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Maurice : Joëlle Edwards-Tonks prend les rênes de Sunlife [ABO]

Elle succède officiellement à François Eynaud le 1er octobre


Première femme à diriger un groupe hôtelier sur l'Ile Maurice, Joëlle Edwards-Tonks compte bien relever les défis qui l'attendent. A commencer par l'accélération de la digitalisation, la durabilité d'un secteur en pleine mutation, la gestion des nouveaux talents. Portrait de la nouvelle directrice générale de Sunlife.


Rédigé par le Mercredi 9 Septembre 2026 à 07:34

Joelle Edwards-Tonks ©  Prisca Nairn/Sun Life
Joelle Edwards-Tonks © Prisca Nairn/Sun Life
Le 1er octobre, Joëlle Edwards-Tonks succèdera à François Eynaud à la tête du groupe mauricien Sunlife, devenant la première femme à occuper une responsabilité aussi élevée dans l’industrie hôtelière de l’Ile Maurice.

« Ravie », la nouvelle CEO reconnaît tout de même que l’industrie du tourisme reste largement un monde d’hommes : les femmes y sont certes souvent majoritaires, mais elles restent peu nombreuses dans les postes de tout premier plan.

« Les femmes ont pourtant toute légitimité pour occuper ces postes », assure-t-elle, reconnaissant avoir, dans le passé, « dû parfois prouver ses compétences davantage qu’un homme » .

« Pour ma part, insiste-t-elle, je ne vois pas des hommes et des femmes ; je vois seulement des personnes et des compétences ». Ce « n’est pas toujours évident », admet-elle, mais cette manière de voir les choses -qu'elle encourage auprès de ses collaborateurs/trices- l’a beaucoup aidée à acquérir « une certaine confiance en soi ».

Adepte du « travail bien fait » et soucieuse de « donner le meilleur d’elle-même » dans un secteur hôtelier qui demande beaucoup d’énergie et d’engagement, Joëlle Edwards-Tonks reste néanmoins persuadée que « la récompense vient toujours ».


Joëlle Edwards-Tonks : une vocation née dans un petit hôtel anglais

Quel chemin parcouru tout de même ! Jeune, Joëlle Edwards-Tonks ne se destinait pas à l’hôtellerie. Bien qu'ayant grandi en Angleterre, dans l’ambiance d’un petit hôtel familial, elle avait entrepris des études en communication.

Comme souvent, le destin a joué un tour. En 2001, elle a débuté sa carrière à Paris au Four Seasons Hotel George V : elle y a appris les "fondamentaux" du métier. « Le Four Seasons a été mon école hôtelière », insiste-t-elle.

Son parcours s’est poursuivi dans de grandes maisons telles que Shangri-La et Oetker Collection.

C’est en 2020, pendant la pandémie, qu’elle a rejoint Sun Resorts en tant que directrice des affaires commerciales et opérationnelles. A ce poste, elle a joué un rôle clé dans la transformation du groupe.

L’opération de re-branding pour laquelle elle avait été recrutée est allée bien au-delà d’un changement de nom et d’identité visuelle, puisqu'elle a débouché sur un nouveau positionnement de ce groupe, pionnier, depuis 1975, de l’industrie hôtelière mauricienne.

A lire aussi : Sun Resorts devient Sun Life

Les premiers pas de Joëlle Edwards-Tonks dans le groupe ont été rudes, cependant. Coincée à Paris par la pandémie pendant cinq mois, elle a dû faire la connaissance de ses nouveaux collègues on line. « Un vrai challenge, se souvient-elle, mais cela m’a donné beaucoup de force pour la suite ».

Une démarche collaborative

Joëlle Edwards-Tonks © Prisca Nairn/Sun Life
Joëlle Edwards-Tonks © Prisca Nairn/Sun Life
« Très vite, précise-t-elle, je me suis rendue compte qu’un simple re-branding ne suffirait pas » à rebooster ce groupe qui « avait perdu un peu de son rayonnement ». Il fallait un renouveau plus profond, davantage travailler la culture d’entreprise, mieux comprendre à quel type de clientèle allait plaire chacun de nos quatre complexes hôteliers" et b[impliquer tous nos collaborateurs.

Dans le cadre d’une démarche collaborative avec les équipes, invitées à des ateliers de réflexion, « la vision et les valeurs de la marque –amour, rêve, bienveillance- ont été précisées, la personnalité de chaque Resort redéfinie, l’offre et l’expérience clients de chacun retravaillée ».

Finalement, le groupe a abordé un nouveau chapitre de son histoire, en devenant Sunlife en 2022. « Sun, c’était notre ADN. Mais, en substituant alors Life à Resorts dans notre nom, nous avons insufflé de la vie et des expériences dans notre marque », assure Joëlle Edwards-Tonks.

Des choix pertinents puisque, depuis, le groupe se porte bien. En témoigne l'été 2026 puisque « Sun Life a fait le plein ». Après une petite baisse en mars-avril –la guerre au Moyen-Orient a découragé la clientèle britannique qui passe habituellement par le hub de Dubaï-, les réservations sont vite reparties.

En juillet-août 2026, Sunlife a enregistré un taux d’occupation de 85 % et même de 90 % pour l’emblématique La Pirogue, située à Flic-en-Flac sur la côte ouest de l’île Maurice.

Et si, notamment sur le marché français, les ventes par les TO ont quelque peu marqué le pas, les réservations individuelles et les ventes via les OTA (Agences de Voyages en Ligne) ont compensé.

« L'IA libèrera du temps que les équipes consacreront aux clients »

« Depuis le Covid, il n’y a plus vraiment de basse saison chez nous », observe au passage Joëlle Edwards-Tonks. Cela ne dispense pas le groupe hôtelier de relever des défis de taille pour assurer l'avenir. C'est pourquoi Sunlife fait désormais du développement durable sa priorité.

A lire aussi : Sun Life fête ses 50 ans et mise sur le durable pour assurer l'avenir

Déjà certifié notamment EarthCheck et CarbonNeutral®, Sunlife veut réduire davantage son empreinte carbone, sauvegarder l'environnement et promouvoir la responsabilité sociale du groupe. L'objectif ? Se mettre en conformité avec ses exigences de l'ISSB, un organisme indépendant qui est une référence internationale pour les performances en durabilité.

Parmi les défis d’avenir figurent aussi la digitalisation et l’IA qui s’imposent de manière accélérée. « C’est un sujet à aborder délicatement si on veut atténuer les craintes des équipes et la peur du changement », souligne Joëlle Edwards-Tonks.

A l’en croire, l’IA permet des prévisions plus rapides, plus fines et des gains de productivité. L'IA permet aussi de mieux cerner les préférences des clients, de leur donner plus de possibilités de choix b[mais elle « ne remplacera pas le contact humain ».

Tout au contraire, selon la nouvelle CEO de Sunlife, « l’IA libérera du temps pour les équipes qui pourront, ainsi, en consacrer davantage à des clients de plus en plus demandeurs de séjours de qualité ultra-personnalisés et authentiques. »

Autre défi : attirer les nouvelles générations de talents, même si les difficultés de recrutement sont moins vives qu’au sortir du Covid.

Faire des sacrifices mais aussi inspirer

Joelle Edwards-Tonks ©  Axelle Patient/ Sun Life
Joelle Edwards-Tonks © Axelle Patient/ Sun Life
Passionnée de voyage, d’art et de design, Joëlle Edwards-Tonks reconnaît avoir été inspirée par Sol Kerzner, un pionnier de l’hôtellerie mauricienne.

De cet entrepreneur visionnaire et anticonformiste, elle a manifestement retenu la nécessité d'avoir de l'audace, une vision à long terme, de conjuguer la recherche de la performance économique avec un sens aigu de l'hospitalité.

Par chance, selon Joëlle Edwards-Tonks, la taille relativement modeste du groupe Sunlife sera un atout pour faire, dans l'avenir, preuve d'agilité. Par exemple pour réagir face à une nouvelle crise, innover, diversifier ses marchés et bien sûr s'adapter aux nouveaux comportements des clients.

Aujourd’hui déjà, les habitudes changent : les vacanciers ont tendance à venir moins souvent mais à rester plus longtemps sur place, et aussi à « panacher » leurs hébergements en se partageant entre un hôtel et des réservations via une plateforme comme Booking.com ou en se faisant plaisir pendant quelques jours dans un cinq étoiles avant de se contenter d’un 3 ou d’un 4 étoiles...

Autant de challenges que Joëlle Edwards-Tonks a bien en tête à l’heure où elle endosse ses nouvelles responsabilités
. Des responsabilités qu’elle devra, « comme toute femme qui travaille », concilier avec sa vie familiale.

Par chance, cette dirigeante qui a toujours conçu vie professionnelle et vie familiale "comme un tout", « a un mari qui (la) soutient beaucoup ».

Combiner le tout demande, malgré tout, « une bonne organisation et des sacrifices à faire». Mais, « les sacrifices, cela vient avec les responsabilités » philosophe Joëlle Edwards-Tonks. Du moins espère-t-elle que ses enfants trouvent dans son parcours une source d’inspiration. Pari gagné, semble-t-il. Son fils est d'ores et déjà chef pâtissier.

PAULA BOYER Publié par Paula Boyer Responsable rubrique LuxuryTravelMaG - TourMaG.com
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Tags : sunlife
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