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Tourisme et climat : 5 actions concrètes pour réduire l'empreinte carbone de votre entreprise [ABO]

La chronique de Camille Le Guilloux


Face au changement climatique, le tourisme est désormais en première ligne, entre canicules, sécheresses et bouleversement des saisons, mais aussi en matière d'empreinte carbone. Pour les professionnels, Camille Le Guilloux, experte en marketing responsable, dévoile cinq leviers RSE qui permettent d'agir concrètement, avec à la clé un tourisme plus sobre, résilient et attractif.


Rédigé par le Mercredi 26 Août 2026 à 07:17

Il faut vraiment voir la transition écologique comme un formidable levier d'innovation et d’adaptation - DepositPhotos.com, duiwoy
Il faut vraiment voir la transition écologique comme un formidable levier d'innovation et d’adaptation - DepositPhotos.com, duiwoy
Cet été, difficile d'ouvrir un journal sans tomber sur une nouvelle liée au climat.

Les mégafeux ont ravagé la Gironde, les incendies se sont multipliés dans plusieurs régions françaises, les restrictions d'eau liées à une sécheresse s'installent durablement… Autant d'événements qui rappellent que le changement climatique n'est plus un scénario lointain. Il façonne déjà nos territoires, nos paysages et nos activités touristiques.

Et comme si cela ne suffisait pas, juillet 2026 est devenu le mois le plus chaud jamais enregistré en France, après un mois de juin déjà historique !

Le tourisme est en première ligne. Il subit directement les conséquences du dérèglement climatique : saisons bouleversées, fermeture de sites naturels, tensions sur la ressource en eau, évolution des attentes des voyageurs

Mais il y contribue également. Selon les dernières estimations du Service des données et études statistiques (SDES), l’empreinte carbone de la consommation touristique en France s'élève à 75 millions de tonnes de CO₂e en 2023.

Les déplacements représentent à eux seuls 65% de cette empreinte, ce qui en fait de loin le premier levier d'action pour la filière.

Le think tank The Shift Project rappelle également que 85% des distances parcourues par les Français pour leurs voyages reposent encore sur des énergies fossiles. Un constat qui montre toute l'ampleur du défi… mais aussi les nombreuses opportunités d'innovation pour le secteur !

Alors, face à ces chiffres, que fait-on ? Par où on commence ? Première bonne nouvelle : réduire son empreinte carbone ne signifie pas renoncer à faire voyager. Non, il s'agit surtout de repenser certaines pratiques.

Et deuxième bonne nouvelle : toutes les actions n'ont pas le même impact. L'objectif n'est donc pas de tout changer d'un coup, mais de concentrer vos efforts sur les postes d'émissions les plus importants. Et pour cela vous allez avoir besoin de calculer votre empreinte carbone !


Mesurer pour mieux agir

Réduire son empreinte carbone sans indicateur, c'est un peu comme partir en randonnée sans carte : on avance, mais il est difficile de savoir si l’on va dans la bonne direction.

Des outils comme le Bilan Carbone® (créé en 2004 par l’ADEME et porté depuis 2011 par l’ABC, l’Association pour la transition Bas Carbone), ou le GHG Protocol permettent d'identifier les principaux postes d'émissions et de définir des priorités d'action.

Attendez-vous à ne pas obtenir un chiffre absolument parfait. Le bilan carbone est surtout là pour comprendre où se situent les impacts les plus importants afin d'investir votre temps et vos ressources là où ils seront réellement utiles.

Et maintenant que vous avez une bonne base de départ, on peut vraiment commencer !

1. Agir sur les mobilités, le premier levier de décarbonation

Sans surprise, le transport représente le principal poste d'émissions du tourisme.

Pour beaucoup, c'est ici que se trouvent les gains les plus importants. Bien sûr, un hôtel ou une agence de voyages ne choisit pas toujours le mode de transport de ses client·es. Par contre, il peut influencer leurs décisions.

Quelques pistes d'action :

- mettre en avant les itinéraires en train lors de la réservation

- proposer des réductions ou avantages aux voyageurs arrivant en mobilité douce

- développer des partenariats avec les réseaux de transports en commun ou les loueurs de vélos

- installer des bornes de recharge pour véhicules électriques

- encourager les déplacements professionnels en train lorsque cela est possible.

En interne, on peut également repenser les déplacements des collaborateurs grâce au covoiturage, au forfait mobilités durables ou encore au télétravail lorsque les missions le permettent.

L'objectif ici n'est pas d'interdire l’avion ou la voiture, mais d’offrir davantage d'alternatives et de rendre les choix les plus sobres plus simples et plus attractifs !

2. Réduire les consommations d'énergie des bâtiments

Hôtels, restaurants, campings, résidences de tourisme ou sites de visite : les bâtiments représentent eux aussi une part importante des émissions de gaz à effet de serre.

Bonne nouvelle : de nombreuses actions permettent de réduire simultanément l'empreinte carbone ET les factures énergétiques !

Parmi les leviers les plus efficaces :

- remplacer progressivement les éclairages par des LED

- améliorer l’isolation thermique

- optimiser les systèmes de chauffage et de climatisation

- installer des détecteurs de présence dans les espaces communs

- suivre régulièrement les consommations d'énergie pour identifier les dérives.

Les investissements les plus importants peuvent être intégrés à une stratégie de rénovation énergétique sur plusieurs années. Là encore, l'essentiel est d’avancer étape par étape.

3. Repenser son offre alimentaire

L’assiette constitue un autre levier souvent sous-estimé. Dans l’hôtellerie-restauration, les choix alimentaires influencent directement l'empreinte carbone d'un établissement.

Valoriser les produits locaux et de saison, travailler avec des producteurs du territoire, proposer davantage d'options végétariennes ou encore lutter contre le gaspillage alimentaire sont autant d'actions qui bénéficient à la fois au climat, à l’économie locale et à l’expérience des visiteurs.

Le tourisme possède justement cette super capacité à raconter un territoire. Mettre en avant les savoir-faire locaux et les circuits courts enrichit autant le séjour que le repas lui-même !

4. Acheter autrement

La transition passe également par les achats. Produits d'entretien, mobilier, linge de maison, équipements numériques, cadeaux clients… Chaque achat possède une empreinte environnementale.

Adopter une politique d'achats responsables consiste notamment à privilégier :

- des produits durables et réparables

- des fournisseurs locaux lorsque cela est possible

- du mobilier issu du réemploi

- des produits écolabellisés

- des équipements conçus pour durer.

Cette logique s’inscrit pleinement dans les principes de l’économie circulaire : mieux utiliser les ressources existantes avant d’en produire de nouvelles.

5. Enfin, ne jamais oublier le numérique !

Réservation en ligne, campagnes marketing, sites internet, réseaux sociaux, intelligence artificielle… le numérique est devenu incontournable dans notre quotidien et pour travailler.

Malheureusement, comme le digital n’est pas quelque chose de complètement palpable, l’impact environnemental reste encore largement méconnu.

Sans renoncer (évidemment) aux outils numériques, il est possible d'adopter une approche plus sobre :

- alléger son site internet et supprimer les contenus inutiles

- limiter la vidéo sur son site et sur les réseaux sociaux

- prolonger la durée de vie des équipements informatiques

- limiter le stockage de données superflues

- utiliser les outils d’IA quand c’est pertinent, en privilégiant les usages à forte valeur ajoutée.

Pour en savoir plus sur l’impact du numérique et notamment de l’IA, je vous conseille l’article « Intelligence artificielle : le vrai coût environnemental de la course à l’IA » du média Bon Pote, ainsi que de participer ou organiser des ateliers comme La Fresque du Numérique et La Bataille de l’IA.

Idée bonus : se faire labelliser pour accélérer sa transition

Lorsqu’une entreprise souhaite structurer sa démarche environnementale, une question revient parfois : faut-il viser un label ? La réponse est généralement oui… à condition de ne pas considérer le label comme une fin en soi.

Un label n'a pas vocation à « verdir » une entreprise. Son véritable intérêt est ailleurs : il aide à structurer une démarche, à fixer des objectifs, à mesurer ses progrès et à engager une amélioration continue.

Pour les professionnels du tourisme, il constitue également un signal de confiance auprès des voyageurs, des partenaires et des collaborateurs.

Selon votre activité, plusieurs référentiels peuvent vous accompagner :

- La Clef Verte est aujourd'hui le premier label environnemental international dédié aux hébergements touristiques et aux restaurants ;

- pour les opérateurs de voyage, le label ATR - Agir pour un Tourisme Responsable valorise les agences engagées dans une démarche exigeante en matière de responsabilité environnementale, sociale et économique ;

- les entreprises présentes à l'international peuvent également se tourner vers Travelife, reconnu dans le secteur ;

- vous pouvez aussi vous appuyer sur des référentiels transversaux comme ISO 14001, Engagé RSE (AFNOR) ou encore B Corp, qui permettent de structurer une stratégie globale de développement durable.

Quel que soit le référentiel choisi, l’essentiel reste le même : utiliser le label comme un outil de progression, et non comme une simple vitrine.

Enfin, n’oubliez pas non plus un facteur primordial : l’humain. Sensibiliser vos collaborateurs et vos voyageurs !

Vous pouvez retrouver quelques conseils dans deux précédents articles : « 10 ateliers de sensibilisation incontournables dans le tourisme » et « Voyager responsable : comment engager sans culpabiliser ? ».

Réduire son empreinte carbone : une opportunité pour réinventer le tourisme

Pendant longtemps, la transition écologique a été perçue comme une succession de contraintes : nouvelles réglementations, investissements, changements d'habitudes…

Aujourd'hui, il faut vraiment la voir comme un formidable levier d'innovation et d’adaptation.

Bien sûr que réduire son empreinte carbone permet de limiter son impact sur le climat. Mais c'est aussi l'occasion de maîtriser ses consommations d'énergie, de renforcer ses liens avec les acteurs locaux, de proposer des expériences plus authentiques et de répondre aux attentes d’une clientèle toujours plus attentive à ces sujets.

Et non, réduire son empreinte carbone ne consiste pas à faire moins de tourisme. Il s’agit plutôt de faire un tourisme plus résilient, plus sobre et plus désirable.

Chaque entreprise avancera à son rythme. L'important étant de commencer, de mesurer ses progrès et de continuer à apprendre.

Comme toujours, la meilleure stratégie bas carbone n'est pas celle qui promet la perfection, mais c’est celle qui s'inscrit durablement dans le quotidien de l’entreprise !

À retenir pour les pros du tourisme

- commencez par identifier vos principaux postes d'émissions avant de multiplier les actions.

- les transports, l'énergie, l'alimentation, les achats et le numérique sont les principaux leviers de réduction.

- sensibiliser vos équipes est indispensable pour transformer durablement les pratiques.

- accompagnez vos voyageurs avec des solutions simples et positives plutôt qu'avec des messages culpabilisants.

- les labels RSE constituent un excellent cadre pour structurer votre démarche et valoriser vos engagements.

- la transition bas carbone n'est pas seulement une réponse au changement climatique : c'est aussi une opportunité de renforcer la résilience, l'attractivité et la compétitivité de votre entreprise.

Retrouvez tous les articles de Camille Le Guilloux en cliquant ici.

Camille Le Guilloux - DR
Camille Le Guilloux - DR
Experte Marketing Responsable, Camille Le Guilloux s’est donné pour mission d’inspirer, outiller et guider les entreprises vers des pratiques plus éthiques et durables du marketing.

Devenue infopreneur à impact et animatrice de différents ateliers RSE de sensibilisation (Fresque du Climat, Atelier 2 tonnes, Fresque Océane, Fresque des Nouveaux Récits), elle accompagne aujourd'hui les entreprises et les étudiant·es en école de Commerce à mettre en place des stratégies performantes et responsables !

Site web : www.kerezenn.com


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