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Le voyage en famille sort du « kids friendly » : place au « family friendly »


Longtemps, concevoir un voyage pour les familles a surtout consisté à répondre à une question : comment rendre la destination adaptée aux enfants ? Hébergements équipés, chambres communicantes, menus enfants, piscines, clubs dédiés… Le « kids friendly » a ainsi longtemps constitué un critère essentiel pour rassurer les parents.

Mais les attentes évoluent. Aujourd’hui, les familles ne recherchent plus uniquement un voyage dans lequel les enfants peuvent trouver leur place. Elles veulent aussi vivre des moments forts ensemble. Une évolution qui pousse les professionnels du tourisme à repenser la manière de construire et de vendre l’offre familiale.


Rédigé par le Lundi 24 Août 2026 à 09:28

Du « kids friendly » au « family friendly »

© Tristan Scohy
© Tristan Scohy

La différence peut sembler subtile, mais elle change la conception d’un séjour. Un produit « kids friendly » répond avant tout aux besoins spécifiques des enfants. Le « family friendly » les englobe, mais va plus loin : il cherche à créer des programmes qui intéressent et impliquent parents et enfants simultanément.

Il ne s’agit donc pas de remplacer le « kids friendly », mais de l’intégrer dans une approche plus globale. Une piscine, un hôtel adapté ou des services pensés pour les enfants restent importants. Ils constituent le socle de confort attendu par les familles. Mais ils ne suffisent plus nécessairement à faire la différence.

La question devient alors moins : « Est-ce adapté aux enfants ? » que : « Est-ce que les parents et les enfants auront envie de le vivre ensemble ? »

Cette évolution représente un véritable enjeu pour les agences et les tour-opérateurs.
Elle invite à faire évoluer non seulement la production, mais aussi l’argumentaire de vente : au-delà du niveau de confort et des infrastructures, il faut désormais être capable de raconter ce que la famille va réellement vivre et partager.

Ne plus « occuper » les enfants, mais leur donner une place

Le changement concerne aussi le rôle de l’enfant pendant le voyage.

Il ne s’agit plus simplement de prévoir une activité pour l’occuper pendant que les parents visitent. L’enfant devient acteur de la découverte : mettre la main à la pâte lors d’un atelier, apprendre un savoir-faire local, observer la faune dans son environnement naturel ou découvrir une ville à travers un jeu.
Cette approche permet également aux parents de regarder la destination autrement. Le voyage devient moins une succession de sites incontournables qu’un programme construit autour de découvertes accessibles à plusieurs générations.

Pour les professionnels, cette évolution ouvre aussi un espace de différenciation. Dans un marché où de nombreuses offres peuvent se revendiquer « family friendly », la capacité à proposer des expériences réellement originales et adaptées aux différents âges devient un argument commercial à part entière.

De Bali au Japon : quand l’offre traduit cette évolution

Cette tendance se concrétise notamment dans la production de certains réceptifs.

Chez Shanti Travel, par exemple, cette réflexion a conduit à développer un GIR dédié aux familles à Bali. Au programme : initiation à l’art de la terre cuite avec un artisan, chasse au trésor dans les paysages d’Ubud, excursion en catamaran autour de Nusa Lembongan ou encore tour en jeep au pied du volcan Batur au crépuscule. Des formats différents, mais avec un même objectif : permettre aux enfants de participer sans transformer le voyage en programme exclusivement pensé pour eux.
© Tristan Scohy
© Tristan Scohy

Au Japon, les expériences prennent une autre forme : dîner-spectacle autour du sumo, atelier manga avec un artiste japonais à Nakano, séance photo en kimono, initiation à l’origami ou découverte de l’art du samouraï. Là encore, il ne s’agit pas d’activités « pour les enfants », mais de propositions que les enfants peuvent vivre avec leurs parents.

Pour les distributeurs, ce type de contenu offre également un nouvel angle de vente : on ne vend plus seulement une destination ou un itinéraire, mais les moments qui vont permettre à la famille de se raconter le voyage après son retour.
© Tristan Scohy
© Tristan Scohy

L’aventure, mais à la bonne mesure

Le « family friendly » permet aussi de sortir d’une vision binaire du voyage familial : d’un côté le séjour confortable et très encadré, de l’autre l’aventure réservée aux familles expérimentées.

Entre les deux, il existe tout un éventail de possibilités. Une randonnée accessible, une sortie en bateau, une découverte à vélo ou une nuit dans un hébergement atypique peuvent apporter une véritable sensation de dépaysement sans transformer le voyage en parcours d’obstacles.

Le rôle du professionnel est alors de trouver le bon équilibre entre découverte et confort, en tenant compte de l’âge des enfants mais aussi des envies des parents.

Le voyage familial devient aussi multigénérationnel

Cette évolution prend une dimension particulière avec le développement des voyages multigénérationnels. Grands-parents, parents et enfants partent ensemble, avec des attentes et des rythmes parfois très différents.

Le défi consiste alors à construire un voyage qui ne privilégie pas une génération au détriment des autres. Une activité culturelle peut intéresser les grands-parents, une approche ludique les enfants, tandis qu’une découverte gastronomique ou une excursion dans la nature peut réunir tout le monde.

Le voyage devient ainsi un temps de transmission autant que de découverte. Pour les agences et les réceptifs, cela implique de penser des itinéraires suffisamment souples pour s’adapter aux capacités et aux envies de chacun, tout en conservant une vraie richesse de contenu.

Repenser le rythme et les priorités

Cette évolution conduit enfin à revoir la manière de construire les journées.

Les familles n’ont pas forcément besoin d’un programme rempli du matin au soir. Multiplier les visites peut transformer le voyage en course contre la montre. À l’inverse, alterner découverte, temps libre et quelques temps forts permet de conserver un rythme agréable pour tous.

Le « family friendly » ne consiste donc pas à ajouter davantage d’activités, mais à mieux choisir celles qui trouvent leur place dans le voyage.
© Tristan Scohy
© Tristan Scohy

Le souvenir comme nouveau critère de réussite

Au fond, le passage du « kids friendly » au « family friendly » traduit une évolution plus large de la façon de concevoir le voyage.

Les familles veulent bien sûr voyager dans de bonnes conditions, mais elles recherchent aussi ce que le quotidien ne permet pas toujours : découvrir, apprendre, s’étonner et partager une parenthèse différente.

Pour les professionnels du tourisme, le défi est donc moins de construire des voyages où les enfants ne s’ennuient pas que de proposer des voyages où chaque génération trouve sa place.

Car quelques années plus tard, une famille se souviendra probablement moins de son hôtel que de ce tour en tuk-tuk dans les plantations de thé, de cette récolte dans les rizières, de cette balade à vélo ou de cette nuit chez l’habitant.

Autrement dit : le « family friendly », ce n’est plus seulement adapter le voyage aux enfants.
C’est concevoir un voyage que toute la famille aura envie de vivre.



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