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Trois nouveaux parcs en France : jackpot touristique ou contradiction écologique ? Le débat !

Emmanuel Macron a annoncé le financement de trois parcs à thème


Lundi 24 août, Emmanuel Macron recevait un prince, avec à la clé des annonces presque royales pour le tourisme. Avec 6 milliards d’euros d’investissement apportés par l’Arabie saoudite et décidés par Mohammed Ben Salman, la France va se doter non pas d’un, mais de trois nouveaux parcs à thème. "Du jamais vu depuis Disneyland Paris", selon le président de la République. Alors que l’encre n’a pas encore totalement séché, nous avons demandé leur avis à Rémy Kanfou, Jean Viard et à un haut responsable du tourisme français.


Rédigé par le Mercredi 26 Août 2026 à 07:17

L'annonce des 3 nouveaux parcs "acte de décès de la France comme 1ère destination mondiale du tourisme durable" selon Rémy Knafou - Visuel généré par l'IA
L'annonce des 3 nouveaux parcs "acte de décès de la France comme 1ère destination mondiale du tourisme durable" selon Rémy Knafou - Visuel généré par l'IA
Ces dernières années, et malgré le succès de Disneyland Paris, enfin devenu rentable, la France semblait décrocher dans l’attractivité des parcs à thème.

L’Espagne se dotait d’un Puy du Fou, l’Allemagne attirait un nouveau Parc Astérix, quand Londres surfait sur la visibilité de celui consacré à Harry Potter en annonçant la création d’un Universal Studios à horizon 2031.

Puis Emmanuel Macron a reçu Mohammed Ben Salman, dit MBS, ce lundi 24 août 2026.

Le président de la République ne s’est pas attardé sur les contrats d’armement, préférant dévoiler la signature d’un "contrat-cadre" qui valide l’investissement de l’Arabie saoudite à hauteur de 6 milliards d’euros en France, pour la construction de trois parcs à thème... en Île-de-France.

"Si nous sommes encore la première destination touristique au monde, c’est grâce à Disneyland Paris, sinon ce ne serait plus le cas.

Le fait de renforcer cette puissance-là est extrêmement intelligent. Ça l’est d’autant plus que nous sommes bien placés géographiquement, Paris est la seule grande métropole européenne et que nous disposons d’une grande partie des infrastructures de mobilité.

Ça va mettre la lumière sur Paris d'une nouvelle manière et c'est très bien
", se montre positif Jean Viard, auteur de l'ouvrage "Le livre des vacances... Et ce qu'elles disent de nous."

"Quels auraient été les titres, s’ils avaient décidé d’investir en Espagne ?"

Et d’ailleurs, selon les propres mots d’Emmanuel Macron, repris par Libération, nous vivons un moment "sans précédent, du jamais vu depuis Disneyland Paris".

De son côté, un haut fonctionnaire fin connaisseur du tourisme tempère un peu l’enthousiasme présidentiel.

"Entre l’annonce politique, avec les 6 milliards d’euros et les trois parcs, puis ce qui va se passer en réalité, il peut y avoir un gap. Les projets vont être affinés, c’est un long processus.

Après, on est quand même dans des dimensions pour le moins spectaculaires.

Je comprends les investisseurs, car la rentabilité, l’image et le prestige sont à Paris, mais cela va concentrer le tourisme sur une grande région qu’est l’Île-de-France, même si cela va irradier dans les Hauts-de-France
", estime-t-il.

Selon ce très fin connaisseur de l’industrie touristique, les premiers bruits ont commencé à circuler en haut lieu il y a déjà un peu plus d’un an.

Cette annonce ne serait donc pas de la poudre aux yeux, mais bien un projet réel.

De plus, l’Arabie saoudite investit en France, mais notre pays va continuer de participer au développement du Royaume.

En marge de l’entretien entre les deux dirigeants, l’Agence française pour le développement d’AlUla, présidée par Jean-Yves Le Drian, a vu son contrat renouvelé pour cinq ans afin de poursuivre la création de cette nouvelle destination mondiale. Le soft power serait donc bilatéral.

"Je ne veux pas minimiser l’action du gouvernement français, dans la cherche permanente d'investisseurs, mais ce dossier est essentiellement porté et poussé par les Saoudiens.

Les Saoudiens ont identifié la France comme un pays prioritaire où investir dans le tourisme et tout ce qui tourne autour de la culture, du soft power, etc.

Contrairement à ce que l’on peut dire, la France reste très attractive pour les investisseurs.

Imaginez quelle aurait été notre discussion, et quels auraient été les titres des journaux, s’ils avaient décidé d’investir en Espagne ? C’est quand même un bon point qu’ils pensent investir ici et pas ailleurs
", poursuit cette personne, qui a préféré conserver l’anonymat.

"L’acte de décès de la France comme 1ère destination mondiale du tourisme durable"

Malgré ces satisfecit, quelques voix s’élèvent contre ce projet encore très flou.

À l’exception du parc Dragon Ball Z, qui devrait voir le jour sur le site de l’éphémère Mirapolis, fermé seulement quatre ans après son ouverture, en 1991, rien n’a filtré sur les thématiques des autres lieux.

"iJe crois davantage qu’il s’agit d’un coup, exploitant une opportunité, que d’une politique à proprement parler. En tout cas, je ne vois ni vision ni cohérence, mais seulement une volonté de faire ce que l’on peut dans le contexte qui est le nôtre.

D’une part, nous n’avons pas réellement de politique touristique, si les mots ont un sens ; d’autre part, tout se passe comme si le réchauffement climatique n’existait pas.

Il s’agit d’une décision qui aurait pu être justifiée au XXe siècle]i", déplore Rémy Knafou, géographe et auteur du livre "Hypertourisme, le tourisme à l’épreuve de sa démesure".

Cette annonce pose bien évidemment la question de son financement par un État pas vraiment respectueux des droits de l’homme dans leur ensemble, ni de la liberté de la presse.

A lire : Emmanuel Macron : "Devenir la 1ère destination durable d'ici 2030"

De plus, ce projet va à rebours des prétentions françaises, réaffirmées par Serge Papin, à savoir faire de la France la première destination durable du monde. Une qualification dont on ignore encore la mesure, alors même que notre pays est en quête de toujours plus de voyageurs internationaux.

"C’est donc l’acte officiel de décès de la volonté affichée de faire de la France la première destination mondiale du tourisme durable, car il est des contradictions qu’on ne peut espérer surmonter.

Cela étant, je peux comprendre que, dans la situation budgétaire qui est la nôtre, on ne soit pas regardant sur les solutions qui s’offrent à nous.

Mais alors, il faut cesser de nous rebattre les oreilles avec le tourisme durable et admettre que le tourisme n’est, pour l’État, qu’un élément de rééquilibrage de la balance des paiements et une béquille pour rattraper des erreurs de politiques macroéconomiques
", dénonce-t-il.

"Dès qu’il y a de grands projets, tout le monde dit qu’il ne faut pas les faire", selon Jean Viard

Des propos qui rejoignent ceux de Jean Pinard et de bien d’autres acteurs du tourisme institutionnel.

Pour rappel, l’année passée, la destination Paris Île-de-France avait concentré près de 50 millions de visiteurs, dont 23 millions d’étrangers, sur les 102 millions accueillis en France.

"Au sujet du financement de ces parcs et au regard des très faibles moyens de l’État français, mieux vaut les mettre dans les hôpitaux, les écoles, la recherche, donc dans les missions essentielles de l’État.

Il faut être clair, on aurait rêvé d’un projet structurant pour nos régions.

Après, il existe un point qui plaide en faveur de cet investissement : construire sur le site de Mirapolis, qui s’est cassé la figure il y a 35 ans.

C’est en jachère. Il y a besoin de réveiller ce lieu, qui peut être structurant pour le Val-d’Oise et le nord de Paris, mais aussi pour les Hauts-de-France, j’insiste
"", se veut positif ce haut fonctionnaire.

Pour Jean Viard, bien plus enthousiaste, il est important de célébrer ces annonces.

Déjà, lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le sociologue avait attiré l’attention de l’auditoire, notamment des très nombreux responsables politiques présents, sur l’indispensable réenchantement de notre futur, afin de le rendre désirable et de donner de l’espoir aux jeunes générations.

Alors que les médias parlent régulièrement d’une guerre à venir avec la Russie, d’une crise économique mondiale, d’un déclassement de la France ou encore de l’IA, qui devrait remplacer bon nombre d’emplois, cette annonce apparaît comme une bouffée d’air frais.

"Le grand danger, en France, c’est que dès qu’il y a de grands projets, tout le monde dit qu’il ne faut pas les faire, pour diverses raisons. Le projet va créer de nombreux emplois, il va réutiliser un lieu qui s’est effondré, c’est du développement durable touristique.

On ne peut pas vivre sans plaisir et une société vit autour de ces moments de plaisir. Sans cela, elle s’effondre. Après, nous pouvons essayer qu’ils aient moins d’impact sur l’environnement, ou alors qu’ils aient des impacts différents.

Puis le précédent grand parc n’est autre qu’Euro Disney, qui valorise, avec la technologie moderne, les contes européens des XVIIIe et XIXe siècles. Avec Dragon Ball Z, nous sommes dans la modernité, avec une thématique plus nouvelle.

Ce sont des lieux d’avenir
", recadre Jean Viard.

"La concurrence vis-à-vis de Disney et Astérix est un point sensible"

Le Gaulois réfractaire est aussi le premier à plébisciter les parcs d’attractions, qu’ils soient franciliens ou en province.

Allons-nous vers une industrie touristique standardisée ?

"Le centre du lien social s’est déplacé du travail vers le temps libre. Donc, en un siècle, on a inventé tout un tas d’activités, comme les parcs d’attractions. Ce qui attire dans ce genre de lieux, c’est un produit complet, familial, qui parle autant aux parents qu’aux enfants. On peut y dormir et y manger.

De plus, ce sont des endroits sécurisés, voilà ce qui est vendu, un peu comme les villages de vacances.


Cela va permettre aussi d’augmenter les revenus touristiques. Le problème de la France, c’est que nous n’arrivons pas à créer de l’activité autour du tourisme. Les Américains ont très peu de touristes, mais cela leur rapporte le double de chez nous.

Nous n’avons pas su moderniser nos structures depuis la création des stations de ski et balnéaires. Nous devons bousculer tout cela, même si c’est avec des capitaux étrangers
", analyse Jean Viard.

D’ailleurs, pour le sociologue, ce type d’investissement doit aussi permettre de rapprocher les cultures, d’offrir une plus grande ouverture à l’Arabie saoudite et, qui sait, de combattre un jour le réchauffement climatique, car cela sera l’affaire de tous.

En attendant que ce miracle ait lieu, la construction de trois nouveaux parcs, dans le rayonnement direct de Disneyland Paris et du Parc Astérix, interroge Dominique Hummel, ancien président du Futuroscope.

"La question de la concurrence vis-à-vis de Disney et Astérix est l’un des points sensibles.

Le projet vise vraisemblablement plusieurs millions de visiteurs annuels. Certes, le positionnement qui sera choisi permettra sans doute de cibler de nouveaux publics, de faire croître le marché global et de doper l’attractivité francilienne.

Les parcs sont dans une économie de l’offre ! Mais il y aura aussi de la cannibalisation. Et, parmi les conditions de réussite, il y a enfin l’accessibilité
", conclut l’ancien cadre de la Compagnie des Alpes.


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