions.

En sus, Jean-Luc Mélenchon avance sa stratégie controversée d'annulation pure et simple d’une partie la dette publique française
détenue par la BCE (Banque Centrale européenne). Ce serait pourtant contraire aux traités européens et tout, sauf évident, à mettre en œuvre. Quant aux éventuelles conséquences (perte de confiance des investisseurs, crise financière, etc.), elle sont soigneusement éludées.

Si aucun accord n'est trouvé au Parlement sur le budget de l'Etat pour 2027 -ou si le budget est in fine censuré comme espère déjà LFI, le gouvernement gagnera peut-être du temps en adoptant une loi spéciale, mais rien ne sera réglé sur le fond.

Le tableau d'ensemble est pourtant sans appel : non seulement, la France vit au-dessus de ses moyens
(aucun budget bouclé en équilibre depuis 1974) mais elle décroche progressivement dans trop de domaines : excédent commercial agricole –historique- effondré ; recul de l’industrie manufacturière (elle ne représente plus que 9,5 % du PIB, contre 14,5 % en moyenne en Europe) ; PIB français par habitant désormais inférieur à la moyenne européenne ; taux de chômage (8,3 %) en hausse, défaillances d'entreprises à un niveau historiquement élevé...

Comment cela pourrait-il durer ?

Tous autour d'une table ?

Dans ce contexte difficile, le monde du tourisme (8 % du PIB français ) n’est, évidemment, pas à l’abri.

Lui aussi se trouve régulièrement confronté à la nécessité de réduire les dépenses publiques
. Voici peu, par exemple, le remboursement des cures thermales –précieux pour booster la fréquentation des villes d'eau- a failli être sérieusement remis en cause pour alléger les dépenses de santé.

Dans sa chasse aux économies, le gouvernement a déjà réduit les crédits alloués à Atout France, pourtant chargé de développer l'attractivité de la destination France à l’étranger.

En parallèle, bien des collectivités locales, en manque de subsides publics, ont coupé dans les budgets des CRT et ADT, alourdi la fiscalité sur les résidences secondaires et aussi la taxe de séjour acquittée dans les hôtels, gîtes et autres hébergements.

Désormais, communes et professionnels du tourisme redoutent carrément une reprise en main par l'État de la gestion de cette taxe pourtant destinée au développement touristique local.

L'alourdissement de la fiscalité pèse inévitablement sur le coût des séjours en France, déjà élevé par rapport à des destinations concurrentes. Résultat : les vacanciers sont tentés de réduire leurs séjours ou de chercher des alternatives moins onéreuses. Ainsi, l'avenir se dessine en pointillé.

Certes, une approche strictement comptable ne fera jamais un projet d'avenir -mobilisateur- pour un pays. Mais, quel avenir peut avoir un pays qui ploie de plus en plus sous la dette ? Les exemples évoqués ci-dessus montrent que, sauf à jouer la politique du pire, des sacrifices seront nécessaires et douloureux.

Dans ce contexte, au lieu de faire assaut de démagogie, ne serait-il pas préférable de se mettre, tous, autour d’une table jusqu’à trouver un consensus raisonnable?
Certes, ce n’est pas dans la culture française, mais la gravité de la situation et le souci de l'avenir l’exigeraient.

PAULA BOYER Publié par Paula Boyer Responsable rubrique LuxuryTravelMaG - TourMaG.com
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