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Le tourisme fluvial sera-t-il plus vert... si les escales lui en donnent les moyens ? [ABO]

La chronique d'Aurélie Feray


La transition environnementale du tourisme fluvial ne dépend pas uniquement des efforts des compagnies et de leurs bateaux. Bornes électriques, gestion des déchets, mobilités douces ou accueil des autocars : les escales doivent elles aussi adapter leurs infrastructures pour permettre une démarche réellement durable et concertée entre acteurs. Dans sa nouvelle chronique, Aurélie Feray évoque toute une série de solutions à mettre en place de façon collective.


Rédigé par Aurélie FERAY le Mardi 25 Août 2026 à 07:36

Et si la prochaine révolution environnementale du tourisme fluvial ne se jouait pas uniquement sur l'eau… mais aussi sur les quais ? - DepositPhotos.com, zhukovsky
Et si la prochaine révolution environnementale du tourisme fluvial ne se jouait pas uniquement sur l'eau… mais aussi sur les quais ? - DepositPhotos.com, zhukovsky
« Les bateaux polluent. » Combien de fois ai-je entendu cette remarque au détour d'un quai ou lors d'une réunion avec des élus ?

Les enjeux environnementaux sont aujourd'hui au cœur de toutes les réflexions, et le tourisme fluvial n'y échappe pas.

Les compagnies investissent dans des bateaux plus performants, travaillent sur de nouvelles motorisations, réduisent leurs consommations, améliorent la gestion de l'eau et des déchets. C'est une évolution indispensable.

Mais au fil de mes années passées aux côtés des compagnies, des équipages et des territoires, j'ai acquis une conviction : la transition environnementale du tourisme fluvial ne se joue pas uniquement à bord des bateaux. Elle se joue aussi... à quai.

Et avant de demander aux compagnies d'aller plus loin, encore faut-il se demander si les escales leur donnent réellement les moyens de le faire.

Lire aussi : Tourisme fluvial : une bonne escale, c’est quand tout coule de source


Couper les moteurs... encore faut-il pouvoir se brancher

J'ai eu la chance d'être responsable d'une escale qui fut la première en France à être équipée de bornes électriques permettant aux bateaux de couper leurs moteurs pendant leur stationnement.

Je me souviens qu'au début, certains membres d'équipage accueillaient cette nouveauté avec un enthousiasme mesuré. Il fallait sortir de lourds câbles, les transporter, les raccorder... Cela demandait un peu plus de temps et quelques nouvelles habitudes.

Puis les choses ont évolué.

Les équipages ont rapidement constaté les bénéfices. Les passagers profitaient d'un environnement plus calme. Les riverains appréciaient la disparition du bruit des moteurs. Le confort de tous s'en trouvait amélioré.

Comme souvent, il a simplement fallu un peu de pédagogie et un temps d'adaptation.

Cette expérience m'a surtout appris une chose : on peut demander aux bateaux de couper leurs moteurs, mais s'il n'existe aucune borne électrique, quelle alternative leur propose-t-on ?

L'écologie ne peut pas reposer uniquement sur des obligations. Elle suppose aussi des infrastructures adaptées.

Les déchets des passagers : le problème est-il vraiment la poubelle... ou sa taille ?

Un jour, un élu m'a confié son agacement. Les passagers revenaient de leurs excursions et remplissaient rapidement les petites corbeilles installées à proximité du quai, et les services municipaux devaient intervenir plus souvent.

Sa remarque était compréhensible. Mais une autre question mérite d'être posée : ces équipements ont-ils été dimensionnés pour accueillir plusieurs centaines de visiteurs arrivant simultanément ?

Les voyageurs qui utilisent une poubelle ne commettent pas une incivilité. Au contraire, ils adoptent le comportement que nous attendons d'eux.

Le véritable sujet est peut-être ailleurs.

Une escale de croisière ne génère pas les mêmes besoins qu'une fréquentation quotidienne. Prévoir des contenants plus importants, renforcer ponctuellement les collectes ou installer des points de dépôt supplémentaires pendant la saison constitue souvent une réponse beaucoup plus efficace que de reprocher aux visiteurs... d'utiliser les poubelles mises à leur disposition.

Les déchets du bord : une réalité que l'on connaît mal

Un bateau n'est pas un simple moyen de transport, c'est aussi un hôtel, un restaurant et un lieu de vie.

Des dizaines de personnes y travaillent et parfois plusieurs centaines de voyageurs y séjournent. Les déchets sont donc inévitables.

Pourtant, les capacités de stockage restent limitées et les contraintes sanitaires sont importantes.

En période estivale notamment, certains déchets ne peuvent pas être conservés longtemps sans créer de nuisances. Il arrive alors que les équipages profitent des escales pour déposer le verre dans les colonnes de tri de la commune.

Certains y voient un problème. J'y vois plutôt une question d'organisation.

Pourquoi ne pas imaginer un véritable service de collecte dédié aux bateaux ?

Comme l'eau, l'électricité ou d'autres prestations portuaires, cette collecte pourrait être organisée par la collectivité ou un prestataire et facturée aux compagnies.

Tout le monde y gagnerait : les équipages disposeraient d'une solution claire, la commune maîtriserait l'organisation et les déchets seraient collectés dans de bonnes conditions.

La mobilité durable commence bien avant la visite

Lorsque l'on parle d'environnement, on pense immédiatement aux moteurs.

Pourtant, les déplacements des visiteurs représentent eux aussi un véritable enjeu. Une signalétique piétonne claire, des itinéraires cyclables visibles, des informations simples sur les transports en commun, des navettes facilement identifiables... autant d'éléments qui encouragent naturellement des mobilités plus douces.

Très souvent, les solutions existent déjà. Elles sont simplement méconnues des visiteurs.

Un voyageur qui découvre une destination ne peut pas deviner où se trouve un arrêt de bus, une piste cyclable ou le chemin le plus agréable pour rejoindre le centre-ville.

Là encore, quelques aménagements peuvent parfois produire des effets considérables.

Les autocars aussi ont leurs contraintes

Autre sujet régulièrement évoqué : les autocars qui attendent les passagers moteur en marche.

Faut-il réduire ces situations ? Bien sûr. Mais avant de juger, il est utile d'en comprendre les raisons.

En plein été, personne n'imaginerait faire monter plusieurs dizaines de voyageurs dans un véhicule transformé en fournaise. En hiver, il est parfois nécessaire de chauffer ou de dégivrer le véhicule avant leur retour.

Et soyons honnêtes : qui n'a jamais utilisé la climatisation de sa voiture lors d'une forte chaleur ? Qui n'a jamais laissé tourner son moteur quelques minutes pour dégivrer son pare-brise ?

L'objectif n'est pas de justifier ces pratiques, il est de rappeler que les contraintes existent et qu'elles méritent d'être prises en compte.

Là encore, des zones de stationnement adaptées, une meilleure coordination des horaires ou de nouveaux équipements peuvent contribuer à limiter ces situations.

Comprendre avant de juger

Au fond, chacun fait déjà des efforts. Les compagnies investissent. Les équipages adaptent leurs pratiques. Les collectivités cherchent des solutions. Les territoires développent des mobilités plus douces.

Mais nous avons parfois tendance à analyser chaque difficulté de manière isolée.

Or le développement durable repose avant tout sur une vision globale : comprendre les contraintes du bord, comprendre celles des territoires, puis construire ensemble des réponses adaptées.

Nous parlons souvent de la transition des bateaux. C'est indispensable. Mais peut-être est-il temps de parler aussi de la transition des escales ?

Car un bateau ne devient pas plus durable uniquement grâce aux technologies qu'il embarque. Il le devient aussi grâce aux infrastructures, aux services et à l'organisation qu'il trouve lorsqu'il accoste.

Une responsabilité réellement partagée

Il ne s'agit pas d'opposer les compagnies aux collectivités, ni de désigner un responsable unique.

La transition environnementale du tourisme fluvial est une responsabilité collective.

Les compagnies doivent poursuivre leurs investissements, les territoires doivent adapter leurs équipements, les gestionnaires d'escales doivent anticiper les besoins, les ports, les prestataires et les collectivités doivent travailler ensemble.

C'est précisément cette coopération qui permettra de faire émerger des solutions concrètes. Car le développement durable ne se décrète pas : il s'organise. Il se construit grâce aux innovations des compagnies, mais aussi grâce à l'engagement des territoires qui les accueillent.

Au fond, une escale durable n'est pas seulement une escale où un bateau consomme moins, c'est une escale qui donne à tous les acteurs les moyens d'agir.

Et si la prochaine révolution environnementale du tourisme fluvial ne se jouait pas uniquement sur l'eau… mais aussi sur les quais ?

Lire aussi : Notre dossier spécial dédié à la croisière fluviale

A propos d'Aurélie Feray

Aurélie Feray - Photo : AF Fluvial Conseil
Aurélie Feray - Photo : AF Fluvial Conseil
Fondatrice dAF Fluvial Conseil, Aurélie Feray accompagne les territoires et les acteurs du tourisme fluvial sur les enjeux d’escales, d’expérience passager et de développement touristique.

À travers ses chroniques, elle partage un regard terrain sur les coulisses du tourisme fluvial, le fonctionnement des escales et les liens entre bateaux, équipages, destinations et voyageurs.

Contact : aurelie.feray@affluvialconseil.com

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