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Rachat d'easyJet par Apollo : quel plan de vol ?

partenaire de plusieurs acteurs de l’aérien dont Air France – KLM


Le fonds américain Apollo Global Management a pris cet été et sous reserve d'approbation, 49,9 % d’easyJet. Déjà partenaire de plusieurs acteurs de l’aérien dont Air France – KLM, quelle sera la stratégie de ce puissant acteur financier concernant la compagnie britannique ? La question se pose notamment concernant d’éventuels partenariats.


Rédigé par le Mercredi 26 Août 2026 à 07:16

Rachat easyJet par Apollo : quel plan de vol ? - Crédit : depositphotos. Boarding2Now
Rachat easyJet par Apollo : quel plan de vol ? - Crédit : depositphotos. Boarding2Now
C’était un des feuilletons de l’été. Qui allait finalement l’emporter pour acquérir 49 % du capital du Britannique easyJet ?

Deux fonds américains Castlelake et Apollo Global Management étaient engagés dans le sprint final à coup de surenchères au fur et à mesure que la date limite pour déposer des offres, plusieurs fois repoussée, se rapprochait.

C’est finalement Castlelake qui a flanché, laissant Apollo s’emparer de la mise pour un montant de 6,7 milliards d’euros pour presque la moitié du capital de cette « pépite » de l’aérien.
Le document officiel détaillant l’opération et à destination des actionnaires et des autorités devait être publié dans les jours qui viennent mais on apprend ce jour que la date limite de parution est repoussée au 15 octobre prochain

Une compagnie attractive malgré une conjoncture morose

Tout n’est pas rose pourtant aujourd’hui quant à la situation de la compagnie orange.

Comme d’autres, elle a subi les conséquences du conflit au Moyen-Orient avec un bénéfice plongeant de 70 % sur le trimestre avril-juin.

Moins impactant, mais préjudiciable, un mouvement de grève en ce mois d’août, en France, le deuxième marché d’easyJet après le Royaume-Uni.

Une conjoncture morose donc, mais qui, pour les investisseurs, n’altère pas le potentiel considérable de l’entreprise. EasyJet, c’est une flotte de 356 avions (et plus de 280 en commande) et surtout des créneaux précieux dans des aéroports de premier plan : Londres Gatwick, Paris Orly, Genève ou encore Milan, Porto et Berlin.

C’est aussi depuis 2019 « easyJet holidays » qui vend des séjours touristiques avec des bénéfices et une croissance en constante augmentation et une contribution significative aux résultats du groupe.

Quelle stratégie face à l’explosion des coûts en Europe ?

Le but d’un fonds tel qu’Apollo Global Management, quand il investit dans une entreprise, est de rechercher des leviers de croissance et d’améliorer la performance opérationnelle.

Vaste programme pour une compagnie telle qu’easyJet auquel s’ajoutera très probablement le développement des activités annexes telles que son activité d’offres de vacances.

Au sein d’une Europe du transport aérien où les coûts, qu’ils soient liés à la réglementation ou à l’environnement, sont en constante augmentation, la compétitivité des compagnies européennes est un enjeu majeur.

L’association A4E, Airlines for Europe, qui regroupe les plus grandes compagnies européennes dont easyJet, a multiplié ces derniers mois les courriers à Bruxelles pour alerter à ce sujet et demander à la Commission « plus de pragmatisme » dans ses décisions pour maintenir une concurrence équilibrée dans le transport aérien entre l’Europe et le reste du monde.

Une réglementation plus compétitive et moins punitive pour le dire plus clairement. « Les compagnies et les passagers européens ne peuvent plus absorber indéfiniment une inflation de charges réglementaires et de coûts », écrivait l’association dans un communiqué daté du 20 mars dernier et dont easyJet était un des signataires.

La piste des partenariats

Quid alors de ce que va préconiser le nouvel actionnaire majoritaire pour gagner en compétitivité et en performance opérationnelle ?

Les équipes d’Apollo avaient déclaré qu’elles allaient étudier des opportunités de partage de code avec d’autres opérateurs. Dans une conjoncture où, on le voit, les grandes « Majors » européennes se concentrent sur les hubs, la piste des partenariats est intéressante. Aujourd’hui ce ne sont que de simples rumeurs, reprises cependant par le sérieux Corriere della Sera.

Dans son édition du 8 août dernier, le journal italien croit savoir que des études sont déjà en cours au sein de la compagnie pour évaluer la pertinence d’un partenariat et plus particulièrement avec le groupe Air France – KLM.

Les créneaux d’easyJet dans des terminaux saturés (Genève, Milan Linate, Lisbonne) et sa présence sur les aéroports de CDG, Orly et Amsterdam « constitueraient les éléments parfaits pour un accord commercial » peut-on lire dans l’article du journal transalpin. Personne ne confirme pour l’instant ces rumeurs, ni chez easyJet, ni chez Air France – KLM.

S’entendre avec easyJet pour une meilleure alimentation des hubs contrôlés par Air France – KLM, ceux existants et ceux à venir, est cependant une hypothèse sérieuse.

Rappelons-nous de cette intéressante conversation entre Ben Smith et un journaliste de Bloomberg lors du dernier congrès IATA à Rio de Janeiro. À l’époque, c’était le fonds Castlelake qui tenait la corde pour le rachat d’easyJet. « Une compagnie impressionnante avec des positions stratégiques de choix à Genève, Londres Gatwick, un portefeuille de créneaux très impressionnant. »selon Ben Smith.

À la question de savoir si à « l’appel téléphonique pour discuter avec vous » il décrocherait son téléphone, le PDG d’Air France – KLM avait répondu sans hésitation « Oui sans doute » et d’ajouter, sourire en coin « Et je m’attends à ce que nos concurrents en fassent autant ».

C’est désormais Apollo qui contrôlera easyJet, un fonds qui connaît bien Air France – KLM puisqu’il est déjà un partenaire financier du groupe et a investi jusqu’à 1,5 Md€ dans Flying Blue et environ 1 Md€ dans la maintenance et sur le pool de moteurs de rechange d’Air France.

Spécificités françaises

L’avenir nous dira à quel point ces rumeurs sont fondées. Il existe assurément des opportunités ; cependant, la France depuis quelques années, et même si elle reste un marché important, a « déçu » les dirigeants d’easyJet.

Au début de l’année 2025, TourMaG recueillait à ce sujet les commentaires de Reginald Otten, directeur général adjoint de la compagnie pour la France. Lors de cet entretien, il confirmait que la France restait un marché stratégique, mais déplorait les taxes et les charges sociales. « La France, c’est cher, et ça, c’est la réalité. Il faut que le gouvernement entende ce message. » On peut parier qu’un fonds comme Apollo abondera dans ce sens.

À cela s’ajoute depuis le 15 août dernier un climat social tendu avec une grève PNC qui a contraint la compagnie à annuler des dizaines de vols.

Et dans les jours qui viennent, la nouvelle de l’arrivée d’Apollo dans la gestion de la compagnie, avec des ambitions de réduction des coûts et d’augmentation de la productivité, pourrait bien inciter les PNC français à obtenir coûte que coûte des garanties avant l’arrivée effective d’Apollo.
Une situation française dont Apollo est informé a confirmé Kirsty Lauwrence, Directrice des opérations RH & des relations industrielles chez easyJet, aux représentants syndicaux PNC d’easy jet France.

Ce climat français serait-il de nature à faire renoncer Apollo à avancer avec Air France – KLM ? Pas vraiment. Pour l’instant, les attentes d’Apollo se tournent vers Bruxelles et la Commission européenne qui devra ou pas, au titre du contrôle des concentrations, valider cette entrée au capital.

Christophe Hardin Publié par Christophe Hardin Journaliste AirMaG - TourMaG.com
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