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Sécheresse : le tourisme devra t-il apprendre à avoir soif ? [ABO]

L'édito de Caroline Lelievre


Après un été 2026 marqué par des records de chaleur, la sécheresse et les incendies, le tourisme ne peut plus considérer le climat comme un simple aléa. Pour les destinations et les professionnels, l’adaptation devient une question de survie économique.


Rédigé par le Lundi 7 Septembre 2026 à 07:11

L’adaptation climatique n'est plus un sujet de RSE à inscrire dans un rapport annuel. C'est désormais une question de pérennité économique et touristique. @depositphotos/sergoua
L’adaptation climatique n'est plus un sujet de RSE à inscrire dans un rapport annuel. C'est désormais une question de pérennité économique et touristique. @depositphotos/sergoua
Longtemps, la sécheresse a été traitée comme un aléa touristique. Un été particulièrement chaud, quelques arrêtés préfectoraux, des piscines que l'on hésite à remplir, des golfs priés de moins arroser et des vacanciers invités à raccourcir leur douche. Puis la pluie revenait et le sujet disparaissait avec elle.

Ce temps-là semble révolu.

L'été 2026 vient de nous le rappeler brutalement. La France a connu son été le plus chaud jamais enregistré depuis le début des mesures, avec une température moyenne de 24 °C, soit 3,6 °C au-dessus des normales.

Trois vagues de chaleur, 53 jours concernés et des incendies ayant déjà ravagé six fois plus de surfaces forestières que la moyenne des vingt dernières années : le changement climatique n'est plus une projection lointaine.

Pour le tourisme, il ne s'agit plus seulement de savoir comment gérer une journée de canicule. Il faut désormais se demander comment accueillir des visiteurs dans des territoires confrontés durablement à davantage de chaleur, de sécheresse, d'incendies et, paradoxalement, parfois à des épisodes de pluies extrêmes.

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Le climat change, le tourisme aussi

Le paradoxe est redoutable. Nous voulons accueillir davantage de visiteurs dans des régions méditerranéennes en plein été, maintenir des piscines, des jardins verdoyants, des golfs impeccables ou des hébergements proposant toujours davantage de services, tout en demandant aux territoires de réduire leur consommation d'eau.

Même le tourisme fluvial, que l'on imagine volontiers à l'abri de ces questions, découvre sa vulnérabilité. Lorsque les niveaux baissent, les bateaux doivent modifier leurs itinéraires ou renoncer à certaines escales.

Lire aussi : Comment les croisières fluviales s’adaptent aux fleuves à sec

Et le problème ne s'arrête pas à l'eau. Les incendies peuvent fermer des routes, des plages, des sentiers et des sites touristiques. La chaleur peut dégrader la qualité des eaux de baignade ou rendre certaines activités tout simplement impraticables en journée. Les professionnels doivent gérer des annulations, modifier leurs programmes et parfois déplacer leurs clients vers des zones moins exposées.

Alors, faut-il renoncer au tourisme estival ? Évidemment non. Mais il devient difficile de continuer à vendre exactement le même produit touristique, au même endroit, à la même période, comme si le climat n'avait pas changé.

C'est probablement là que se trouve le véritable enjeu pour les professionnels : adapter l'offre plutôt que subir les événements.

Adapter les destinations plutôt que subir

Le gouvernement lui-même commence à raisonner dans cette logique. Après cet été hors norme, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut appelle à un « électrochoc » et promet de nouvelles mesures d'adaptation. Son message est finalement assez simple : il ne faut plus attendre le prochain épisode extrême pour agir.

Le tourisme pourrait s'en inspirer. Nous n'aurons pas rénové tous les hébergements touristiques avant l'été prochain. Nous n'aurons pas transformé toutes les infrastructures ni réinventé l'ensemble des destinations.

Mais des mesures relativement simples peuvent déjà faire une différence : végétaliser autrement, privilégier des essences moins gourmandes en eau, installer des protections solaires, créer davantage d'espaces ombragés, améliorer la ventilation des bâtiments, traquer les fuites ou repenser les équipements aquatiques.

Et surtout, il faudra réfléchir à la répartition des flux touristiques. Mais avec les vacances scolaires et les contraintes professionnelles et familiales, difficile d’imaginer un transfert massif des séjours de juillet-août vers les ailes de saison.

La désaisonnalisation peut donc contribuer à la réponse, mais elle ne suffira pas. L’adaptation devra aussi se jouer au cœur de l’été : horaires décalés, activités tôt le matin ou en soirée, davantage d’ombre et de fraîcheur, et des offres pensées pour supporter les épisodes de forte chaleur.

L'eau, une question d'avenir pour les destinations

Il serait pourtant trop facile de transformer le voyageur en coupable idéal. Le tourisme n'est ni le premier ni le seul consommateur d'eau. Et personne ne souhaite passer ses vacances à comptabiliser chaque litre utilisé.

La réponse se trouve ailleurs : dans l'adaptation.

Des hôtels réutilisent déjà certaines eaux, remplacent les baignoires, traquent les fuites ou abandonnent les pelouses gourmandes. Des campings repensent leurs espaces aquatiques. Des destinations cherchent à mieux répartir les visiteurs dans l'année. Le fluvial réfléchit lui aussi à des bateaux et des pratiques mieux adaptés aux contraintes hydrologiques.

Ces transformations ont un coût. Mais l'immobilisme en aura probablement un plus grand encore.

Car demain, la disponibilité de l'eau pourrait devenir un critère aussi déterminant pour le développement touristique d'un territoire que son accessibilité, sa capacité hôtelière ou ses infrastructures.

Il faudra aussi accepter une question qui dérange : tous les territoires pourront-ils continuer à développer leur fréquentation touristique au même rythme ?

Si l'eau manque pour les habitants, l'agriculture et les activités économiques locales, le tourisme ne pourra pas éternellement faire comme si de rien n'était. L'acceptabilité du tourisme passera aussi par sa capacité à démontrer qu'il prend sa part dans l'effort collectif.

Le tourisme a longtemps vendu l'eau comme une évidence : la mer, la piscine, la rivière, la neige, le jardin verdoyant. Il va maintenant devoir apprendre à en faire une richesse. Et peut-être surtout à considérer que l'adaptation climatique n'est plus un sujet de RSE à inscrire dans un rapport annuel. C'est désormais une question de pérennité économique et touristique.

L'été 2026 restera-t-il comme celui des records ? Espérons surtout qu'il soit celui où le secteur aura compris qu'attendre l'été prochain pour s'adapter serait déjà trop tard.


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Tags : edito, secheresse
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