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TAP Air Portugal : Air France - KLM, objectif carré d’AS [ABO]

Bientôt le dénouement concernant la privatisation partielle de la compagnie TAP Air Portugal


On devrait savoir d’ici quelques semaines si oui ou non le groupe Air France-KLM remportera la bataille sur l’acquisition partielle de TAP qu’il se dispute avec le groupe allemand Lufthansa. Pour le groupe français, l’enjeu est de taille. S’il remporte la mise, il disposera alors avec le hub de Lisbonne d’où décollent les avions de la compagnie portugaise, de quatre points forts du nord au sud de l’Europe. Un carré d’As.


Rédigé par le Mardi 25 Août 2026 à 07:36

Air France - KLM : objectif carré d’AS - Image : C. Hardin, générée par intelligence artificielle
Air France - KLM : objectif carré d’AS - Image : C. Hardin, générée par intelligence artificielle
Aux dernières nouvelles, la décision finale du gouvernement portugais pour choisir quel groupe aérien pourra prendre une participation pouvant atteindre 49,9 % du capital de TAP, devrait intervenir à la fin de cet été.

Les deux groupes candidats à la reprise que sont Air France-KLM et Lufthansa ont fait savoir qu’ils avaient remis leur offre contraignante au gouvernement portugais, plus précisément à Parapublica, l’agence de gestion des participations de l’État.

Pour le groupe Lufthansa, cette première étape d’entrer au capital de TAP à hauteur de 49,9 % serait la poursuite de cette stratégie d’acquisitions commencée il y a une vingtaine d’années avec le rachat d'Austrian Airlines, Swiss et Brussels Airlines.

Avec la dernière, ITA Airways, à Rome, acquise fin 2025, et l’éventuelle nouvelle venue TAP à Lisbonne, le groupe allemand règnerait sur l’Atlantique Sud et les axes entre l’Europe vers l’Amérique du Sud et l’Afrique.

Pour Air France-KLM, et pour faire face à ce rival, la stratégie évolue. Les deux hubs de Paris et Amsterdam ainsi que la joint-venture avec l’Américaine Delta ne sont plus suffisants.

Le groupe veut lui aussi se renforcer principalement vers les États-Unis, l’Asie et l’Amérique du Sud. Avec des résultats plutôt solides depuis quelques années, il veut aussi prendre sa part dans la consolidation du transport aérien européen et créer une verticale de quatre Hubs puissants de l’Atlantique Nord à l’Atlantique Sud, un « Mur de l’Atlantique » en quelque sorte, pour faire face.

Regardons ces hubs de plus près.


Copenhague va se muscler.


Le 30 juin dernier, au cœur de l’été, l’information est un peu passée sous les radars, mais elle était intéressante, car elle sonne la montée en puissance de SAS dont Air France-KLM est le nouvel actionnaire.

La compagnie scandinave basée à Copenhague a annoncé l’acquisition de jusqu’à 40 nouveaux Airbus long-courriers A330 pour un montant de 10 milliards de dollars, l’investissement le plus important de l’histoire de cette compagnie.

Avec la commande faite à l’été 2025 de 55 avions court et moyen-courrier Embraer pouvant alimenter Copenhague, on voit bien se dessiner tout au nord de l’Europe un hub pertinent vers l’Asie et les États-Unis dont Air France – KLM aimerait bien profiter.

Un projet en devenir pour l’instant puisqu’avec une participation à 19,9 %, le groupe français reste à ce jour plus un concurrent qu’autre chose. Mais si tout va bien, la situation devrait changer cette année, Air France-KLM prévoyant d’augmenter sa participation dans la compagnie scandinave à 60,5 %, faisant d’elle une filiale capable de capter un marché à fort PIB.

Schiphol Amsterdam le maillon faible ?

Faut-il voir dans ce projet de nouveau hub danois plus qu'une complémentarité au hub d’Amsterdam, fief de KLM, dont le gouvernement des Pays-Bas bride la croissance depuis plusieurs mois ? Se substituer ?

Certains, chez KLM, ne sont pas loin de le penser. Avec sa flotte long-courrier en croissance, SAS, à moyen terme, a vocation à « chasser » les clients de KLM pour les attirer vers Copenhague.

Aussi, Ben Smith, le PDG d’Air France-KLM avait dit tout le mal qu’il pensait de la politique du gouvernement néerlandais, gestionnaire de l’aéroport de Schiphol-Amsterdam, et qui avait fixé un niveau élevé de redevances aéroportuaires et voté des mesures visant à réduire le nombre de vols pour limiter les nuisances sonores. Une bataille juridique est engagée depuis.

Côté redevances, et depuis la guerre dans le Golfe, le gouvernement a desserré l’étau en appliquant une remise de 10 % jusqu’en mars 2027.

Un premier geste salué par Ben Smith : « la première bonne nouvelle depuis longtemps aux Pays-Bas concernant les coûts liés aux opérations à Schiphol ».

Mais sur l’affaire des créneaux horaires, le PDG d’Air France-KLM en avait rajouté une couche lors de la dernière assemblée générale d’A4E (Airline for Europe) avec une menace à peine voilée de ne pas avoir d’autre choix que de positionner des avions « ailleurs » en l’absence de suffisamment de créneaux.

Le gouvernement arrivé aux affaires en 2026 reste sur une ligne plutôt favorable aux limitations de vols ; cependant, on sent, à travers les nombreuses déclarations parues dans la presse ces derniers mois, qu’il veut trouver, avec l’ensemble des opérateurs de Schiphol, un compromis équilibré permettant une meilleure compétitivité en matière de connectivité.

Paris CDG se veut plus attirant

Pour le hub parisien d’Air France à CDG, mieux vaut tard que jamais. Il aura fallu attendre cependant assez longtemps avant qu’ADP et le groupe français unissent leurs efforts pour construire un levier d’attractivité : le Stopover.

Un produit développé ailleurs dans le monde, peu en Europe, mais beaucoup « dans les pays qui ont fait de leur secteur aérien une stratégie industrielle souveraine et économique : Istanbul, Dubaï, Doha, Singapour, Hong Kong », comme le précisait Sébastien Justum, Secrétaire général adjoint d’Air France-KLM, lors de la présentation du dernier rapport de la Chaire Pégase sur « Le rôle du transport aérien dans l’attractivité touristique de la France ».

Après le partenariat conjoint Air France–ADP annoncé au dernier salon du Bourget en présence du Président de la République, la décision, enfin, de positionner Paris comme elle aussi une escale sur un parcours international se concrétise.

Voici désormais « Paris Stopover », un nouveau dispositif créé par Air France et Extime Travel, la marque commerciale du Groupe ADP dédiée « aux expériences touristiques ».

ADP nouvelle agence de voyages ? Ça en a tout l’air, sauf que les réservations de vols, hôtels et locations de voitures vendus sur les sites de Paris Aéroport et d’Extime sont gérées par MisterFly.

Alors que 50 % des clients d’Air France arrivant à Paris CDG sont en correspondance, ils peuvent désormais, avec Paris Stopover, et si leur correspondance est au minimum de 27 heures, profiter d’offres, réserver des packages, des offres de séjours conçues par Extime Travel avec transferts, hébergements et activités diverses.

Autre avantage pour Paris CDG, et dont Air France-KLM se félicitera sûrement : le futur contrat de régulation d’ADP, et pour lequel, selon nos confrères des Échos, l’État aurait donné son feu vert. Dans ce plan de développement, il est prévu une forte baisse de la redevance applicable aux passagers en correspondance, avec un abattement passant de 40 à 60 %.

Toujours selon nos confrères des Échos, et sur ce point précis, les opérateurs concurrents d’Air France n’apprécient pas ce qu’ils considèrent comme une « distorsion de concurrence ».

Le SCARA, dans un communiqué récent à dénoncé : « de faire porter aux dessertes aériennes point-à-point européennes, domestiques et ultramarines le financement d’une stratégie qui ne les concerne pas directement puisqu’elle vise à attirer des lignes internationales et à faire de Roissy-CDG un hub de correspondances apte à rivaliser avec les grandes plateformes internationales. »

À ce sujet, l’ART, l’autorité de régulations des transports devrait se prononcer en décembre prochain.

Lisbonne le chaînon manquant

Lisbonne, la base principale de TAP, reste donc le quatrième AS, la carte maîtresse qui manque à Air France-KLM pour gagner en puissance. Si le gouvernement respecte le timing prévu, nous sommes à quelques semaines du dénouement.

Lisbonne offrirait de nombreux atouts. C’est d’abord, comme désormais CDG pour Air France, un hub que TAP a organisé pour être un levier de son attractivité, avec, comme nous le confirmait il y a quelques semaines Paloma Utrera, directrice France de TAP Air Portugal, le programme « Portugal Stopover », élu meilleur programme d’escale au monde par Global Traveler pour la huitième année consécutive.

Mais TAP, c’est aussi et surtout le premier hub européen vers le Brésil, vers lequel la compagnie portugaise opère déjà 15 destinations en direct.

Rappelons que selon l’agence brésilienne de promotion du tourisme international Embratur, le Brésil bat des records de fréquentation. Les arrivées par voie aérienne progressent de 13,3 % et le Brésil a accueilli plus de 5,2 millions de touristes internationaux au premier semestre. Un marché en forte croissance dont Air France-KLM, via la TAP, voudrait bien profiter.

Enfin, Lisbonne, au sud de l’Europe, c’est aussi une excellente plateforme de connexion vers l’Amérique du Nord et l’Afrique, une place forte pour défier la rivale Lufthansa qui, avec ITA, tient Rome. « À travers cette offre, Air France-KLM réaffirme son ambition de contribuer à l’émergence d’un champion européen du transport aérien de dimension mondiale, au service de la souveraineté européenne. » a déclaré Ben Smith lors de la remise de son offre aux Portuguais.

Christophe Hardin Publié par Christophe Hardin Journaliste AirMaG - TourMaG.com
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