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Italie : Vérone vaut bien mieux que la légende de Roméo et Juliette

Vérone une ville d'art, mais aussi une ville où il fait bon vivre


Vérone mérite tout autant d’être visitée que Rome ou Venise. Nichée entre Milan, le lac de Garde et Venise, cette ville de 250 000 habitants, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, est l'une des plus belles du nord de l'Italie.


Rédigé par le Mardi 25 Août 2026 à 07:36

Vue générale de Vérone. © Deposit Photos.
Vue générale de Vérone. © Deposit Photos.
Le 23, Via Cappello ne désemplit pas.

C’est là qu’aurait vécu Juliette Capulet, l'amante passionnée de Roméo Montaigu, deux jeunes gens de Vérone qui ont fini par se suicider à cause de la haine entre leurs deux familles.

Poignante, cette histoire d’amour tragique est pourtant fictive. La "Maison de Juliette" n'est guère plus authentique. Certes, il s'agit bien d'une demeure gothique du XIVe, mais le balcon qu'est réputé avoir escaladé Roméo a été rajouté au XXᵉ siècle, tout comme la statue en bronze de Juliette dans la courette.

Cela n’empêche pas les touristes de s’y précipiter, tant les « amants de Vérone » sont des figures mythiques depuis qu’en 1596 – deux siècles après les faits supposés - le dramaturge anglais William Shakespeare en a fait les héros de l'une de ses plus célèbres pièces de théâtre.

Une légende en or massif

La maison et son balcon rajouté au XXe siècle; la statue de Juliette ; dans le petit musée installé dans les étages, le lit des "amants de Vérone" utilisé en 1969 par Franco Zeffirelli pour son film Roméo et Juliette. Photos PB. Composition générée par IA.
La maison et son balcon rajouté au XXe siècle; la statue de Juliette ; dans le petit musée installé dans les étages, le lit des "amants de Vérone" utilisé en 1969 par Franco Zeffirelli pour son film Roméo et Juliette. Photos PB. Composition générée par IA.
Ce drame n’est pas né de l’imagination de Shakespeare : l’histoire lui est parvenue après un voyage de près d’un siècle, à travers l’Italie, la France et l’Angleterre et les mains d’au moins cinq écrivains différents.

C’est un certain Luigi da Porto qui, le premier (on est en 1531), a situé l’intrigue à Vérone. En lisant la « Divine Comédie » de Dante, il avait appris que le poète de la Renaissance citait explicitement les Montecchi (Montaigu) et les Cappelletti (Capulet) pour illustrer les luttes politiques entre familles rivales qui ont ensanglanté l’Italie médiévale, et notamment Vérone.

C’est à partir de ces noms chargés d’histoire, que Da Porto et, à sa suite, Shakespeare ont brodé cette histoire qui, après eux, a inspiré moult livres, films et spectacles. Quant à la ville de Vérone, elle surfe sur cette légende pour doper son attractivité touristique...

2000 ans d'histoire

Les arènes de Verone. Le théâtre antique. Le pont romain qui enjambe l'Adige. Seules ses premières arches sont d'origine. Photos PB. Composition générée par IA.
Les arènes de Verone. Le théâtre antique. Le pont romain qui enjambe l'Adige. Seules ses premières arches sont d'origine. Photos PB. Composition générée par IA.
Si la Maison de Juliette est un passage quasi obligé (15 € l'entrée, tout de même !), Vérone mérite d’être visitée pour tant d’autres raisons que l’on se prend à regretter que ce mythe ait pris autant d'importance.

En effet, dans cette ville d' Italie du Nord fondée par les Romains il y a plus de 2000 ans, tout est beau : le marbre rose (il vient de Valpolicella, territoire surtout connu pour ses vins) et les briques dans lesquelles sont faits tant de palais, les enduits colorés des façades, les tours de fenêtres et de portes sculptés, les balcons ouvragés, les fontaines, les places, les courettes, les innombrables églises...

De ses origines, Vérone conserve bien des vestiges romains, deux portes d'entrée, une partie des anciens remparts, son "Ponte Pietra" qui enjambe le fleuve Adige et bien sûr son théâtre antique adossé, à ciel ouvert, à la colline San Pietro : redécouvert au XIXe après plusieurs siècles d’abandon, il accueille, en juillet, un Festival Shakespearien tandis que l’ancien monastère San Girolamo -contigu- héberge un fort intéressant musée archéologique.

Et puis, sur l’imposante Place Brà, il y a les Arènes qui, chaque été, font accourir les artistes lyriques et amateurs d'opéra du monde entier.

A lire aussi : Vérone, capitale mondiale de l'opéra

Vérone : les joyaux de la Place aux herbes

La tour des Lamberti. La place aux herbes, la fontaine Madonna et au fond, le palais Maffei. Vue des toits de Vérone depuis la tour des Lamberti. Photos PB. Composition générée par IA.
La tour des Lamberti. La place aux herbes, la fontaine Madonna et au fond, le palais Maffei. Vue des toits de Vérone depuis la tour des Lamberti. Photos PB. Composition générée par IA.
La Vérone d'aujourd'hui combine à merveille charme historique, effervescence culturelle et douceur de vivre à l'italienne.

Si, sur la place Brà où trônent les Arènes, on peut admirer quelques palais (Palais Barbieri, Palais della Gran Guardia) avant de s'attabler sous les arcades, sur la prestigieuse Place aux Herbes (Piazza delle Erbe), on en prend plein la vue, même si les marchands de souvenirs, de glaces et de fruits frais gâchent un peu la perspective.

Cette place se trouve à l’emplacement de l’ancien forum romain et juste à l'intersection des deux principaux axes de circulation qui formaient la base du plan en damier de la ville antique : l'un, orienté d'Est en Ouest, reliait Venise, Milan et la France ; l'autre, orienté du nord au sud, reliait l'Angleterre à Rome et a longtemps été emprunté par les marchands du nord de l'Europe.

Carrefour commercial majeur du nord de l'Italie dès l'Antiquité, Vérone l'était toujours au Moyen Age : en témoigne la Domus Mercatorum en briques rouges, encore appelée Casa dei Mercanti (Maison des Marchands), bâtie en 1301 à un angle de la Place aux herbes.

Cette place est entourée de tant d'autres magnifiques édifices historiques que l’on en a un peu tournis : Tour du Gardello, achevée en 1370, portant l'une des plus anciennes horloges publiques d'Europe ; juste à côté, Palais Maffei, à la façade baroque et à la balustrade ornée de statues des dieux grecs ; puis, Maisons Mazzanti ornées de superbes fresques du XVIe ; enfin, Palazzo della Ragione (Palais de la Raison, siège de la justice médiévale).

Jouxtant ce palais, s'élance la Tour érigée par la riche famille noble des Lamberti. Quelque 300 marches mènent à sa terrasse panoramique (84 mètres !) d'où la vue est sublime sur les toits de Vérone. Pas de panique, il y a un ascenseur !

Au milieu de la place, la fontaine Madonna Verona affiche depuis 1368 son élégance de marbre rouge et sa statue romaine.

Au coeur des luttes médiévales

Place de la Seigneurie. Complexe funéraire gothique de la dynastie des Scaglieri. Statue de Dante Alighieri sur la place de la Seigneurie. Photos PB, composition générée par IA
Place de la Seigneurie. Complexe funéraire gothique de la dynastie des Scaglieri. Statue de Dante Alighieri sur la place de la Seigneurie. Photos PB, composition générée par IA
A deux pas de la Place aux herbes, la Place de la Seigneurie - coeur politique de la ville médiévale - abrite une statue du poète Dante, réfugié un temps à Vérone après son exil de Florence.

Tout autour, d’élégants palais -reliés entre eux par des galeries d'arcades et de loggias- disent la magnificence passée. Parmi eux, l’ancienne Résidence de Cangrande I Della Scala, figure la plus prestigieuse de la puissante famille des Scaligeri qui, après une lutte sans merci, s’empara en 1262 du pouvoir à Vérone dont elle fit une ville prospère.

Après que les Scaligeri eurent perdu le pouvoir en 1387, Vérone vécut d'autres dominations, notamment celle de la République de Venise (d'où la colonne supportant le Lion de Saint-Marc, sur la Place aux herbes) : débutée en 1405, celle-ci prit fin en 1797 avec l'occupation de Napoléon Bonaparte pendant sa Campagne d'Italie, laquelle entraîna ... le rattachement de Vérone à l'Autriche.

A quelques pas de la Place de la Seigneurie, juste à côté de l'église Santa Maria Antica, un complexe funéraire gothique laisse stupéfait : y reposent, dans des sarcophages en marbre, les principales figures de la dynastie des Scaligeri. Celui de Cangrande Ier est surmonté d'une belle statue équestre !

Des collections d'art époustouflantes

Vue de Verone avec, au premier plan, le Castelvecchio, par Belloto (1722-1780). Salle du musée, avec, au premier plan, une croix peinte par un artiste de Vérone (moitié du XVe). Vierge allaitant, du Tintoret (1518-1594). Photos PB, composition générée par IA.
Vue de Verone avec, au premier plan, le Castelvecchio, par Belloto (1722-1780). Salle du musée, avec, au premier plan, une croix peinte par un artiste de Vérone (moitié du XVe). Vierge allaitant, du Tintoret (1518-1594). Photos PB, composition générée par IA.
Si, sur la Place aux herbes, le Palais Maffei s'essaie à un dialogue entre art ancien et modernité, si, du côté de la Place de la Seigneurie, le Palais de la Raison abrite, derrière ses briques et son tuf, une galerie d’art moderne, Vérone se distingue d'abord par son musée du Castelvecchio.

Cette imposante forteresse en briques rouges, adossée à un pont sur l’Adige, a été édifiée à l’initiative du brutal Cangrande II, figure marquante (mais détestée) de la famille Scaligeri, qui voulait se défendre aussi bien des invasions extérieures que ... des révoltes de son propre peuple !!!

Restaurée, transformée en musée, elle abrite des œuvres de grands maîtres vénitiens comme Mantegna, Bellini, Tintoret ou Véronèse, et d’exceptionnelles collections d’art véronais -du Moyen Âge à la fin du XVIIIe: l'influence du nord de l'Europe se fait sentir dans bien des toiles, qui rappellent parfois plus Dürer que Raphaël.

Quatre églises à ne pas rater

Vue intérieure de Sant'Anastasia. L''Assomption de la Vierge du Titien se trouve dans la chapelle Cartolari-Nichesola du Duomo. Détail des panneaux en bronze du portail de Saint-Zénon. Photos PB. Composition générée par IA.
Vue intérieure de Sant'Anastasia. L''Assomption de la Vierge du Titien se trouve dans la chapelle Cartolari-Nichesola du Duomo. Détail des panneaux en bronze du portail de Saint-Zénon. Photos PB. Composition générée par IA.
A Vérone, comme souvent en Italie, les églises valent vraiment le coup. Le parcours proposé par l’ association Chiese Vive (églises vivantes) en inclut quatre : le Duomo (cathédrale), la Basilique Saint Zenon, Sant'Anastasia et Saint Fermo Maggiore.

La plus belle de toutes, c’est Saint-Zénon qui est dédiée au saint Patron de la ville. Ce chef-d’œuvre de l’art roman lombard du XIIe est remarquable à bien des égards, et notamment pour les 73 panneaux en bronze de la porte d'entrée qui relatent les miracles du saint.

La basilique Sant'Anastasia, elle, impressionne par sa taille, son style gothique, sa riche décoration intérieure. Quant au Duomo (cathédrale) qui se trouve à deux pas, il cache derrière une façade romane assez sobre, un intérieur gothique et une "Assomption de la Vierge" peinte par le Titien. Cloître et baptistère sont romans.

La bibliothèque capitulaire, un véritable trésor

La salle principale de la Bibliothèque capitulaire. Liniature de Saint-Jérôme illustrant un manuscrit du XIVe. Détail (reproduction) du Palimpseste de Gaius. Photos PB. Composition générée par IA.
La salle principale de la Bibliothèque capitulaire. Liniature de Saint-Jérôme illustrant un manuscrit du XIVe. Détail (reproduction) du Palimpseste de Gaius. Photos PB. Composition générée par IA.
Le joyau plus extraordinaire, c'est tout de même la Bibliothèque capitulaire, logée dans le palais canonial juste à gauche du Duomo !

Désormais gérée par une Fondation, elle était, à l'origine, la bibliothèque d’études du Chapitre de chanoines de la cathédrale.

"Fondée il y a 1600 ans, c'est, insiste Valeria Nicolis, la conservatrice, la plus ancienne bibliothèque en activité au monde". Elle possède 700 objets d'art rares, 1200 parchemins et 100 000 livres imprimés, anciens et modernes, relatifs à des disciplines variées : théologie, histoire, philosophie, littérature, droit, médecine, botanique, astronomie. La salle principale, couverte d'étagères du sol au plafond, en compte pas moins de 15000.

Ses trésors les plus précieux sont des manuscrits, parmi lesquels "des pièces majeures et uniques", souligne Valeria Nicolis.

Le plus ancien (le Codex Ursicinus) date de 517 ! Epinglé en marge d’un code d’origine espagnole du VIIIe siècle, l'[Indovinello veronese]i est, lui, le plus ancien témoignage de la transition entre le latin et la langue vulgaire italienne. Enfin, le Palimpseste de Gaius est le seul écrit qui nous soit parvenu attestant des bases du droit romain classique.

Pas étonnant que des chercheurs du monde entier viennent étudier sur place (c'est possible depuis 2023) !

Le grand public, lui, est en pâmoison devant les manuscrits ornés de délicates enluminures : certains sont présentés pendant quelques semaines dans des vitrines étanches (température et humidité sont contrôlées), avant un long retour dans l'obscurité des réserves. C'est si rare de pouvoir voir des originaux !

Une ville terriblement vivante

Créés au XVIe pour la famille Giusti, ces jardins en terrasse constituent l’un des exemples les plus aboutis de l’influence de la Renaissance italienne. Photos PB. Composition générée par IA.
Créés au XVIe pour la famille Giusti, ces jardins en terrasse constituent l’un des exemples les plus aboutis de l’influence de la Renaissance italienne. Photos PB. Composition générée par IA.
Bien que toutes ces merveilles laissent facilement béat d’admiration, Vérone est d’abord une ville où il fait bon vivre, flâner, déguster des spécialités (risotto all'Amarone imbibé de vin, gnocchis, Pandoro sucré...), ou simplement boire un expresso ou un spritz sur les nombreuses terrasses de la Place Brà et de la Place aux herbes ! Voire faire du shopping dans les jolies boutiques de la Via Mazzini, du Corso Porta Borsari ou de la Via Rosa.

Il est plaisant aussi de traverser l'Adige pour explorer, sur sa rive gauche, le jardin du Palazzo Giusti –c’est un des plus beaux parcs de la Renaissance italienne- et le quartier estudiantin de la Veronetta, paisible l'été lorsque le centre-ville est en ébullition.

Cette escapade à Vérone se finit en beauté si l'on grimpe -mais on peut prendre le funiculaire !- jusqu’au belvédère de Castel San Pietro. Juchée sur une colline, cette ancienne forteresse offre une vue inoubliable sur Vérone, en particulier au soleil couchant. Elle est aussi un point de départ idéal pour se promener le long des anciens remparts ou sur les collines environnantes.

PAULA BOYER Publié par Paula Boyer Responsable rubrique LuxuryTravelMaG - TourMaG.com
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Tags : italie, verone
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