Canicules à répétition : "je me pose des questions, cela m’interpelle" selon un patron du tourisme - Depositphotos @pio3
Après un printemps marqué par un fort recul des ventes et une légère embellie en juin, les agents de voyages s’attendaient, pour certains, à des ventes de dernière minute pour sauver l’année 2026.
Cela semble plus ou moins avoir été le cas.
Les problèmes de trésorerie paraissent loin derrière, d’autant que d’autres sujets sont arrivés sur le devant de la scène, éclipsant rapidement les questions financières.
Au moment des grands chassés-croisés estivaux, les forêts des Landes se sont transformées en brasier, emportant dans les flammes des dizaines de milliers d’hectares de pins.
Située à Biganos, l’agence Destinations du Monde a été évacuée le 25 juillet.
"L’agence a dû fermer, je l’ai délocalisée dans un bureau à proximité de Bordeaux, où nous avons pu répondre au téléphone et garder le contact avec les clients.
À la réouverture, les clients avaient surtout en tête de ranger et de remplir leur frigo, dont les denrées étaient périmées. Mais depuis, les ventes reprennent.
Ce qui a été le plus marquant, ce sont les deux phases : pendant les incendies, avec l’inquiétude, puis au retour, la sidération face à ce qui s’était passé", nous confie Laurent Menanteau, également propriétaire de l’agence Tous mes voyages, située à Mérignac.
Un dirigeant qui a aussi dû se battre tout l’été pour obtenir des aides de l’État.
Cela semble plus ou moins avoir été le cas.
Les problèmes de trésorerie paraissent loin derrière, d’autant que d’autres sujets sont arrivés sur le devant de la scène, éclipsant rapidement les questions financières.
Au moment des grands chassés-croisés estivaux, les forêts des Landes se sont transformées en brasier, emportant dans les flammes des dizaines de milliers d’hectares de pins.
Située à Biganos, l’agence Destinations du Monde a été évacuée le 25 juillet.
"L’agence a dû fermer, je l’ai délocalisée dans un bureau à proximité de Bordeaux, où nous avons pu répondre au téléphone et garder le contact avec les clients.
À la réouverture, les clients avaient surtout en tête de ranger et de remplir leur frigo, dont les denrées étaient périmées. Mais depuis, les ventes reprennent.
Ce qui a été le plus marquant, ce sont les deux phases : pendant les incendies, avec l’inquiétude, puis au retour, la sidération face à ce qui s’était passé", nous confie Laurent Menanteau, également propriétaire de l’agence Tous mes voyages, située à Mérignac.
Un dirigeant qui a aussi dû se battre tout l’été pour obtenir des aides de l’État.
Incendies : la bataille des commerçants et habitants pour l’après…
"On a été entendus, après nous allons voir la suite.
Je suis intervenu en réunion publique pour demander à la Chambre de commerce d’aider les entreprises sur la trésorerie. J’ai dénoncé, au sujet des assurances, le fait que la perte d’exploitation ne soit pas indemnisée, même lorsqu’il y a des dommages matériels.
En étant évacués, et donc empêchés de travailler, nous avons perdu de l’argent. A priori, ce dossier semble avancer, mais à voir.
Ce n’est pas tout, il faut penser aux dommages collatéraux. Toutes les entreprises qui vivent grâce au tourisme et qui étaient à proximité des incendies, qui n’ont pas été évacuées, mais qui ont été boudées par les touristes, c’est dramatique", déplore l’agent de voyages.
D’autant plus que, dans ce genre de situation, comme bien souvent, tant que les caméras restent braquées sur le sujet, les politiques s’en emparent. Mais ce focus n’est pas éternel.
Comme le révèle Libération, à Marseille, un an après les incendies ayant ravagé des maisons à l’Estaque, les habitants ont le sentiment d’avoir été abandonnés par les pouvoirs publics et dénoncent la lenteur des assurances.
Une nouvelle bataille va donc débuter, cette fois-ci sur le temps long.
Et cela n'a pas été l’unique problème estival.
"Il a été quelque peu agité, car outre les incendies, il faut ajouter au tableau la grève chez easyJet, la fermeture de l’aéroport de Catane, à la suite de l’éruption de l’Etna... Clairement, les équipes ont été sur le pont non-stop pour gérer les besoins des clients.
Fort heureusement, cette semaine (celle passée, ndlr) semble plus calme. Globalement, l’été est contrasté, avec de fortes ventes de dernière minute et une tendance hiver très timide", nous résume Cyrille Fradin, président du groupe Karavel/Promovacances.
easyJet, Lufthansa... "Nous avons été confrontés à pas mal d’annulations"
Un patron qui a aussi été confronté à la mauvaise image du Sud-Ouest à la suite des incendies, puisqu’il possède plusieurs campings dans cette région. Si les installations n’ont pas fermé, les clients ont été, pendant un temps, moins enclins à s’y rendre.
Puis il a fallu affronter le yield management des transporteurs, ou tout simplement l’appât du gain.
"La saison ne se termine pas trop mal. Ce ne sera pas excellent, mais on a en partie rattrapé le retard. On se rapproche du flat, grâce à beaucoup de ventes de dernière minute.
Pendant les incendies, des compagnies ont gonflé les prix sur des Paris-Biarritz, par exemple, pour des personnes qui souhaitaient quitter la région, avec des billets à 800 euros. D’habitude, nous n’avons jamais ce genre de prix, même en extrême dernière minute.
Contrairement à ce qui a été dit dans les médias, la SNCF a aussi augmenté ses prix. Puis easyJet nous a donné du boulot pour trouver de la place. Ça a été un joyeux bazar, comme c’est souvent le cas avec les low cost. Car, dès qu’il y a un problème, elles sont aux abonnés absents", nous partage Richard Vainopoulos, le président de TourCom.
A lire : easyJet France : vers un 2e week-end de grève en août !
La compagnie britannique a fait les gros titres d’une bonne partie de la presse française, avec une grève déclenchée sur l’un des week-ends les plus chargés de l’année.
Au total, près de 180 vols ont été annulés et plusieurs dizaines de milliers de passagers se sont retrouvés sans solution. Mais la low cost n’est pas la seule à avoir donné du fil à retordre aux professionnels.
"Nous avons été confrontés à pas mal d’annulations, mais aussi à des déclassements sans laisser d’autre choix aux passagers. Cela a concerné plusieurs compagnies européennes, pas seulement easyJet.
Lufthansa a laissé une famille de quatre personnes sur le tarmac à minuit, à Francfort, en leur disant de se débrouiller pour se loger, sans assistance.
C’étaient des personnes qui voyageaient en business. Même si elles avaient été en economy, ce genre d’agissement est regrettable. En pleine nuit, nous avons dû leur trouver des solutions", nous confie Benjamin Laurent, directeur de l’agence Heli Air Voyages, à Monaco.
Un témoignage qui illustre bien, même si tout le monde n’est pas concerné, que l’aérien reste un problème de poids pour la distribution.
Puis il a fallu affronter le yield management des transporteurs, ou tout simplement l’appât du gain.
"La saison ne se termine pas trop mal. Ce ne sera pas excellent, mais on a en partie rattrapé le retard. On se rapproche du flat, grâce à beaucoup de ventes de dernière minute.
Pendant les incendies, des compagnies ont gonflé les prix sur des Paris-Biarritz, par exemple, pour des personnes qui souhaitaient quitter la région, avec des billets à 800 euros. D’habitude, nous n’avons jamais ce genre de prix, même en extrême dernière minute.
Contrairement à ce qui a été dit dans les médias, la SNCF a aussi augmenté ses prix. Puis easyJet nous a donné du boulot pour trouver de la place. Ça a été un joyeux bazar, comme c’est souvent le cas avec les low cost. Car, dès qu’il y a un problème, elles sont aux abonnés absents", nous partage Richard Vainopoulos, le président de TourCom.
A lire : easyJet France : vers un 2e week-end de grève en août !
La compagnie britannique a fait les gros titres d’une bonne partie de la presse française, avec une grève déclenchée sur l’un des week-ends les plus chargés de l’année.
Au total, près de 180 vols ont été annulés et plusieurs dizaines de milliers de passagers se sont retrouvés sans solution. Mais la low cost n’est pas la seule à avoir donné du fil à retordre aux professionnels.
"Nous avons été confrontés à pas mal d’annulations, mais aussi à des déclassements sans laisser d’autre choix aux passagers. Cela a concerné plusieurs compagnies européennes, pas seulement easyJet.
Lufthansa a laissé une famille de quatre personnes sur le tarmac à minuit, à Francfort, en leur disant de se débrouiller pour se loger, sans assistance.
C’étaient des personnes qui voyageaient en business. Même si elles avaient été en economy, ce genre d’agissement est regrettable. En pleine nuit, nous avons dû leur trouver des solutions", nous confie Benjamin Laurent, directeur de l’agence Heli Air Voyages, à Monaco.
Un témoignage qui illustre bien, même si tout le monde n’est pas concerné, que l’aérien reste un problème de poids pour la distribution.
Juillet et août : "c’est de moins en moins la haute saison"
Plus à l’ouest, l’été n’a pas vraiment été sauvé par les ventes de dernière minute.
"Le mois de juillet n’a pas été bon, le mois d’août semble un peu meilleur, mais on parle de mois traditionnellement faibles en prises de commandes. Après, nous n’avons pas spécialement d’agences fortes sur les ventes de dernière minute, excepté celles situées dans les centres commerciaux.
Ce qui m’a marqué, c’est que dans les villes autour de Nantes à fort pouvoir d’achat, où nous avons des agences, nous avons été en grande difficulté.
L’analyse que je fais, c’est que nous y avons majoritairement des clients retraités, les premiers à se replier et à avoir peur dès qu’il y a une crise. Ce sont aussi des personnes qui aident plusieurs générations grâce à leur fort pouvoir d’achat. Ils viennent en aide à leurs enfants et petits-enfants.
De plus, je note que la saisonnalité dans le secteur est de moins en moins marquée. Les périodes d’été sont de moins en moins réservées aux vacances familiales," analyse Yvon Peltanche, fondateur d'Eden Tour.
D’ailleurs, juillet a été, pour le mini réseau récemment racheté par le groupe Sainte-Claire, un moins bon mois de départs qu’avril, mai et juin.
Et cela ne semble pas être un épiphénomène. Celle qui fut autrefois considérée comme la haute saison l’est de moins en moins, pour de nombreux points de vente.
"Il y a 15 ou 20 ans, les gens ne voyageaient que durant quatre périodes dans l’année. Ce n’est plus le cas maintenant, c’est sur 12 mois. Juillet et août, c’est dans la famille, avec les amis, mais globalement, on dépense moins. C’est la grosse différence avec le passé.
Même les personnes en couple voyagent en mai, juin ou septembre. Vous savez, les vacances de Pâques font partie des périodes les plus attractives pour nous.
On parle beaucoup dans la presse, de juillet et août, mais c’est de moins en moins la haute saison", estime Richard Vainopoulos.
"Le mois de juillet n’a pas été bon, le mois d’août semble un peu meilleur, mais on parle de mois traditionnellement faibles en prises de commandes. Après, nous n’avons pas spécialement d’agences fortes sur les ventes de dernière minute, excepté celles situées dans les centres commerciaux.
Ce qui m’a marqué, c’est que dans les villes autour de Nantes à fort pouvoir d’achat, où nous avons des agences, nous avons été en grande difficulté.
L’analyse que je fais, c’est que nous y avons majoritairement des clients retraités, les premiers à se replier et à avoir peur dès qu’il y a une crise. Ce sont aussi des personnes qui aident plusieurs générations grâce à leur fort pouvoir d’achat. Ils viennent en aide à leurs enfants et petits-enfants.
De plus, je note que la saisonnalité dans le secteur est de moins en moins marquée. Les périodes d’été sont de moins en moins réservées aux vacances familiales," analyse Yvon Peltanche, fondateur d'Eden Tour.
D’ailleurs, juillet a été, pour le mini réseau récemment racheté par le groupe Sainte-Claire, un moins bon mois de départs qu’avril, mai et juin.
Et cela ne semble pas être un épiphénomène. Celle qui fut autrefois considérée comme la haute saison l’est de moins en moins, pour de nombreux points de vente.
"Il y a 15 ou 20 ans, les gens ne voyageaient que durant quatre périodes dans l’année. Ce n’est plus le cas maintenant, c’est sur 12 mois. Juillet et août, c’est dans la famille, avec les amis, mais globalement, on dépense moins. C’est la grosse différence avec le passé.
Même les personnes en couple voyagent en mai, juin ou septembre. Vous savez, les vacances de Pâques font partie des périodes les plus attractives pour nous.
On parle beaucoup dans la presse, de juillet et août, mais c’est de moins en moins la haute saison", estime Richard Vainopoulos.
Canicules à répétition : "je me pose des questions, cela m’interpelle"
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Un constat qui s’applique moins à des réseaux comme Carrefour Voyages et Leclerc Voyages, tous deux grands revendeurs de séjours en France.
L’autre fait marquant de l’été, et cette fois-ci nul n’y a échappé, du nord au sud en passant par le centre, l’est et même l’ouest : les canicules ont balayé la France à un rythme insoutenable.
"Je suis persuadé que tant qu’il y aura du pétrole, l’homme ira le chercher jusqu’à la dernière goutte.
Nous avons eu beaucoup d’annulations de sorties scolaires à cause de ces épisodes. Nous n’avons pas la climatisation dans toutes les agences, ni dans tous les autocars. Cela devient un véritable sujet pour les patrons, car cela a un coût, mais ça devient totalement indispensable, même dans nos régions.
Des pays pourraient émerger alors qu’ils n’avaient pas, jusque-là, des atouts touristiques évidents. Ceux qui pensent que l’été 2026 est un accident, comme 2003, se trompent, car les canicules seront de plus en plus fréquentes et fortes.
À l’avenir, les plus grosses difficultés vont reposer sur les hôteliers et ceux qui ont des infrastructures, car nous envoyons les clients là où ils veulent partir," affirme François Piot, le patron de Prêt-à-Partir qui a connu un niveau anormalement élevé de ventes de dernière minute.
Faut-il s’attendre à une prise de conscience de la profession et des clients ? Nul n’y croit.
Un automne pluvieux rendra une bonne partie des Français amnésiques. Malgré tout, cela inquiète certains patrons, qui se questionnent sur l’avenir du secteur.
"En tant que dirigeant, bien sûr que je me pose des questions et que cela m’interpelle. Habitant dans une région verte et dans la nature, je suis très sensible à ce sujet.
Après, on ne va rien changer en un claquement de doigts. Il faut éduquer les gens et cela prend du temps", s'interroge un Yves Verdié, Président du groupe éponyme, plutôt satisfait des huit premiers mois de l’année.
À la veille de l’IFTM, l’industrie se prépare à affronter quelques questions cruciales, alors que les regards se tournent déjà vers 2027, une année à haut risque... politique.
En attendant, sur celle-ci, les engagements sont déjà plutôt bien orientés.
"En juillet, nous étions en progression de 2 % par rapport à N-1, mais surtout, la moitié des réservations concernait des départs pour juillet et août. Donc on a bien sauvé l’été !
On travaille sur 2027, sur l’été, voire même l’automne. Les clients anticipent, c’est plutôt positif, cela veut dire qu’ils se projettent. Le climat est moins anxiogène côté clients, ça donne plein d’espoir pour la fin de l’année", se réjouit Béatrice Bazot, directrice du mini-réseau Évasion Intense.
Reste à espérer que cette rentrée, chargée sur tous les fronts (politique, obligations légales, international...), ne vienne pas doucher les espoirs de reprise.
L’autre fait marquant de l’été, et cette fois-ci nul n’y a échappé, du nord au sud en passant par le centre, l’est et même l’ouest : les canicules ont balayé la France à un rythme insoutenable.
"Je suis persuadé que tant qu’il y aura du pétrole, l’homme ira le chercher jusqu’à la dernière goutte.
Nous avons eu beaucoup d’annulations de sorties scolaires à cause de ces épisodes. Nous n’avons pas la climatisation dans toutes les agences, ni dans tous les autocars. Cela devient un véritable sujet pour les patrons, car cela a un coût, mais ça devient totalement indispensable, même dans nos régions.
Des pays pourraient émerger alors qu’ils n’avaient pas, jusque-là, des atouts touristiques évidents. Ceux qui pensent que l’été 2026 est un accident, comme 2003, se trompent, car les canicules seront de plus en plus fréquentes et fortes.
À l’avenir, les plus grosses difficultés vont reposer sur les hôteliers et ceux qui ont des infrastructures, car nous envoyons les clients là où ils veulent partir," affirme François Piot, le patron de Prêt-à-Partir qui a connu un niveau anormalement élevé de ventes de dernière minute.
Faut-il s’attendre à une prise de conscience de la profession et des clients ? Nul n’y croit.
Un automne pluvieux rendra une bonne partie des Français amnésiques. Malgré tout, cela inquiète certains patrons, qui se questionnent sur l’avenir du secteur.
"En tant que dirigeant, bien sûr que je me pose des questions et que cela m’interpelle. Habitant dans une région verte et dans la nature, je suis très sensible à ce sujet.
Après, on ne va rien changer en un claquement de doigts. Il faut éduquer les gens et cela prend du temps", s'interroge un Yves Verdié, Président du groupe éponyme, plutôt satisfait des huit premiers mois de l’année.
À la veille de l’IFTM, l’industrie se prépare à affronter quelques questions cruciales, alors que les regards se tournent déjà vers 2027, une année à haut risque... politique.
En attendant, sur celle-ci, les engagements sont déjà plutôt bien orientés.
"En juillet, nous étions en progression de 2 % par rapport à N-1, mais surtout, la moitié des réservations concernait des départs pour juillet et août. Donc on a bien sauvé l’été !
On travaille sur 2027, sur l’été, voire même l’automne. Les clients anticipent, c’est plutôt positif, cela veut dire qu’ils se projettent. Le climat est moins anxiogène côté clients, ça donne plein d’espoir pour la fin de l’année", se réjouit Béatrice Bazot, directrice du mini-réseau Évasion Intense.
Reste à espérer que cette rentrée, chargée sur tous les fronts (politique, obligations légales, international...), ne vienne pas doucher les espoirs de reprise.






Publié par Romain Pommier 














